Face au chaos qui a émaillé le sit-in de l’opposition le 12 juin dernier devant le Palais du Peuple, le Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, passe à l’offensive. En ouvrant une information judiciaire inflexible, le patron du Parquet envoie un message sans équivoque à la classe politique et aux internautes : ni la pression de la rue, ni les rumeurs des réseaux sociaux ne feront dévier la justice. Entre traque des auteurs des violences et guerre déclarée aux « faux bruits », jusqu’où le magistrat suprême osera-t-il aller pour restaurer l’autorité de l’État dans un climat politique au bord de l’implosion ? Une épreuve de force commence.
L’État congolais ne compte pas laisser passer. Une semaine après le sit-in chaotique du 12 juin devant le Palais du Peuple, le Parquet général près la Cour de cassation a ouvert une information judiciaire. Et le Procureur général Firmin Mvonde n’a pas l’intention de faire dans la dentelle. Son message est clair : personne n’est intouchable.
La coalition C64, qui avait appelé à la mobilisation, pensait peut-être imposer un rapport de force. Elle a réveillé un parquet déterminé à ne rien lâcher. Dans un communiqué cinglant rendu public ce vendredi 19 juin, le PG Mvonde annonce la couleur : chaque séquence de la journée du 12 juin sera passée au crible. Pas de zone d’ombre, pas de complaisance. La reconstitution des faits est déjà en cours, en amont comme en aval de la dispersion.
Des preuves, pas des rumeurs
Firmin Mvonde ne joue pas dans la cour des opinions. Il veut des faits, des vidéos, des témoignages, des rapports médicaux. Chaque élément sera collecté, vérifié, confronté. Et quiconque sera reconnu auteur, coauteur ou complice — manifestant, organisateur, éventuel infiltré — répondra de ses actes devant la justice.
Le Parquet met également en garde contre la vague de désinformation qui déferle sur les réseaux sociaux. Partager une vidéo tronquée, relayer une accusation sans fondement, propager une rumeur ? Ce n’est plus de la simple polémique. C’est un délit. « La propagation de faux bruits expose leurs auteurs à des poursuites judiciaires », prévient le Procureur, qui entend assécher le marécage des fake news pour que la vérité judiciaire émerge.
Égalité devant la loi : le grand test
Dans un climat politique ultra-polarisé, où majorité et opposition s’accusent mutuellement des violences ayant émaillé la manifestation, Firmin Mvonde affiche une position tranchée : la justice frappera sans distinction. « Les investigations doivent aboutir à des conclusions fondées sur des éléments objectifs, dans le strict respect de la loi et des droits de chacun ».
Le message est destiné à tous ceux qui spéculent sur une justice à deux vitesses. Le procureur rassure l’opinion de sa « détermination inébranlable », promettant de poursuivre le travail « sans faiblesse », et ce, quelle que soit la pression politique.
Jusqu’où ira Firmin Mvonde ?
La question est sur toutes les lèvres. À l’heure où les auditions se multiplient et où les enquêteurs passent au crible images et témoignages, le parquet semble déterminé à aller au bout de la logique judiciaire. Mais dans un pays où les dossiers sensibles finissent souvent étouffés, cette fermeté affichée est-elle un signal fort ou un simple coup de communication ?
Une certitude : les jours à venir diront si la justice congolaise est enfin prête à assumer son rôle de régulateur impartial, ou si elle cédera, comme par le passé, aux vents contraires de la realpolitik.
En attendant, les organisateurs du sit-in, les forces de l’ordre et les éventuels fauteurs de troubles sont invités à répondre de leurs actes. Le parquet a posé ses jalons. Reste à savoir jusqu’où il ira, et surtout… jusqu’où on le laissera aller.
Econews

