Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique d’Iran, ont mis en garde jeudi contre toute traversée du détroit d’Ormuz sans leur autorisation et menacé les navires ne s’y conformant pas de «mesures appropriées».
L’avenir du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour le commerce et de facto verrouillé par l’Iran pendant la guerre, reste un contentieux dans les pourparlers entre Téhéran et Washington.
L’Iran réfléchit à l’imposition de «droits de redevance», qui n’existaient pas avant la guerre, tandis que les Etats-Unis s’y opposent arguant qu’il s’agit d’une «voie navigable internationale», bien que les eaux du détroit bordent les côtes iraniennes et celles du sultanat d’Oman.
«Le seul itinéraire autorisé pour le passage par le détroit d’Ormuz est celui annoncé par la République islamique d’Iran», ont déclaré les Gardiens de la Révolution.
Toute traversée sans autorisation de l’Iran est «inacceptable et dangereux» et fera l’objet de «mesures appropriées», ont-ils averti dans un communiqué qui fustige «l’annonce par certaines autorités d’un nouvel itinéraire maritime».
Ormuz est une étroite voie navigable d’une trentaine de kilomètres de large qui sépare l’Iran et Oman.
Le seul passage autorisé par l’Iran se fait dans un couloir qui longe ses côtes.
Le communiqué des Gardiens semble répondre à l’annonce par Oman de l’ouverture d’un «corridor maritime temporaire» dans le détroit, qu’il présente comme une initiative concertée avec l’Organisation maritime internationale (OMI), l’agence de l’ONU chargée de la sécurité en mer.
Le protocole d’accord conclu entre Téhéran et Washington pour mettre fin à la guerre stipule que «la République islamique d’Iran prendra des dispositions, en déployant ses meilleurs efforts, pour assurer la sécurité du passage des navires commerciaux».
Le texte précise que le passage des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz se fasse sans frais «pendant 60 jours uniquement». Il n’est pas clair ce qu’il en adviendra après cette période.
L’Iran et Oman ont fait savoir mardi qu’ils allaient étudier les «coûts» qui pourraient être facturés pour des services liés à l’administration du détroit.
Washington ne veut pas d’un accord avec l’Iran « à n’importe quel prix »
Parallèlement à la fermeté de Téhéran, en tournée dans les pays du Golfe, le secrétaire d’Etat américain a dit jeudi que l’accord avec l’Iran ne devait pas se faire à «n’importe quel prix», craignant notamment un «chaos total» si Téhéran rendait payant le passage dans le détroit d’Ormuz.
«Même si nous voulons un accord, nous ne voulons pas d’un accord à n’importe quel prix», a lancé Marco Rubio depuis le Bahreïn devant ses pairs des pays du Golfe.
Il faisait référence notamment à la situation dans le détroit d’Ormuz, point de contentieux majeur. L’Iran réfléchit à l’imposition de «droits de redevance», qui n’existaient pas avant la guerre. Possibilité rejetée en bloc par Washington. Ce passage maritime large d’une trentaine de kilomètres entre l’Iran et Oman, est ultra-stratégique: 20% du commerce mondial d’hydrocarbures y transitait avant la guerre.
«Si nous acceptons que l’on puisse faire payer l’utilisation d’une voie navigable internationale parce qu’elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie», a averti jeudi le secrétaire d’Etat américain.
La situation semble aussi se tendre entre l’Iran et son voisin d’en face. Oman a annoncé l’ouverture d’un «corridor maritime temporaire» présenté comme une initiative concertée avec l’ONU.
Le chef de la diplomatie américaine, en tournée aux Emirats arabes unis, au Koweït et à Bahreïn, s’est aussi employé à rassurer ses alliés du Golfe largement ciblés par Téhéran pendant la guerre en représailles des frappes israélo-américaines sur l’Iran.
«Nous voulons nous assurer qu’aucune partie de cet accord ne porte atteinte, de quelque manière que ce soit, à la sécurité, à la stabilité ou à la prospérité de l’un de nos partenaires de la région du Golfe», a insisté Marco Rubio.
Son homologue de Bahreïn, Abdoullatif ben Rachid Al Zayani, a lui mis en avant les «incertitudes» affectant ces pays.
L’Iran et les Etats-Unis ont signé le 17 juin un protocole pour mettre fin aux hostilités, ouvrant la voie à 60 jours de négociations en vue d’un règlement durable.
Une réunion technique avec la délégation iranienne est prévue les 29 ou 30 juin en Suisse, selon Marco Rubio.
L’Otan mis en cause par l’Iran
Mais de nombreuses divergences subsistent – le détroit d’Ormuz mais aussi l’épineux dossier du nucléaire. Et les critiques se multiplient aux Etats-Unis sur les concessions accordées par Donald Trump, soucieux de mettre un terme au plus vite à cette guerre impopulaire.
La Maison Blanche a d’ailleurs dû demander aux parlementaires américains une rallonge budgétaire de près de 88 milliards de dollars, notamment pour reconstituer ses stocks de munitions après la guerre.
Sur le volet nucléaire, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a assuré mercredi que des inspections en Iran auraient bien lieu, sans fixer de date.
Téhéran a toujours nié vouloir se doter de la bombe atomique, mais défend son droit à une filière civile complète.
L’Iran a par ailleurs accusé jeudi l’Otan de «complicité» dans la guerre déclenchée contre lui par les Etats-Unis et Israël, reprochant notamment à l’Italie et à la Roumanie d’avoir permis à des avions américains d’utiliser leurs bases pendant le conflit.
«Il s’agit là d’un aveu clair et accablant de la complicité active de l’Otan dans une guerre d’agression illégale», a écrit sur X le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï.
Sur le Liban, dont l’Iran a imposé l’inclusion dans le protocole d’accord, le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait estimé mercredi que la fin de la guerre y était «aussi importante» que la fin des hostilités dans son propre pays.
Avec AFP

