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Braquage, kidnapping, assassinat… : peur dans la ville ! 

Alors que les braquages en plein jour, les enlèvements et les assassinats — comme le meurtre tragique d’un bijoutier à Yolo — plongent la capitale dans une psychose sans précédent, le silence de l’exécutif urbain devient assourdissant. Entre un Gouvernement central qui se mure dans le déni en évoquant de « simples rumeurs » et un Gouverneur, Daniel Bumba, visiblement plus préoccupé par la traque aux vignettes que par la protection des vies, les Kinois se sentent livrés à eux-mêmes. Si le déploiement tardif de patrouilles mixtes police-armée tente de colmater les brèches, le constat reste amer : dans une mégalopole de 10 millions d’âmes, la priorité semble être passée de la sécurité des citoyens à la rentabilité fiscale.

Ils marchent la peur au ventre, regardent pardessus leur épaule, verrouillent leurs portes dès la tombée du jour. Dans une indifférence quasi générale, Kinshasa, capitale de plus de 10 millions d’âmes, sombre chaque jour un peu plus dans l’insécurité. Pendant que le gouvernement central tente timidement de colmater les brèches avec des patrouilles mixtes, le Gouverneur Daniel Bumba Lubaki, lui, a choisi son camp : celui des recettes fiscales. Et les Kinois meurent en silence.

C’était un samedi ordinaire à Yolo, dans la commune populaire de Kalamu. Un commerçant de bijoux, paisible, connu de tous, vaquait à ses occupations en plein après-midi. Il ne verra pas le soleil se coucher. Abattu froidement par des hommes armés, sous les yeux d’une population tétanisée. Un braquage qui a mal tourné. Un assassinat de plus. L’énième.

Ce drame n’est que la partie émergée d’un iceberg criminel qui gangrène la mégalopole. Braquages à la chaîne, kidnappings crapuleux, extorsions de fonds : la psychose s’installe.

Dans les marchés, dans les transports en commun, jusque dans les quartiers résidentiels, plus personne ne se sent en sécurité. Les Kinois vivent sous la loi du silence et de la peur.

L’État minimalise, la rue agonise

Face à cette montée de la violence, quelle est la réponse des autorités ? Côté gouvernement central, on joue la montre, on temporise, on feint l’incrédulité. « De folles rumeurs », a-t-on presque laissé entendre dans les couloirs du pouvoir, comme si la mort du commerçant de Yolo n’était qu’un mauvais rêve.

Pourtant, la réalité a fini par rattraper le discours. Sous la pression des faits, le Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a fini par réagir. Samedi 14 mars, il a réuni les services de sécurité spécialisés et a associé l’armée pour lancer des « patrouilles mixtes » dans la ville. Une rustine sur une jambe de bois. Une mesure cosmétique qui ne trompe personne.

Les Kinois, eux, savent que l’insécurité ne se combat pas avec des communiqués, mais avec une présence dissuasive sur le terrain, une police de proximité, et une volonté politique sans faille.

Bumba, le gouverneur fantôme

Mais le plus consternant dans ce tableau apocalyptique, c’est le silence assourdissant de l’Hôtel de ville. Que fait le Gouverneur Daniel Bumba Lubaki, premier citoyen de la ville, garant de la sécurité de ses administrés ?

Rien ! Ou si peu.

Pendant que ses concitoyens se font dépouiller, enlever et tuer, l’occupant de l’Hôtel de ville a visiblement choisi une tout autre priorité : le contrôle routier. La chasse à la vignette. La traque du contribuable. L’argent, toujours l’argent.

Dans son agenda, aucun regard pour la sécurité des Kinois. Seuls l’Impôt foncier, l’Impôt sur les revenus locatifs et le fameux contrôle technique des véhicules trouvent grâce à ses yeux. Une obsession fiscale qui confine à l’aveuglement politique. Pendant que la population crève, le Gouverneur compte ses recettes.

Kinshasa livrée à elle-même

Le constat est amer, mais il est implacable : les Kinois sont abandonnés. Abandonnés par un pouvoir provincial qui a déserté ses missions régaliennes. Abandonnés par un État qui répond à la détresse sociale par des patrouilles d’apparat.

Dans cette mégalopole surpeuplée, chaque recoin sombre est devenu un guet-apens. Chaque nuit, une loterie. Chaque sortie, un risque. Les commerçants baissent le rideau plus tôt, les parents raccompagnent leurs enfants à l’école, les femmes serrent leur sac à main comme une bouée de sauvetage.

L’insécurité gagne du terrain, inexorablement. Et avec elle, la défiance. Celle d’une population qui ne croit plus en ses dirigeants, qui ne compte que sur elle-même et sur la providence divine pour rentrer vivante chez elle.

Alors, posons la question, crûment : combien de commerçants faudra-t-il encore enterrer ? Combien de familles devront pleurer leurs proches avant que le Gouverneur Bumba ne lève enfin les yeux de ses registres fiscaux et ne regarde en face la détresse d’une ville qui meurt, lentement, mais sûrement ?

Kinshasa, capitale martyre. Kinshasa, cité fantôme de la République. Pendant ce temps, à l’Hôtel de ville, on compte les sous des vignettes, du contrôle technique et des impôts de la DGRK (Direction générale des recettes de Kinshasa).

Econews