Ce mercredi 3 juin 2026, Kinshasa se réveille sous le signe de la « ville morte » – une première depuis l’accession de l’UDPS au pouvoir en janvier 2019. Mais l’ironie est cruelle : ce sont les propres outils de contestation du parti présidentiel, jadis brandis contre Mobutu et les Kabila, qui lui sont aujourd’hui renvoyés par la rue. Face à ce paradoxe historique, l’UDPS se débat dans un dilemme insoluble : réprimer une méthode de lutte qu’elle a longtemps sanctifiée, ou l’accepter au risque de paraître faible. « Mobutu l’a vécu, Kabila l’a subi, Tshisekedi reçoit sa première dose » – la formule résume le tragique retour du balancier pour le parti devenu pouvoir.
Ambiance de fin de règne ou simple rappel à l’ordre populaire ? Ce mercredi, Kinshasa, la capitale congolaise, retient son souffle. À l’appel de la Société civile et de certaines factions de l’opposition, un appel à la « ville morte » paralyse Kinshasa ce mercredi. Une première depuis l’accession de l’UDPS au pouvoir en janvier 2019. Ironie de l’histoire : le parti présidentiel, juge et partie de cette arme de contestation massive, en est aujourd’hui la cible.
Sous les régimes précédents, l’UDPS avait érigé la «ville morte » en art de guerre politique. Sous Mobutu, entre 1965 et 1997, les appels à bloquer le pays rythmaient la répression. Sous Laurent-Désiré Kabila, puis sous Joseph Kabila (2001-2019), la rue «udépsienne» dictait sa loi, allant jusqu’à briser les ambitions d’un troisième mandat présidentiel du jeune Kabila.
Mais en RDC, l’histoire tourne en boucle. Ce mercredi 3 juin 2026, c’est au tour de Félix Tshisekedi, fils du « líder maximo » Étienne Tshisekedi, de goûter à la recette concoctée par son propre parti. Motif de la colère : la suspicion grandissante d’une volonté de révision constitutionnelle pour s’éterniser au pouvoir.
L’UDPS au pouvoir : l’arroseur arrosé
«Le pouvoir avilit », dit le proverbe. L’UDPS de l’opposition, héroïque et contestataire, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Aujourd’hui, les mêmes ministres qui appelaient naguère à bloquer les villes pour dénoncer les « mandats illégitimes » dénoncent la « provocation » et l’« irresponsabilité ».
Sur les artères désertes de la ville ce mercredi, les rares passants croisés affichent un mélange de sarcasme et d’amertume. «Ils nous ont appris à faire la ville morte. Maintenant qu’ils sont au sommet, ils pleurent. Trop tard », lance un motard sous couvert d’anonymat.
L’UDPS se trouve face à un paradoxe insoutenable : réprimer une méthode de lutte qu’elle a longtemps sanctifiée, ou laisser faire au risque de paraître faible. En coulisses, la Présidence de la République tente de minimiser l’impact. Mais les images des magasins fermés et des bus à l’arrêt racontent une autre réalité.
«L’UDPS doit comprendre qu’un parti politique n’est pas éternellement dans l’opposition. Il y a une responsabilité gouvernementale. Mais il y a aussi une mémoire collective, et les Congolais n’oublient pas les leçons de 1991, 2006 ou 2016 », analyse un chercheur local.
«Autre temps, autres mœurs » ?
Le parti présidentiel appelle au calme et à la « consolidation des acquis ». Mais pour une partie croissante de la population, l’heure est au bilan : promesses non tenues, cherté de la vie, et surtout cette obsession d’un changement de Constitution que beaucoup lisent comme une tentative de « règne à vie ».
Le sphinx Étienne Tshisekedi, disparu en 2017, disait que « l’UDPS est une école de courage, pas une école de pouvoir ». Ses héritiers politiques mesurent aujourd’hui le poids de cette maxime.
Bien plus, en août 2016, alors que Joseph Kabila faisait le forcing pour un troisième mandat présidentiel, Félix Tshisekedi, alors président de l’UDPS/Tshisekedi, écrivit sur son compte twitter (actuel X) : « La ville morte ne sera que le début d’une série d’actions visant à mettre fin à l’imposture et à la provocation des Kabilistes et Kodjo ». Dix ans après, c’est le retour à la case départ.
À l’heure où ces lignes sont écrites, la ville morte tient en partie à Kinshasa, tandis que des manifestations dispersées sont signalées à Lubumbashi et Kisangani. L’UDPS a convoqué une réunion d’urgence ce soir. Mais une question brûle les lèvres : que fera le parti au pouvoir de la boîte à outils de la rue qu’il a lui-même forgée ?
En attendant, l’histoire, une fois de plus, se moque de ceux qui croyaient l’avoir domptée.
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