La sortie est brutale, sans détour et tranche avec la rhétorique diplomatique habituellement portée par Kinshasa. Interviewé par la chaîne française France 24, le Vice-Premier Ministre en charge du Budget, Adolphe Muzito, a tenu des propos qui résonnent comme un avertissement clair à Kigali.
« Si le Rwanda veut la guerre, il va l’obtenir. Nous avons investi 5 milliards dans l’armée pour ça », a-t-il lâché, mettant des mots crus sur un sentiment largement partagé dans l’opinion congolaise.
À contre-courant des initiatives diplomatiques actuellement menées à Washington, Doha et Luanda, cette déclaration marque une inflexion notable dans le discours officiel. Là où la Présidence de la République privilégie la recherche d’une désescalade par la négociation, Muzito assume une ligne plus dure, fondée sur la dissuasion militaire et la préparation à une éventuelle confrontation ouverte.
«Nous ne sommes pas naïfs »
Le Vice-Premier Ministre a toutefois pris soin de rappeler que le choix stratégique du Chef de l’État, Félix Tshisekedi, reste la voie diplomatique. « Le Président a opté pour la diplomatie, mais nous ne sommes pas naïfs », a-t-il précisé, suggérant que Kinshasa explore les canaux de paix sans pour autant renoncer à sa capacité de riposte.
Derrière cette formule, se dessine un message double : ouverture au dialogue, mais refus de toute faiblesse face à ce que les autorités congolaises considèrent comme des agressions répétées à l’Est du pays.
En évoquant un investissement de 5 milliards USD dans l’armée, Muzito a également voulu rassurer sur l’état de préparation des Forces armées de la RDC (FARDC). Une manière de répondre aux critiques sur la vulnérabilité militaire du pays et de montrer que, parallèlement aux efforts diplomatiques, Kinshasa muscle sa défense.
Ces déclarations interviennent dans un contexte régional explosif, marqué par la persistance des violences dans l’Est de la RDC et les accusations récurrentes portées contre le Rwanda pour son soutien présumé aux groupes armés, notamment le M23. Elles risquent aussi de susciter des réactions sur la scène internationale, à un moment où les partenaires de la RDC appellent à l’apaisement et au respect des processus de médiation en cours.
Entre diplomatie affichée et fermeté assumée, la sortie d’Adolphe Muzito révèle les tensions internes d’une stratégie congolaise prise entre la quête d’une paix négociée et la préparation à l’épreuve de force. Un équilibre délicat, alors que la région des Grands Lacs reste suspendue à l’évolution d’un conflit aux conséquences imprévisibles.
Hugo Tamusa

