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Assemblée parlementaire de la Francophonie – Dieynaba Diop : « le grand moment de cette session était l’adoption d’une résolution pacifique du conflit dans la région des Grands Lacs »

Quarante-sept sections membres de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) venues de cinq continents se sont réunies à Paris, du 9 au 13 juillet 2025, invitées par la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet et le président du Sénat, Gérard Larcher. Ce, à l’occasion de la 50ème session de cette organisation internationale. Un moment pour resserrer les liens entre les parlementaires de l’espace francophone. Députée de la 9ème circonscription des Yvelines, vice-présidente de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie et présidente déléguée de la section France, Dieynaba Diop, a accepté de répondre aux questions de notre correspondant en France, Robert Kongo, pour évoquer les travaux effectués au cours de cette session, les relations entre les parlementaires de l’espace francophone…et ses attentes pour les années à venir.  

Que retenez-vous de votre participation à la 50ème session de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie(APF) organisée récemment à Paris ? 

C’était une très belle session. Elle nous a permis de rencontrer plus de 550 invités venus de cinq continents. Les travaux effectués dans nos différentes commissions ont été fructueux, car nous avons adopté un certain nombre de résolutions pour la bonne marche de notre organisation interparlementaire. Et le travail de diplomatie parlementaire effectué pendant la plénière, qui s’est déroulée du 12 au 13 juillet, était remarquable. Par la même occasion, nous avons rappelé le rôle fondamental que joue l’APF pour faire dialoguer les représentantes et représentants des peuples lorsque parfois les chefs d’État ne sont plus en capacité de le faire.

Qui ont été les participants à cette session ? 

Il y’a eu une trentaine de présidentes et présidents de l’Assemblée nationale et de Sénat des pays francophones venus de cinq continents. Nous pouvons nommer la Nouvelle Calédonie, le Canada, le Québec, le Bénin, la République du Congo, la République Démocratique du Congo (RDC), la Côte-d’Ivoire, le Sénégal, le Vietnam, le Cambodge, le Maroc… C’est la première fois que nous avons enregistré autant de participants. En tout cas, nous avons eu une très belle session.

Sur quels thèmes avez-vous travaillé ? 

La Francophonie, un antre dans un monde en crise, est la principale thématique autour de laquelle nous avons travaillé. Nous savons très bien que le contexte géopolitique actuel est anxiogène. La question que nous pouvons nous poser, ici, est celle-ci : est-il utile de faire dialoguer des parlementaires dans un contexte qui est très compliqué ? Oui, bien évidemment. Et nous avons travaillé dans ce sens.

Quelles sont les résolutions que vous avez prises au cours de cette session ? 

De nombreuses résolutions ont été prises au cours de cette rencontre, notamment sur les plans écologique, climatique, sociétal, voire éminemment politique. Par exemple, la participation de l’APF à la conférence nationale sur les océans, la protection de notre patrimoine dans ce moment de grand changement climatique, la défense des droits des femmes… Et surtout, nous avons pris une résolution pacifique du conflit dans la région des Grands Lacs, en présence des représentants de la République Démocratique du Congo (RDC) et de la République du Rwanda. Une résolution historique ! C’est pour moi, un des moments forts, sinon le moment fort de notre rencontre.

Comment évaluez-vous l’état actuel des relations parlementaires entre pays francophones ? 

Je trouve qu’elles sont au beau fixe. Au cours de cette 50ème session, pilotée en étroite collaboration entre la présidente de l’Assemblée nationale, Madame Yaël Braun-Pivet, le président du Sénat, Gérard Larcher, le président de l’APF, Hilarion Etong, la déléguée générale de l’APF, Amélia Lakrafi, et moi-même, présidente déléguée de la section France, nous avons donné le meilleur de nous-mêmes. Nous avons reçu tour à tour, au Sénat et à l’Assemblée nationale, nos homologues parlementaires avec qui nous avons discuté de plusieurs sujets. Nous avons visité plusieurs sites ensemble, par exemple l’Académie française, le Sénat et l’Assemblée nationale. Nous avons eu le plaisir d’être reçu par le président Emmanuel Macron, le vendredi 11 juillet, à l’Élysée. Et nous avons participé ensemble à la cérémonie du 14 juillet, les présidentes et présidents de l’APF ayant été invités. En fait, j’ai constaté avec grand plaisir qu’il y’avait de la fraternité, de la joie à être ensemble lors de cette 50ème session. Dans le contexte géopolitique international actuel marqué par de nombreux bouleversements, je crois que la bonne entente entre parlementaires francophones est un rempart à même de constituer des rapports économiques, politiques, culturels…à même de concurrencer certaines décisions prises par nos alliés Américains, notamment les taxes commerciales qui ont atteint un niveau record ! Et aussi pouvoir faire face à la grande influence que peut exercer la Chine sur des questions qui relèvent de l’espace francophone.

Quel est, selon vous, le principal défi pour améliorer davantage les relations interparlementaires dans l’espace francophone ?  

Le principal défi a trait à la nécessité de favoriser les discussions d’égal à égal. C’est très important. La jeunesse, aujourd’hui, demande à ce que les relations entre nos différents pays s’établissent sur la base des principes d’égalité et d’équité. Le respect mutuel entre les partenaires des différentes assemblées est essentiel. C’est ce que nous avons réussi pendant cette session. Il faut arrêter d’avoir un discours paternaliste, c’est-à-dire celui qui pourrait laisser penser, qu’aujourd’hui encore, la France pourrait donner des leçons à tout le monde, notamment à ses anciennes colonies. Ce temps est révolu !

Vous vous rencontrez une fois par an…

Nous nous rencontrons une fois par an. Cette fois-ci, c’était à Paris où nous avons organisé la 50ème session. Un succès ! La prochaine session se tiendra à Yaoundé au Cameroun. Je suis très heureuse de pouvoir m’y rendre.

Quelles sont vos attentes pour les années à venir ? 

Mon aspiration, c’est de continuer à développer ce partenariat et cette diplomatie parlementaire. À ce propos, nous avons un exemple absolument édifiant. Je le répète, le grand moment de cette session était l’adoption d’une résolution pacifique du conflit dans la région des Grands Lacs. Avec l’engagement de la francophonie parlementaire en faveur de la justice, la solidarité, la paix dans cette région meurtrie du Nord et du Sud Kivu, c’est un véritable tournant. Le texte soutient l’accord de paix signé à Washington, le 27 juin dernier. Je rappelle, ici, que nous avons fait une mission de bons offices en mai 2025 à Kinshasa et à Kigali. De même, continuons à être en lien avec nos membres du Mali, du Niger et du Burkina Faso, ces pays qui ont connu des soubresauts politiques. Même s’ils ont quitté l’OIF, ils sont toujours membres de l’APF, et les discussions vont se poursuivre. Un autre souhait, c’est de favoriser la mobilité de la jeunesse à l’intérieur de l’espace francophone, et aussi faire connaitre l’APF, la mettre en lien avec les associations ou toutes les actions citoyennes qui sont faites pour promouvoir la Francophonie. Je crois que beaucoup ne connaissent pas l’existence de l’APF. Il y’a beaucoup d’associations partout dans le monde qui travaillent énormément pour faire rayonner la langue française et les valeurs que nous avons en commun. Mon ambition, c’est que nous puissions les partager le plus largement possible. Autre souhait, c’est d’acquérir le statut de membre observateur à l’ONU. À cette fin, nous avons l’appui de la Secrétaire générale de l’OIF, Madame Louise Mushikiwabo. Nous avons d’ailleurs déposé une résolution pour que cela soit possible le plus rapidement possible.

Quel message souhaitez-vous adresser aux parlementaires francophones après cette rencontre à Paris ? 

Je souhaite leur dire plus que jamais la Francophonie a toute sa place dans le paysage politique, économique, social et culturel du monde, et que nous sommes des acteurs incontournables. Non seulement pour faire rayonner la langue française que nous avons en partage, mais surtout parce que nous sommes celles et ceux qui peuvent être à l’initiative d’un fait marquant, à l’instar de la résolution historique que nous avons pris sur la situation dans la région des Grands Lacs pour maintenir le dialogue et la paix entre pays francophones. L’APF est un très bel outil de diplomatie parlementaire, il faut absolument que l’on s’en saisisse, et je serai de ses ambassadrices un peu partout sur les cinq continents. Nous sommes forts de cette francophonie où le soleil ne se couche jamais. Alors, continuons à la faire vivre et à faire perdurer l’héritage des fondateurs de la Francophonie, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et ses homologues tunisien, Habib Bourguiba et nigérien, Hamani Diori, ainsi que le Prince Norodom Sihanouk du Cambodge. Nous avons désormais besoin de ce rapprochement et de cette fraternité francophone pour mettre à profit le français au service de la solidarité, du développement.

Robert Kongo (CP)