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L’heure des comptes

Ce lundi 8 décembre, le Président Félix Tshisekedi se présentera, comme le veut la tradition, devant le Congrès pour son discours à la Nation. Un exercice de style désormais familier, mais qui, cette année, doit impérativement rompre avec le rituel des promesses grandioses et des lendemains qui chantent sans cesse reportés. Le mot d’ordre, simple et pressant, qui monte de la population est clair : Moins de promesses, plus d’actions !

Depuis son accession à la magistrature suprême, le Président Tshisekedi a su, à l’occasion de ces adresses solennelles, dépeindre un avenir radieux. Les discours ont aligné les projets ambitieux, les engagements fermes et les annonces capables de redonner un souffle d’espoir. Force est de constater, cependant, que pour une grande partie de nos concitoyens, le quotidien reste un combat. L’écart s’est creusé entre l’éloquence des promesses et la réalité souvent amère du vécu. Cette dissonance a engendré une lassitude profonde, une défiance sourde envers un discours politique perçu comme de plus en plus déconnecté des urgences du peuple.

C’est dans ce contexte de défiance que ce discours intervient, et il porte une lourde responsabilité. Il ne peut, en aucun cas, être une simple réplique des précédents. Le peuple congolais, plongé dans une mesure indescriptible, n’est plus réceptif aux seuls effets de manche. Il attend des comptes, des réalisations tangibles et une vision claire de la traduction des paroles en actes.

Le timing de cette adresse est d’ailleurs particulièrement significatif. Elle suit de près la signature, le 4 décembre à Washington, d’un Accord de paix avec le Rwanda, sous médiation américaine. Cet événement diplomatique majeur, s’il offre une lueur d’espoir pour la sécurité dans l’Est du pays, doit aussi être l’occasion d’un virage. La paix n’est pas une fin en soi ; elle est le prérequis indispensable pour reconstruire, développer et enfin tourner la page des souffrances.

Aussi, le discours de ce 8 décembre doit être celui de la crédibilité retrouvée. Le Chef de l’État se doit d’innover non pas dans l’art de la promesse, mais dans celui de la présentation des résultats et de la feuille de route exécutable. Il doit prioriser quelques chantiers clés – la sécurité, l’emploi des jeunes, les services sociaux de base, la lutte contre la corruption – et en détailler les étapes concrètes, les financements assurés et les échéances réalistes.

Le peuple est fatigué de belles promesses. Ce qu’il réclame, c’est la beauté des réalisations. L’accord avec le Rwanda peut être le point de départ d’une nouvelle ère, mais à une condition sine qua non : que la parole présidentielle devienne enfin le reflet fidèle de l’action gouvernementale.

Ce lundi, le Président Tshisekedi ne s’adresse pas seulement à un hémicycle. Il s’adresse à un peuple en attente.

Econews