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«Force du progrès » : l’UDPS prise au piège de sa propre milice 

Quand la créature échappe à son créateur 

L’UDPS est-elle devenue l’otage de sa propre créature ? Alors que les violences perpétrées par la « Force du progrès » lors du sit-in de l’opposition ravivent les spectres des fins de règne de Mobutu (Hiboux) et Kabila (Bérets rouge), le parti présidentiel se trouve aujourd’hui face à un dilemme existentiel : se désolidariser officiellement de cette milice incontrôlable pour sauver son image internationale, ou continuer à composer avec elle en coulisses au risque de fracturer sa propre direction. Entre les poursuites judiciaires réclamées par Augustin Kabuya et la diplomatie souterraine du Gouverneur Daniel Bumba, le pouvoir navigue à vue, piégé par une force qu’il a lui-même armée et qu’il ne sait plus ni assumer, ni dissoudre.

L’histoire politique de la République Démocratique du Congo semble être un éternel recommencement, une tragédie classique où le pouvoir finit toujours par être dévoré par les forces qu’il a lui-même libérées.

De Mobutu à Kabila, en passant par les rébellions de l’AFDL, le pays a connu des cycles où le pouvoir central, pour se maintenir, a créé des entités qui ont fini par lui échapper. Aujourd’hui, c’est au tour du régime de Félix Tshisekedi et de son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), de vivre ce cauchemar avec sa propre créature : la « Force du progrès ».

Un parallèle historique inquiétant

L’on se rappelle encore du pseudo massacre de l’Université de Lubumbashi dans les années 1990 qui a précipité la chute de Mobutu, et les pressions qui ont contraint Joseph Kabila à renoncer à un troisième mandat en 2018. Le fil conducteur de ces crises est l’incapacité du pouvoir à contrôler les instruments de force qu’il a lui-même mis en place ou tolérés pour asseoir son autorité.

Aujourd’hui, ce constat s’applique à la « Force du progrès ». Née dans l’ombre d’Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, pour protéger son poste, cette milice s’est imposée comme une garde prétorienne du pouvoir, couverte d’une immunité qui lui a permis d’agir en toute impunité. Elle est devenue presque incontrôlable.

La récente répression violente du sit-in de l’opposition du 12 juin, où des éléments de « Force du progrès » ont été aperçus aux côtés de la police nationale, n’est que la dernière illustration de cette dérive.

L’UDPS face à son dilemme

Prise au piège, l’UDPS se trouve aujourd’hui dans une situation intenable. Elle tente de se désolidariser de ces « inciviques » qui ne relèveraient plus de son contrôle. Mais comment peut-on prétendre ignorer une créature que l’on a soi-même nourrie et protégée ?

Les dérives de « Force du progrès » étaient connues depuis longtemps. Fallait-il vraiment attendre la clameur publique et les condamnations internationales pour agir ? Le dilemme est cruel : en voulant se débarrasser de cette milice, le parti au pouvoir risque de se retrouver affaibli et de perdre un instrument de pression. En la gardant, il s’expose à une condamnation morale et politique qui pourrait, à terme, menacer son propre équilibre.

La confusion règne au sein même du pouvoir. L’attitude des autorités est révélatrice d’une profonde cacophonie. D’un côté, Augustin Kabuya saisit la Cour de cassation pour dénoncer les agissements de la milice. De l’autre, le Gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, convoque les membres de « Force du progrès » pour leur prodiguer des conseils. Cette double stratégie, qui mêle répression judiciaire et tentative de récupération politique, illustre parfaitement le désarroi du pouvoir.

« De qui se moque-t-on ? », s’indigne un observateur, résumant le sentiment général d’une population lasse de ces jeux de dupes.

Un test pour la crédibilité du régime Tshisekedi

Le sort réservé à la «Force du progrès » est devenu un véritable test pour la crédibilité du régime Tshisekedi. Alors que le pays est confronté à des défis sécuritaires majeurs, notamment à l’Est avec la résurgence de groupes armés comme le M23, la persistance de ces milices urbaines est un signal inquiétant. Elle rappelle les heures les plus sombres de l’histoire congolaise, où l’État de droit cédait le pas à la loi de la rue.

Si l’UDPS veut rompre avec ce cycle infernal, elle doit prendre des mesures fermes et transparentes pour démanteler la « Force du progrès ». Il ne s’agit plus seulement de la désavouer, mais de traduire ses responsables en justice et de garantir que de telles dérives ne se reproduisent plus.

Le peuple congolais, qui a tant espéré l’avènement d’une nouvelle ère politique en 2019, attend des actes, et non des paroles. La gestion de ce dossier sera sans doute déterminante pour l’avenir politique du président Tshisekedi et de son parti. L’histoire, elle, ne pardonne pas ceux qui créent des monstres sans savoir les contrôler.

Econews

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