À Kinshasa, la peur n’est plus un sentiment diffus : elle est devenue une réalité quotidienne. Braquages en plein jour, enlèvements, assassinats… la capitale de la République Démocratique du Congo s’enfonce dans une spirale inquiétante où l’insécurité dicte désormais le rythme de vie. Le meurtre brutal d’un commerçant à Yolo, dans la commune de Kalamu, n’est pas un fait divers de plus : c’est le symptôme d’un État qui peine à assurer l’essentiel : protéger ses citoyens.
Pendant que le gouvernement central, à travers le VPM en charge de l’Intérieur, tente de rassurer avec des réunions de crise et des patrouilles mixtes, le discours officiel peine à masquer l’évidence du terrain : les Kinois ont peur, et cette peur est fondée. Minimiser la situation en la réduisant à de « simples rumeurs » relève non seulement du déni, mais aussi d’une dangereuse déconnexion avec la réalité vécue par des millions d’habitants.
Plus troublant encore est le silence assourdissant de l’Hôtel de ville. Sous la houlette du Gouverneur Daniel Bumba Lubaki, la priorité semble ailleurs. Tandis que les bandits dictent leur loi dans les rues, l’autorité urbaine paraît davantage préoccupée par le contrôle routier et la maximisation des recettes fiscales. Comme si, dans une ville à feu et à sang, la collecte des recettes pouvait tenir lieu de politique sécuritaire.
Ce déséquilibre est indécent. Il traduit une forme d’abandon, voire de mépris. Car une ville qui ne protège pas ses habitants n’est plus une capitale : c’est une jungle. Et dans cette jungle, les plus vulnérables paient le prix fort, souvent de leur vie.
Kinshasa, mégalopole de plus de 10 millions d’âmes, ne peut pas être laissée à la merci de criminels de plus en plus audacieux. L’urgence n’est plus aux réunions, encore moins aux discours rassurants: elle est à l’action ferme, coordonnée et visible. Faute de quoi, c’est un contrat social déjà fragile qui risque de se rompre définitivement.
Aujourd’hui, les Kinois ne demandent pas de promesses. Ils exigent une chose simple, légitime et non négociable : vivre sans avoir peur de mourir au coin de la rue.

