La ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté, a présenté, vendredi 3 avril, au Conseil des ministres, l’état d’avancement du processus d’assainissement du fichier de paie du sous-secteur éducatif. Cette communication a également permis de faire le point sur les mesures engagées afin de sécuriser le paiement de la prime de gratuité, pilier essentiel de la politique de gratuité de l’enseignement primaire en République démocratique du Congo.
Lancé en janvier 2026, ce processus interne de vérification et de redressement vise le fichier de paie élaboré par la Direction Nationale de Contrôle, de la Préparation de la Paie et de la Maîtrise des Effectifs des Enseignants (DINACOPE). Cette initiative fait suite à plusieurs signaux concordants révélant des irrégularités d’ordre administratif, technique et financier, susceptibles d’affecter la fiabilité du fichier ainsi que la régularité des imputations salariales. L’objectif poursuivi est de garantir une meilleure transparence dans la gestion des ressources humaines et financières du secteur éducatif.
Dans son intervention, la ministre d’État Raïssa Malu a tenu à préciser que cette démarche ne se substitue pas à l’audit gouvernemental en cours. Elle constitue plutôt un premier niveau de fiabilisation sectorielle dans un domaine particulièrement sensible, à la fois sur le plan budgétaire et social. Selon elle, l’assainissement du fichier de paie est indispensable pour renforcer la crédibilité du système éducatif et préserver l’efficacité des politiques publiques, notamment la gratuité de l’enseignement primaire.
Les données présentées indiquent qu’au mois de mars 2026, le fichier de paie recensait 700 249 agents rémunérés dans le sous-secteur éducatif, dont 624 081 enseignants. Parmi ces derniers, 11 697 relèvent du niveau maternel, 378 017 du primaire et 234 367 du secondaire. À ces effectifs s’ajoutent 76 168 agents administratifs. Ces chiffres illustrent l’ampleur du système éducatif congolais et la nécessité d’un contrôle rigoureux pour garantir l’exactitude des rémunérations.
Concernant les irrégularités constatées, il a été signalé que 32 732 enseignants du primaire avaient subi, en janvier 2026, des ponctions irrégulières sur la prime de gratuité. Des mesures correctives ont été prises dès le mois de février, permettant leur régularisation. Toutefois, des anomalies persistantes ont été relevées en mars 2026. Ainsi, 788 enseignants du primaire n’avaient toujours pas perçu leur prime de gratuité, tandis que 33 938 autres continuaient à être sous-payés.
Par ailleurs, l’analyse du fichier a mis en évidence des cas de paiements hors cible. Il s’agit notamment de 470 enseignants du maternel et du secondaire ayant indûment bénéficié de la prime de gratuité, pourtant destinée exclusivement aux enseignants du primaire. De même, 148 agents administratifs ont été irrégulièrement pris en charge sur des lignes budgétaires à vocation sociale, ce qui constitue une distorsion dans l’affectation des ressources publiques.
Face à ces dysfonctionnements, plusieurs mesures conservatoires, administratives et disciplinaires ont été prises. Elles visent à sécuriser le traitement du fichier, mettre fin aux pratiques non conformes et renforcer la chaîne de responsabilité au sein des structures impliquées. Le gouvernement entend ainsi corriger les anomalies, prévenir leur réapparition et garantir une gestion plus rigoureuse des dépenses publiques.
À travers cette opération d’assainissement, les autorités éducatives poursuivent un double objectif : préserver la portée sociale de la gratuité de l’enseignement primaire et assurer la sincérité de la dépense publique. La fiabilisation du fichier de paie apparaît dès lors comme un levier stratégique pour consolider les acquis de la réforme éducative et restaurer la confiance des enseignants dans le mécanisme de rémunération.
Tighana MASIALA

