Kumbukadir

La paix trahi

Alors que les pourparlers de paix se poursuivent à Washington et à Doha, une partie des acteurs concernés semble se moquer ouvertement du processus. Le dernier rapport du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’Homme, documentant le massacre de plus de 300 civils à Rutshuru, territoire sous contrôle du M23, vient rappeler une vérité que Kinshasa ne cesse de dénoncer : ni cette rébellion ni son soutien rwandais ne sont sincères dans leur prétendue quête de paix.

Comment croire à la bonne foi du M23 et de Kigali quand, dans le même temps où leurs représentants discutent autour d’une table, leurs hommes commettent des atrocités sur le terrain ? Le massacre de Rutshuru, avec son lot de femmes, d’enfants et de paysans exécutés froidement, n’est malheureusement pas un cas isolé. C’est la manifestation d’une stratégie bien rodée : parler paix d’une main, perpétuer la terreur de l’autre.

Le gouvernement congolais a raison de s’indigner. Dans son communiqué officiel, il souligne à juste titre la contradiction flagrante entre les engagements pris à Doha et les agissements sur le terrain. Kinshasa, qui a fait le choix du dialogue malgré les provocations répétées, se retrouve une fois de plus face à un partenaire qui joue avec les mots et les vies humaines.

À l’approche de la prochaine phase des négociations, la RDC lance un appel pressant : la paix ne peut se construire sur l’impunité. Comment envisager des compromis politiques quand, dans le même temps, des civils sont systématiquement pris pour cible ?

La protection des populations doit être une ligne rouge, non négociable.

Pourtant, on peut légitimement s’interroger : la communauté internationale est-elle prête à passer des déclarations de principe aux actes concrets ? Les facilitateurs du processus de paix sauront-ils imposer des sanctions dissuasives contre ceux qui sabotent les efforts de dialogue ? Ou assisterons-nous, une fois de plus, à des condamnations verbales sans suite ?

Le gouvernement congolais, en réaffirmant son attachement à une solution pacifique, montre une patience qui force le respect. Mais cette patience ne doit pas être confondue avec de la naïveté. Kinshasa a raison d’exiger des garanties tangibles avant toute avancée dans les négociations.

Quant à la communauté internationale, elle se doit de trancher : continuera-t-elle à fermer les yeux sur les exactions du M23 et les ingérences rwandaises au nom d’un équilibre géopolitique précaire ? Ou prendra-t-elle enfin ses responsabilités pour imposer le respect du droit international et des vies humaines ?

Le temps n’est plus aux atermoiements, mais aux décisions courageuses. La RDC, elle, a déjà choisi son camp : celui de la paix, mais pas à n’importe quel prix.

Econews