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Constitution en péril : Salomon Kalonda défie Tshisekedi et l’adjure de ne pas «briser l’héritage de Sun City »

Alors que le projet de révision constitutionnelle continue de fracturer la scène politique congolaise, une interpellation vient de secouer la majorité présidentielle. Dans une lettre ouverte adressée au Chef de l’État le 15 juin 2026, le sénateur Salomon Kalonda Della Idi, dit SK Della, a sommé Félix Tshisekedi de renoncer à ce qu’il qualifie de « faute historique » — une réforme qui, selon lui, ne vise qu’à ouvrir la voie à un troisième mandat, au mépris des crises sécuritaires et humanitaires qui ébranlent le pays.

Dans un texte au ton solennel, l’élu du Haut-Katanga ne mâche pas ses mots : il accuse le Président Tshisekedi de vouloir «réécrire l’histoire » à son seul profit, en s’appuyant sur une proposition de loi référendaire déjà adoptée à l’Assemblée nationale et actuellement examinée au Sénat.

«Vous voulez changer la Loi fondamentale dans un pays en guerre, avec des millions de déplacés, des écoles fermées et des routes coupées ? Ce n’est pas une réforme, c’est une distraction mortelle », écrit-il, en écho aux critiques qui dénoncent un détournement des priorités nationales.

Pour le Sénateur Kalonda, l’initiative présidentielle apparaît comme une manœuvre politique dont le calendrier — en pleine crise dans l’Est — trahit une obsession du pouvoir, bien éloignée des urgences populaires.

La Constitution de 2006, «pacte de vie » contre « aventure autoritaire »

Au cœur de son plaidoyer, le Sénateur rappelle la genèse de la Constitution du 18 février 2006, issue des laborieux dialogues intercongolais de Sun City. Ce texte, insiste-t-il, n’est pas un simple code juridique : c’est le ciment d’une nation sortie de la guerre, le garant de l’alternance et le bouclier contre la dérive des régimes à vie.

«Ceux qui veulent toucher à cette Constitution touchent à la paix civile. Ils insultent la mémoire des combattants de la démocratie, y compris celle de votre propre père, Étienne Tshisekedi wa Mulumba», lance-t-il, dans un passage qui vise à placer Félix Tshisekedi face à son héritage familial.

Une allusion lourde de sens, alors que le président a souvent revendiqué la filiation politique avec le leader historique de l’UDPS, farouche opposant aux révisions constitutionnelles sous les régimes antérieurs.

Mobilisation populaire et accusations de répression

La lettre revient également sur les journées de contestation des 3 et 12 juin 2026, marquées par des appels à la « ville morte » et des manifestations réprimées dans plusieurs villes du pays. Salomon Kalonda affirme que ces rassemblements ont fait des blessés et des morts, dénonçant une «gestion sécuritaire disproportionnée » qui, selon lui, révèle la nervosité du pouvoir face à la montée de l’opposition populaire.

«Vous réprimez dans la rue ce que vous craignez dans les urnes. Mais une Constitution bâillonnée ne vous protégera pas du jugement de l’histoire », assène-t-il, en écho aux critiques internationales qui commencent à s’élever contre le projet congolais.

Au-delà de l’interpellation présidentielle, le Sénateur en appelait à la responsabilité de ses pairs de la Chambre haute : « Le Sénat doit être le rempart, pas le marchepied d’une dérive. Qu’il refuse ce texte qui fragilise notre pacte républicain. »

Apparemment, son appel n’a pas été entendu par ses pairs du Sénat qui ont adopté, lundi à la majorité, le texte leur transmis par l’Assemblée nationale.

Quoi qu’il en soit, le Sénateur conclut sa lettre par une mise en garde historique, plaçant Félix Tshisekedi devant un choix qu’il juge existentiel pour le pays : Soit préserver l’héritage de la Constitution de 2006, socle de la stabilité et de l’unité nationale ; Soit s’engager dans une réforme dont les conséquences — crise institutionnelle, fracture sociale, isolement diplomatique — marqueront à jamais son mandat et pourraient plonger la RDC dans une nouvelle ère d’instabilité.

Un débat qui ne faiblit pas

Alors que le projet de loi référendaire poursuit son parcours parlementaire, l’intervention de Salomon Kalonda ajoute une pression supplémentaire sur le pouvoir. Au-delà des clivages partisans, c’est la question de la légitimité même du processus qui est désormais posée devant l’opinion nationale et la communauté internationale.

Une chose est sûre : en interpellant directement le président sur son « désir de troisième mandat », Kalonda a placé Félix Tshisekedi face à son reflet — et face à ses contradicteurs. Reste à savoir si ce miroir brisera le projet ou si le pouvoir choisira de passer outre, au risque d’une crise politique majeure.

Benny L.

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