La décision du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) d’interdire toute couverture médiatique du PPRD et de Joseph Kabila marque un tournant dangereux pour la démocratie congolaise. Sous prétexte de préserver l’ordre public et d’éviter la « subversion « , le CSAC, dirigé par Christian Bosembe, impose un silence forcé, une amnésie médiatique qui rappelle les heures les plus sombres des régimes autoritaires.
Le président du CSAC se défend en affirmant qu’il ne s’agit pas de censure, mais d’une mesure de régulation. Pourtant, interdire aux médias de mentionner un parti politique et son leader, c’est précisément cela : de la censure. Une censure d’autant plus pernicieuse qu’elle se pare d’un semblant de la légalité et de la protection de l’État. En réalité, cette décision viole l’article 24 de la Constitution qui garantit la liberté d’expression et le droit à l’information.
Comment peut-on prétendre défendre la démocratie en étouffant toute voix dissidente ? Comment justifier qu’un pays qui se dit « démocratique » impose à ses médias ce qu’ils doivent faire ? Cette mesure ne protège pas l’ordre public ; elle protège le pouvoir en place de toute critique, de tout débat, de toute remise en question.
Le véritable danger de cette décision réside dans la normalisation de la pensée unique. En effaçant Joseph Kabila et le PPRD du paysage médiatique congolais, le CSAC instaure une version officielle de la réalité, une « Pravda » congolaise où seules les paroles autorisées ont droit de cité. C’est le mécanisme classique des régimes autoritaires : contrôler l’information pour contrôler les esprits.
Or, une société qui refuse le pluralisme des idées est une société qui s’enfonce dans l’arbitraire. Les Congolais ont le droit de savoir, de débattre, de juger par eux-mêmes. En privant les citoyens de cette possibilité, le CSAC ne fait pas œuvre de régulateur, mais de censeur.
La menace de « rigueur de la loi » brandie par Bosembe contre ceux qui transgresseraient cette interdiction est révélatrice d’une dérive inquiétante. Si aujourd’hui c’est le PPRD qui est visé, qui sera demain la cible de telles mesures ? Les médias indépendants ? Les opposants critiques ? Les simples citoyens qui osent questionner le récit officiel ?
L’histoire nous a montré que les régimes qui commencent par museler la presse finissent par étouffer toute liberté. La RDC doit éviter ce piège. Le combat pour la démocratie ne se gagne pas en imposant le silence, mais en garantissant la libre circulation des idées, même celles qui dérangent.
La République ne doit pas devenir une Pravda tropicale, où l’information est dictée par ceux qui détiennent le pouvoir. La liberté d’expression n’est pas négociable. Et si le CSAC persiste dans cette voie, il ne fera que prouver une chose : sous couvert de protéger la démocratie, c’est bien celle-ci qu’il est en train d’étouffer.
FK

