Le Gouvernement de la République démocratique du Congo a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie de reconnaissance nationale et internationale des crimes de masse commis sur le territoire congolais depuis les années 1990. Un atelier de formation des formateurs centraux sur le narratif du « GENOCOST » pour l’enseignement primaire et secondaire a été lancé samedi 9 mai à Kinshasa, sous l’impulsion du ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté.
L’initiative d’intégrer le narratif du GENOCOST, portée avec l’appui de la Commission interministérielle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR) ainsi que du Fonds national des réparations des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV), vise à intégrer progressivement l’histoire du GENOCOST dans les programmes scolaires congolais afin de renforcer la mémoire collective, la conscience nationale et l’éducation citoyenne des jeunes générations.
Une réforme éducative au service de la mémoire nationale
À travers cet atelier, les autorités congolaises entendent faire de l’école un instrument de transmission de la mémoire nationale et de prévention des violences futures. Pendant dix jours, inspecteurs, experts pédagogiques et spécialistes de l’éducation seront formés afin de constituer un noyau national chargé d’élaborer des outils pédagogiques destinés aux enseignants du primaire et du secondaire.
À l’ouverture des travaux, le coordonnateur exécutif de la CIA-VAR, François Kakese, a rappelé que cette démarche découle des résolutions issues de la table ronde organisée en mars 2025 sur l’appropriation du GENOCOST. Selon lui, cette orientation répond directement à la volonté du Président de la République, Félix Tshisekedi, de renforcer la conscience collective autour des atrocités perpétrées en RDC.

«Il avait été décidé que la question du GENOCOST soit intégrée dans les programmes scolaires à tous les niveaux : primaire, secondaire, universitaire et ailleurs », a-t-il déclaré, soulignant que cette stratégie repose sur quatre axes majeurs : politique, diplomatique, judiciaire et scientifique.
Pour François Kakese, l’éducation constitue aujourd’hui l’un des piliers essentiels de la justice transitionnelle. Il estime qu’aucune paix durable ne peut être construite sans un travail profond de mémoire et de conscientisation des générations futures.
« Pour que les conflits ne reviennent plus et que les violences ne se reproduisent plus, il faut nourrir la conscience nationale et la mémoire collective. L’éducation demeure l’une des voies les plus importantes pour y parvenir », a-t-il insisté.
Un travail scientifique et juridique autour du GENOCOST
Les organisateurs entendent également donner une dimension scientifique à cette initiative. Un comité scientifique composé d’experts et d’universitaires accompagnera les participants afin de construire un argumentaire historiquement documenté et juridiquement solide autour de la reconnaissance des génocides commis en RDC.
Selon les responsables de la CIA-VAR, il ne s’agit plus aujourd’hui d’un débat sur l’existence des crimes de masse, mais d’un travail de transmission, de documentation et de consolidation de la mémoire nationale.
Quelques jours avant cet atelier consacré à l’enseignement primaire et secondaire, une autre session similaire avait déjà été organisée avec le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire afin de réfléchir à l’intégration du narratif du GENOCOST dans les universités et instituts supérieurs du pays.
Le FONAREV mise sur la culture de la mémoire
De son côté, le Fonds national des réparations des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV) considère cette initiative comme une composante importante de son mandat de réparation morale et mémorielle.
Le Directeur général adjoint du FONAREV en charge de l’administration et des finances, Kevin Ngunga Makiedi, a expliqué que l’intégration du GENOCOST dans les programmes scolaires s’inscrit dans la feuille de route « GENOCOST 2026 » définie par le Chef de l’État.
«La culture de la mémoire suppose une éducation à la paix. Elle implique de transmettre l’histoire à nos enfants et aux générations futures afin que ce qui s’est passé soit non seulement connu et reconnu, mais ne puisse plus jamais se répéter », a-t-il indiqué.
Le FONAREV affirme disposer d’une importante documentation collectée sur le terrain concernant les violences, massacres et crimes commis dans différentes régions du pays. Cette documentation servira de base factuelle à la construction des contenus pédagogiques qui seront transmis dans les écoles.
Pour Kevin Ngunga Makiedi, une génération qui ignore son histoire demeure vulnérable à la répétition des tragédies du passé, tandis qu’une jeunesse consciente de son histoire possède davantage de capacités pour défendre la paix et la souveraineté nationale.

Former des ambassadeurs de la mémoire nationale
Représentant la ministre d’État en charge de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu Dinanga, le vice-ministre Théodore Kazadi Muayila a présenté cet atelier comme une étape décisive dans la construction d’une « nouvelle citoyenneté » en RDC.
Selon lui, le GENOCOST ne constitue pas uniquement un concept historique, mais une blessure profonde qui continue de marquer la mémoire collective congolaise. Face à cette réalité, l’école doit désormais devenir un espace de conscientisation patriotique et citoyenne.
« Un peuple qui ignore son passé est condamné à le revivre. Mais un peuple qui enseigne son histoire à ses enfants se donne les moyens de préserver sa souveraineté », a déclaré le vice-ministre.
Il a précisé que vingt-cinq inspecteurs et experts auront pour mission de devenir les « noyaux nationaux » chargés d’harmoniser la compréhension du concept de GENOCOST et de transformer ce narratif en outils pédagogiques adaptés au système éducatif congolais.
La deuxième phase du projet devrait débuter dès le mois de juin prochain avec la mise en place de clubs citoyens dans les écoles primaires et secondaires. Ces structures auront pour objectif de promouvoir les valeurs de patriotisme, de paix, de mémoire nationale et d’engagement civique auprès des élèves.
« La RDC a besoin d’une école qui transmette le savoir, mais aussi qui conscientise. Le Congo a besoin de citoyens instruits, mais également éveillés », a insisté Théodore Kazadi Muayila.
Une stratégie nationale portée au niveau international
Le GENOCOST, présenté comme le « génocide congolais pour des gains économiques », constitue aujourd’hui l’un des principaux axes du plaidoyer politique et diplomatique porté par les autorités congolaises sur la scène internationale.
Le Président Félix Tshisekedi considère cette appellation comme la traduction de l’ampleur des massacres, violences systématiques et crimes de masse qui ont coûté la vie à des millions de Congolais depuis les années 1990, tout en détruisant durablement le tissu social et économique du pays.
Lors de la 61ème réunion du Conseil des ministres tenue en octobre 2025, le Chef de l’État avait rappelé que la loi n°22/65 du 26 décembre 2022 consacre désormais le 2 août comme Journée nationale du GENOCOST, dédiée au souvenir, au recueillement et à la transmission de cette mémoire aux générations futures.
Dans le cadre de cette campagne de reconnaissance internationale, la RDC a déjà porté la question du GENOCOST devant plusieurs instances internationales, notamment lors de la 60ème session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies à Genève ainsi qu’en marge de la 80ème Assemblée générale de l’ONU à New York.
Les autorités congolaises considèrent désormais l’éducation comme l’un des leviers majeurs de cette stratégie, avec l’ambition de faire de l’école un espace de transmission historique, de résilience collective et de consolidation d’une paix durable.
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