Ouvert ce mercredi à Kinshasa, le troisième Forum économique RDC-Angola se veut le rendez-vous de la concrétisation. Placé sous le signe de l’intégration sous-régionale et du développement du commerce transfrontalier, l’événement a réuni les Ministres de l’Économie de deux pays, en présence de la Première Ministre, Judith Suminwa Tuluka. Pour le Vice-Premier Ministre congolaisn en charge de l’Economie, Daniel Mukoko Samba, l’enjeu est clair : transformer le potentiel commun en chaînes de valeur compétitives, à travers des partenariats concrets générateurs d’emplois. Autour de trois axes stratégiques – facilitation financière, lutte contre la contrebande et développement du corridor Dilolo-Lobito –, les deux capitales entendent désormais passer des intentions aux résultats mesurables, dans une dynamique continentale portée par la ZLECAF.»
C’est parti avec le 3ème Forum économique RDC – Angola, ouvert ce mercredi à Hôtel Golden Tulip (Kinshasa). Le rendez-vous est crucial car il permet de jeter le pont entre les deux pays pour ouvrir de nouvelles perspectives.
Présente à l’ouverture, Mme la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka a exprimé tout le soutien du Gouvernement congolais à cette Forum, axé sous le thème de l’intégration sous-régionale et du développement du commerce transfrontalier.
Organisé conjointement par les ministères de l’Économie de deux pays, ce rendez-vous s’articule autour de trois axes majeurs : la facilitation des transactions financières, considérée comme un levier essentiel pour dynamiser les échanges commerciaux ; la lutte contre la contrebande, en vue de sécuriser et formaliser les circuits économiques ; ainsi que le développement du corridor stratégique Dilolo-Lobito, une opportunité stratégique pour la sous-région.
Une plateforme d’opportunités économiques
Prenant la parole pour la circonstance, le Vice-Premier Ministre en charge de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, a mis en avant le potentiel économique de deux pays. Il a notamment évoqué la possibilité de développer des chaînes de valeur régionales compétitives dans des secteurs clés tels que les hydrocarbures, la pêche, l’agriculture et l’énergie.
« Ce Forum constitue une véritable plateforme d’affaires. Les rencontres B2B et les échanges sectoriels doivent permettre de transformer les opportunités en partenariats concrets, créateurs de valeur et d’emplois », a-t-il affirmé.
Du côté angolais, le Ministre d’Etat de la Coordination économique, José de Lima Massano, a réitéré l’engagement de son pays à renforcer des partenariats mutuellement bénéfiques avec la RDC.
Après deux premières éditions ayant posé les bases d’un dialogue économique structuré, cette troisième rencontre se veut celle de la concrétisation. Les autorités congolaises et angolaises réaffirment, à cet effet, leur volonté d’améliorer le climat des affaires, d’attirer davantage d’investissements et de consolider l’intégration économique régionale.
Judith Suminwa exige du concret
Dans son allocution, la cheffe du Gouvernement congolais a insisté sur la nécessité de franchir un cap décisif.
« Ce troisième Forum doit être celui de la maturité, mais surtout celui de l’efficacité. Nous devons passer des intentions aux réalisations, des engagements aux actions opérationnelles et des ambitions aux résultats mesurables », a déclaré Judith Suminwa Tuluka, soulignant l’impatience des populations face aux promesses non concrétisées.
S’appuyant sur la symbolique de la tradition Kongo, « Dikenga dia Kongo », elle a rappelé l’importance de la responsabilité intergénérationnelle dans la construction d’un développement durable. Au-delà de la coopération bilatérale, la Première Ministre a inscrit cette dynamique dans une vision continentale, en lien avec la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF).
C’est ce jeudi que se clôture ce troisième Forum RDC – Angola, balisant la voie pour de nouvelles perspectives entre les deux pays.
Ci-dessous, l’intégralité des discours du VPM Daniel Mukoko et du Ministre d’Etat angolais de la Coordination économique.
Econews

- Discours de Monsieur Daniel Mukoko Samba, le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Economie nationale
Excellence Madame la Première Ministre,
Excellence Monsieur le Ministre de la Coordination et de la Planification Économique de la République d’Angola,
Mesdames et Messieurs les Membres des Gouvernements,
Distingués Chefs d’entreprises et opérateurs économiques,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi avant toute chose d’exprimer, à travers cette tribune, notre profonde reconnaissance à Leurs Excellences Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et João Manuel Gonçalves Lourenço, Chefs d’État de nos deux pays, pour leur vision et leur engagement constant en faveur du renforcement de la coopération bilatérale. Qu’ils trouvent ici l’expression de notre très haute considération et de nos hommages les plus respectueux.
Je tiens également à adresser mes salutations les plus chaleureuses à la délégation angolaise conduite par Son Excellence Monsieur José de Lima Massano, Ministre d’État, Ministre de la Coordination économique, Chef de la délégation angolaise à ce Forum. Votre présence ainsi que celle de plusieurs autres membres du gouvernement angolais témoignent de l’importance stratégique que nos deux nations accordent à l’intensification de leurs relations économiques et commerciales.
Mesdames et Messieurs,
La République Démocratique du Congo et la République d’Angola partagent bien plus que les 2.511 kilomètres de frontières : elles partagent une histoire, une proximité géographique et une destinée économique étroitement liée. Nos peuples, unis par des échanges humains, culturels et commerciaux séculaires, nous invitent aujourd’hui à bâtir un espace intégré d’opportunités et de prospérité partagée.
C’est dans cette dynamique que s’inscrit le thème de cette troisième édition : « L’intégration sous-régionale et le développement du commerce transfrontalier ».
Ce thème revêt une importance particulière dans le contexte actuel marqué par l’accélération du processus d’intégration économique du continent africain, notamment à travers la mise en œuvre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf).
Les deux premières éditions de ce Forum ont permis d’établir les fondations d’un dialogue économique structuré et d’identifier des axes prioritaires de coopération. La présente édition doit aller plus loin : elle doit être celle de la concrétisation.
Trois enjeux majeurs guideront nos travaux :
Premièrement, la lutte contre le commerce informel. Si celui-ci traduit le dynamisme de nos populations, il prive néanmoins nos économies de ressources substantielles et freine la structuration de nos marchés. Il nous appartient de promouvoir une formalisation progressive des échanges, notamment par la simplification des procédures administratives et la mise en place d’incitations adaptées.
Deuxièmement, la facilitation des paiements. Le développement du commerce bilatéral requiert des systèmes financiers modernes, fiables et accessibles. Les divergences d’ancrage de nos monnaies ont longtemps constitué un obstacle. La mise en place de mécanismes de paiement efficaces permettra de sécuriser les transactions, de réduire les coûts et de stimuler les échanges.
Troisièmement, la mutualisation de nos moyens pour des projets structurants. Nos pays disposent d’importantes ressources naturelles, d’un potentiel économique considérable et d’un marché combiné significatif. En unissant nos capacités, nous pouvons développer des chaînes de valeur régionales compétitives, notamment dans les secteurs des hydrocarbures, de la pêche, de l’agriculture et de l’énergie.
Mesdames et Messieurs,
Au-delà du cadre institutionnel, ce Forum constitue une véritable plateforme d’affaires. Les expositions, les rencontres B2B et les échanges sectoriels doivent permettre de transformer les opportunités en partenariats concrets, créateurs de valeur et d’emplois.
Nos gouvernements attendent des résultats tangibles : investissements, joint-ventures, projets industriels et accords commerciaux. Les initiatives en cours, notamment dans les secteurs de la pêche, des hydrocarbures et de l’électricité, sont porteuses d’espoir et pourraient aboutir à des signatures importantes à l’issue de ce Forum.
Distingués participants,
Le succès de cette rencontre repose avant tout sur votre engagement. Les pouvoirs publics ont la responsabilité de créer un cadre favorable, mais ce sont les entrepreneurs qui donnent vie aux opportunités, créent la richesse et stimulent la croissance.
Je vous invite donc à saisir pleinement cette occasion pour nouer des partenariats, explorer de nouveaux marchés et bâtir ensemble des projets structurants pour nos économies.
La République Démocratique du Congo demeure résolument engagée à améliorer son climat des affaires, à promouvoir les investissements et à renforcer l’intégration économique régionale.
Je forme le vœu que ce troisième Forum économique Angola – RDC marque une étape décisive dans la consolidation de notre coopération et ouvre une nouvelle ère de prospérité partagée entre nos deux peuples.
Je vous remercie.

2. Discours du Ministre d’Etat angolais à la Coordination économique, José de Lima Massano, au 3ᵉ Forum économique RDC–Angola
Excellence Madame la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka,
Excellence Monsieur le Vice-Premier Ministre Daniel Mukoko Samba,
Mesdames et Messieurs les membres des Gouvernements de la République Démocratique du Congo et de la République d’Angola,
Excellences, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Chefs d’entreprises,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,
Bonjour à toutes et à tous,
Permettez-moi, au nom du Gouvernement angolais, d’exprimer notre sincère gratitude aux autorités congolaises pour l’accueil fraternel et chaleureux qui nous a été réservé, ainsi que pour les conditions favorables créées en vue de la tenue de cette rencontre.
C’est avec confiance dans l’avenir des relations économiques entre l’Angola et la République démocratique du Congo que nous participons à cette 3ᵉ édition du Forum économique entre nos deux pays, un moment qui réaffirme la solidité de notre coopération et notre ambition commune de construire un espace économique intégré, partagé et prospère.
Le thème qui nous guide — « Intégration sous-régionale et développement du commerce transfrontalier » — traduit le choix stratégique de transformer notre histoire commune et notre proximité géographique en un véritable moteur de croissance économique et de développement durable, avec des bénéfices concrets pour nos populations.
Il s’agit là clairement de la volonté politique de nos dirigeants, les Présidents João Lourenço et Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, ainsi que de l’attente légitime de nos concitoyens.
Plus encore, la complémentarité de nos économies constitue un avantage compétitif naturel qui doit se traduire en résultats concrets dans des domaines d’intérêt commun, tels que la sécurité alimentaire, la transition énergétique, le développement et le partage des infrastructures de transport et de logistique, l’inclusion financière et digitale, ainsi que l’intégration des chaînes de valeur, pour ne citer que quelques exemples.
Dans ce contexte, il convient de souligner que l’Angola a engagé un ensemble de réformes structurelles visant à stabiliser son économie et à améliorer le climat des affaires.
Outre un programme de privatisations portant sur plus de 100 entreprises publiques et la simplification des procédures administratives, nous réalisons des investissements significatifs dans les infrastructures énergétiques, routières, ferroviaires et aéroportuaires, renforçant ainsi les capacités logistiques et productives du pays.
La combinaison de ces réformes structurelles et du développement des infrastructures de base a permis d’atteindre des niveaux de croissance économique significatifs.
Au cours des deux dernières années, le secteur non pétrolier a enregistré une croissance supérieure à 5 %, soit la performance la plus robuste de la dernière décennie.
L’inflation a poursuivi sa décélération et nous nous rapprochons de l’objectif d’un taux à un chiffre. Les réserves internationales sont estimées à 15,3 milliards de dollars américains, couvrant 7,4 mois d’importations de biens et services.
Nous évoluons aujourd’hui dans un environnement macroéconomique interne plus favorable et attractif pour les investisseurs, ce qui mérite toute l’attention des femmes et des hommes d’affaires de la RDC.
Par ailleurs, le contexte régional est également favorable. La Communauté de développement de l’Afrique australe, celle de l’Afrique centrale ainsi que la Zone de libre-échange continentale africaine contribuent à réduire les barrières, à stimuler l’investissement privé et à renforcer la prévisibilité juridique.
Chers participants,
Permettez-moi d’adresser un message plus direct aux entrepreneurs, investisseurs et opérateurs économiques présents : Nous faisons face à un marché commun d’environ 170 millions d’habitants, avec un produit intérieur brut combiné avoisinant 190 milliards de dollars américains.
Le long de notre frontière commune d’environ 2.500 kilomètres, les échanges informels sont intenses, tandis que le commerce formel entre nos deux pays demeure limité, estimé à environ 600 millions de dollars par an, soit à peine 0,3 % du PIB combiné.
Comme vous pouvez le constater, le potentiel est immense. Toutefois, le succès de l’intégration que nous appelons de nos vœux dépendra avant tout de votre capacité à agir, à investir et à transformer ces opportunités en projets concrets, en considérant notre espace commun comme un terrain privilégié pour investir, produire et innover.
Nous tenons également à vous informer que, en réponse aux préoccupations exprimées par les opérateurs économiques lors des précédentes éditions du Forum, le poste frontalier de Luvo est désormais opérationnel. Il s’agit d’une infrastructure moderne qui renforce la sécurité des transactions, les capacités de contrôle et la formalisation progressive des activités commerciales.
Nous poursuivrons les investissements nécessaires afin d’atteindre ce même niveau de qualité dans les autres postes frontaliers à fort potentiel économique.
Pour faciliter et formaliser les flux financiers, nous avons été informés que des institutions financières angolaises ont récemment entamé des démarches auprès de la Banque centrale du Congo en vue de l’obtention de licences bancaires, une initiative que nous encourageons.
À l’image de ce qui a été mis en place dans le Corridor de Lobito, avec la création d’une agence chargée de faciliter le transport et le transit entre la Zambie, la RDC et l’Angola, la coordination institutionnelle sera renforcée et la simplification des procédures figurera parmi les priorités de l’agenda bilatéral.
Mesdames et Messieurs,
Nous sommes conscients du chemin qu’il nous reste à parcourir pour surmonter les obstacles existants. Toutefois, notre volonté et notre engagement à y parvenir sont fermes.
Les thèmes inscrits à l’ordre du jour de cette rencontre reflètent notre ambition commune d’élargir et de diversifier la coopération économique dans plusieurs domaines stratégiques, comme en témoignent les différents panels de ce Forum.
Nous sommes convaincus que ces deux journées d’échanges nous permettront d’identifier des solutions communes afin de rendre notre relation économique bilatérale plus dynamique, structurée, inclusive et durable.
Nous réaffirmons notre entière disponibilité à œuvrer ensemble pour faire de cette relation entre pays et peuples frères un exemple réussi d’intégration économique sur le continent africain.
Nous souhaitons, à tous, un Forum fructueux qui serve de catalyseur à la création de nouveaux partenariats entre les opérateurs économiques de nos deux pays.
Enfin, permettez-moi d’adresser nos félicitations pour la qualification historique de la RDC à la Coupe du Monde de football. Nous sommes convaincus que la RDC saura représenter dignement l’Afrique et les Africains.
Comme on le dit en Angola : « Estamos juntos ! » (Nous sommes ensemble !)
Je vous remercie pour votre aimable attention.
Kinshasa, le 1er avril 2026

