
Le président Félix Tshisekedi a officiellement lancé un « dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », le 28 août 2026. Cette annonce, faite lors d’une adresse à la nation, était très attendue par les Congolais. Mais ce dialogue, demandé par l’opposition, la société civile, et étayé par la communauté internationale, a basculé à une confrontation de positionnement et à un évitement des vrais sujets. Pourtant, dans une communauté humaine civilisée, moralement adulte, le dialogue est le mécanisme idéal pour contenir les problèmes, divisions, conflits et guerres dus à son absence dans la vie des sociétés et des nations. Ceci dit, dans la crise que traverse la République Démocratique du Congo (RDC), il s’impose comme une nécessité afin de parvenir à une stabilité politique, sociale et économique susceptible de redonner à l’État son prestige et ses capacités, et à chaque Congolais sa dignité et sa fierté. À cette fin, l’inclusivité, c’est-à-dire la participation active de tous les acteurs de la vie politique et sociétale de la nation, sans discrimination, devient absolument indispensable.
Le dialogue national lancé par le président Félix Tshisekedi, visant à traiter les causes structurelles de l’instabilité du pays, bat de l’aile. La communication avec les autres acteurs de la vie politique, en l’occurrence l’opposition armée- considérée comme un groupe d’acteurs politiques dans l’analyse des sciences politiques et de la géopolitique-, est en grande difficulté. L’exclusion de l’AFC/M23 et tous ceux qui combattent l’ordre constitutionnel par les armes ne sont pas autorisés à participer en tant que composantes politiques. Dans l’entretemps, les pourparlers avec ce groupe armé se poursuivent dans un cadre distinct à Doha (Qatar) et à Montreux (Suisse). Le paradoxe est cinglant.
Le dialogue, paroles échangées, fondées sur la liberté du dire avec éthique et esthétique, sur la raison argumentative dans le respect mutuel, ainsi que sur l’écoute généreuse et attentionnée des arguments réciproques – une exigence à la fois intellectuelle et éthique – suppose, fondamentalement, et pour chacun une offre de soi comme humilité et disponibilité à l’acceptation, s’il le faut, d’un compromis pragmatique permettant d’exister et de faire vivre la société comme lieu du vivre heureux ensemble. Pourquoi exclure d’autres acteurs politiques sous prétexte qu’ils combattent l’ordre constitutionnel par les armes ? Si le pouvoir veut réellement construire un État à l’ordre juste, il doit accepter d’échanger avec tout le monde (adversaires politiques ou pas).
LE DIALOGUE INCLUSIF FAIT VIVRE
Le dialogue inclusif fait vivre. On ne peut pas ne pas dialoguer avec les autres fils et filles du pays. Dans quelque domaine d’existence que ce soit, tout refus de dialogue détruit les germes et chances d’harmonie, de paix, de vie.
La crise existentielle que traverse la RDC, marquant un fort climat d’instabilité politique, économique et sociale, le dialogue, avec tous les acteurs de la vie politique et sociétale de la nation, est indispensable. Il se donne comme la seule voie rationnelle, intelligente, sage et pragmatique pour se dégager de l’impasse où est plongé le pays.
Par la voie du dialogue inclusif, la RDC va s’éviter le danger de se voir imposer des décisions violentes par la voie des armes. Même quand on se sent puissant et tenté de recourir à la violence, à la force, et non au dialogue, le discernement exige de fonder l’action sur la sagesse de l’échange sincère et courtois des paroles pour prétendre à gouverner véritablement un pays. Une discussion ouverte qui réunit tous les acteurs concernés (camp présidentiel, opposition armée, non armée et la société civile), sans en exclure aucun, permet d’écarter les volontés de puissance destructrices. Elle éloigne les violences et souffrances de guerres meurtrières.
ÉVITER L’IMPLOSION DU PAYS
À la réflexion, le processus de Doha, au Qatar, une série de négociations entre l’AFC/M23 et le gouvernement de la RDC, initiées en avril 2025 sous la médiation des Qatariens, va dans le sens de l’apaisement. Ces échanges visent à réduire les tensions, à calmer les esprits et à installer un climat de sérénité et de conciliation entre les deux parties concernées dans le conflit qui les oppose dans l’Est du pays depuis novembre 2021. Mais pourquoi le pouvoir en place refuse-t-il d’associer ses interlocuteurs à son initiative ? L’argument du principe de refus de négocier avec des groupes armés considérés comme des agresseurs de l’État ou des terroristes manque de cohérence et de solidité puisqu’ils se parlent déjà à Doha et à Montreux. Les accords se font-ils en coulisses, loin des yeux des Congolais ? De qui se moque-t-on ? Ou c’est Kinshasa qui se moque du peuple, ou c’est le peuple, « taillable et corvéable à merci », qui est distrait.
En même temps, les combats s’intensifient dans l’Est entre les Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) assistées de leurs alliés, dont les Wazalendo, et L’AFC/M23, malgré les processus de paix menés par l’ONU, les États-Unis ou le Qatar. À l’allure où vont les choses, la situation actuelle évolue rapidement vers des incertitudes : aujourd’hui, si l’on y prend garde, le pays risque d’imploser. Un péril à éviter.
Dans ce but, il est impératif de dialoguer avec tout le monde. L’inclusivité s’impose comme une solution incontournable pour dépasser les tensions, résoudre le conflit dans l’Est du pays et construire des accords durables. Le dialogue est une vertu morale. Il se substitue au désir de recourir à la violence. Une société pacifiste l’institue nécessairement comme règle d’action et de vie, dès lors qu’elle prend conscience de la vanité de toute arrogance ainsi que l’inutilité des atrocités et souffrances qu’engendre, inévitablement, toute voie de fait, d’imposition ou de force destructrice des autres.
ÇA SUFFIT !
Les guerres en RDC perdurent depuis plus de 30 ans, plongeant principalement l’Est du pays dans un état d’insécurité chronique. Ça suffit ! Le dialogue devient une nécessité. Il est le seul rempart contre la violence, la polarisation et l’éclatement du lien social. Il s’offre, exigeant de tous le sacrifice d’humilité, comme voie de conjuration de la violence et du danger d’extinction de tous individuellement et collectivement. Il est racine d’harmonie, de paix et de vie sociale heureuse. Existe-t-il d’autres variantes permettant d’atteindre l’objectif ultime sans devoir passer par le dialogue, ce mot ne figurant effectivement pas dans la constitution de la RDC ?
Il faut répondre négativement à cette question. La participation de tous est une obligation. Quand, à la réflexion approfondie devant cette crise chronique et dévastatrice, même la communauté internationale (UE, UA, États-Unis, ONU) juge que le dialogue est la seule voie rationnelle de parvenir à une solution équitablement correcte.
ACCEPTER DE DIALOGUER ET FAIRE PREUVE DU COMPROMIS
Face à des appels provenant de la communauté internationale, et engageant à faire respecter les « lois du jeu », la bonne attitude est celle de se résoudre à accepter les capacités effectives de bonne foi, d’objectivité et d’impartialité de la partie facilitatrice, en l’occurrence l’UA. La capacité d’écoute est, en plus de l’esprit d’humilité, une vertu de grande intelligence politique.
Devant l’urgence des échéances constitutionnelles fixées en 2028 et auxquelles personne n’a le droit ni civique ni moral de se dérober, le dialogue inclusif s’impose comme voie d’élaboration d’une solution pratique. C’est là où l’efficacité concrète et le réalisme dictent les décisions, au détriment des dogmes idéologiques ou des théories partisanes. Tous sont contraints d’assumer le dialogue comme une nécessité politique. Toute bonne volonté patriotique est acculée à accepter de dialoguer, à faire preuve d’un juste sens du compromis sur fond de pragmatisme politique.
Toutefois, de peur que la culture de l’impunité ne s’installe dans le pays, et afin de ne point tomber de manière répétitive dans les mêmes erreurs ou mêmes actes de mauvaise foi, il est légitime et exigé que, plus tard, des responsabilités individuelles soient établies et sanctionnées de manière sévère et sans complaisance. Le salut de la patrie est un devoir patriotique sacré. Il s’impose à tous, individus et collectivités, majorités et minorités.
Tout dialogue authentique doit se caractériser par la franchise, la bonne foi et la capacité de comprendre et de respecter les divergences des parties qui y sont engagées. Les parties prenantes (majorité présidentielle, opposition armée, non armée et société civile) doivent donc faire preuve de leur capacité à dialoguer et de leur engagement à respecter les résolutions prises à l’issue de ces discussions.
ATTENTION À LA RUSE POLITIQUE
Le dialogue est odieux et abject s’il est organisé à base d’un funeste esprit de ruse politique. Il est moralement inacceptable que, à la faveur de ruses cyniques, le camp présidentiel refuse carrément l’inclusivité. Si une telle hypothèse se concrétisait, les Congolais crieront forcément à l’imposture. Et ils auront raison. La ruse, la malhonnêteté ou l’avidité pour la boulimie du pouvoir, qui agit souvent comme une drogue et altère le jugement, corrompent les individus et nuisent à la société.
La rationalité, la sagesse, la sincérité et l’honnêteté maximales figurent parmi des valeurs qu’il faut élever au rang de principes et règles d’action pour un dialogue authentique et réussi de la belle manière.
La sortie médiatique de l’ancien président, Joseph Kabila, vendredi 9 octobre, et l’annonce de la création, lundi 12 octobre au soir, depuis Goma (la capitale du Nord-Kivu), du mouvement baptisé Front pour la refondation de la Nation (FRN), union entre Joseph Kabila et l’AFC/M23, changeront-t-elles la donne ? Attendons et voyons ce qui se passera.
Robert Kongo (CP)


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