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Une souveraineté en pointillé

Vingt ans après le pacte de Sun City, la République Démocratique du Congo semble condamnée à une forme d’errance constitutionnelle, un mythe de Sisyphe institutionnel où chaque régime tente de graver son propre destin dans le marbre de la Loi fondamentale, au nom d’une souveraineté paradoxalement dictée par l’extérieur.

Le Président Félix Tshisekedi se trouve aujourd’hui au cœur d’un dilemme politique et moral de haute voltige. D’un côté, le narratif de l’UDPS et de l’Union Sacrée fustige une Constitution de 2006 qualifiée d’œuvre des « étrangers », un carcan hérité d’une transition sous tutelle internationale qu’il faudrait briser pour enfin « congoliser » l’État. De l’autre, la réalité froide de la géopolitique : l’aveu présidentiel du 6 mai 2026 liant cette réforme au partenariat stratégique conclu avec les États-Unis en décembre 2025.

Le piège sémantique est total. Comment convaincre l’opinion nationale de la nécessité de s’émanciper d’une «Constitution des étrangers » si c’est pour en proposer une version calibrée sur les exigences d’une puissance tierce ?

Ce basculement révèle une vérité crue : le changement constitutionnel risque de ne pas être une quête d’autonomie, mais une simple mutation de la dépendance. On quitte l’influence diffuse de la communauté internationale de 2006 pour se ranger sous le giron d’un partenariat bilatéral exclusif. En somme, l’on déshabille Saint Pierre (les rédacteurs de Sun City) pour habiller Saint Paul (le partenaire américain).

Pour Félix Tshisekedi, le risque est de s’enfermer dans un éternel recommencement. Si la parole du Chef a valeur d’Évangile au sein de sa majorité, elle se heurte, dans la rue et dans l’histoire, à une question de légitimité profonde : une Constitution peut-elle être réellement « nationale » si elle est le produit d’un cahier des charges diplomatique ?

En voulant conformer la Loi fondamentale aux exigences du partenariat stratégique avec les USA, le régime s’expose à la critique d’une souveraineté de façade. Si le texte de 2006 était celui des étrangers, celui d’après 2026, s’il voit le jour, portera l’ombre indélébile de Washington. Un paradoxe qui, loin de stabiliser la nation, pourrait bien nourrir les contestations de demain.

Econews

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