ONPA : privé de bureaux et de moyens, l’établissement public réclame sa place dans la pêche congolaise

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Créé en 2022 pour contribuer au développement de la pêche et de l’aquaculture en RDC, l’Office national de pêche et d’aquaculture (ONPA) peine toujours à fonctionner normalement. Écarté, selon les préoccupations soulevées, des démarches d’acquisition des bateaux de pêche et confronté à un problème d’accès à ses propres locaux à Kinkole, l’établissement public se retrouve sans véritable cadre de travail. Une situation qui soulève des questions sur les conditions de son opérationnalisation et la gestion de son patrimoine immobilier.

Le constat est préoccupant. Alors que la République démocratique du Congo entend valoriser son potentiel halieutique et renforcer la production locale de poissons, l’Office national de pêche et d’aquaculture (ONPA), censé contribuer à cette ambition, peine à disposer des moyens élémentaires nécessaires à son fonctionnement. Depuis sa création, l’établissement serait confronté à une absence de crédits de fonctionnement et à des difficultés d’accès à des bureaux administratifs, au point de ne pas disposer d’un cadre de travail stable.

À ces difficultés s’ajoute une autre préoccupation : la place accordée à l’ONPA dans les démarches relatives à l’acquisition des bateaux de pêche. Selon les préoccupations exprimées autour de ce dossier, la tutelle aurait tenu l’établissement à l’écart de ces initiatives, alors que ses missions touchent directement au développement du secteur. Cette mise à l’écart interroge sur le rôle effectivement réservé à l’Office dans la mise en œuvre de la politique nationale de pêche et d’aquaculture.

Mais c’est à Kinkole, dans la commune de la N’sele, que la question du patrimoine immobilier de l’ONPA prend une dimension particulièrement sensible. Des préoccupations portent sur l’occupation et l’utilisation des installations liées à cet établissement, dans un contexte où celui-ci cherche toujours à obtenir des espaces pour abriter ses services. Les accusations de spoliation du patrimoine immobilier, mises en cause dans ce dossier à l’encontre du Secrétariat général à la Pêche et à l’Élevage, nécessitent toutefois des éclaircissements sur les actes d’affectation, les droits d’occupation et le statut juridique des biens concernés.

Les correspondances officielles du 8 avril 2025 illustrent, en tout cas, les difficultés administratives auxquelles l’ONPA est confronté. Dans une lettre référencée n° 82.200/16/S.G/MIN/PE.EL/01/PMK/2025, la secrétaire générale à la Pêche et à l’Élevage, Pascaline Mbangu Kikumbi, demande à la coordonnatrice de l’Association pour la promotion sociale et le développement agricole (APSDA asbl) d’affecter deux locaux à l’ONPA dans une parcelle faisant l’objet d’un contrat avec le SENADEPA. La responsable justifie cette requête par le « besoin pressant de bureau » auquel fait face l’établissement public.

Cette démarche met en lumière un paradoxe : une structure relevant du ministère de la Pêche et de l’Élevage doit solliciter l’affectation de deux locaux auprès d’une association pour répondre à ses besoins administratifs. La correspondance ne permet pas, à elle seule, d’établir les circonstances exactes de l’occupation de la parcelle ni de conclure juridiquement à une spoliation. Elle confirme néanmoins que la question des locaux de l’ONPA était déjà suffisamment urgente pour faire l’objet d’une intervention formelle de la secrétaire générale.

Le même jour, le ministre de la Pêche et de l’Élevage a également saisi le ministre d’État chargé des Infrastructures et Travaux publics au sujet de la mise à disposition d’un bâtiment administratif destiné au conseil d’administration et au comité de gestion de l’ONPA. Dans sa lettre référencée n° 127/CAB.MIN/PE.EL/JPTB/KMG/RKM/2025, il invoque les résolutions de la 28ᵉ réunion ordinaire du Conseil des ministres du 27 décembre 2024 ainsi que les instructions du président de la République relatives à l’opérationnalisation de l’établissement.

L’ONPA a été créé par le décret n° 22/22 du 6 juin 2022, ses organes de gouvernance ont été nommés par ordonnance n° 23/83 du 26 juin 2023. Pourtant, près de trois ans après sa création, la recherche d’un bâtiment pour abriter ses instances dirigeantes demeure au cœur des démarches administratives. Ce décalage entre l’existence juridique de l’établissement et les conditions concrètes de son fonctionnement pose la question de l’effectivité des décisions prises en faveur de son opérationnalisation.

Au-delà des bureaux, l’enjeu concerne les moyens de fonctionnement, l’accès aux ressources et la capacité de l’ONPA à exercer pleinement ses missions. Sans financement adéquat ni locaux adaptés, l’établissement risque de rester une structure administrative dont les ambitions peinent à se traduire en actions concrètes sur le terrain. La tutelle et les services concernés sont ainsi interpellés sur la nécessité de clarifier la situation du patrimoine immobilier à Kinkole, de préciser les responsabilités dans sa gestion et de garantir à l’ONPA les conditions matérielles nécessaires à son fonctionnement.

L’affaire appelle donc des réponses précises : quel est le statut des biens immobiliers concernés à Kinkole ? Dans quelles conditions ont-ils été affectés ou occupés ? Quelle place l’ONPA occupe-t-il dans les projets d’acquisition des bateaux de pêche ? Et surtout, quand cet établissement public disposera-t-il enfin des ressources et des infrastructures indispensables à l’accomplissement de ses missions ? Autant de questions auxquelles les autorités compétentes sont appelées à apporter des éclaircissements, afin que l’opérationnalisation de l’ONPA ne demeure pas une décision administrative sans traduction effective.

NGK

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