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L’État de droit meurt quand la justice cède devant la force de l’argent, du pouvoir politique, de l’ethnie, de la religion, des fanatiques ignorants…

Constant Mutamba, alors ministre de la Justice, initie un projet de construction d’une prison à Kisangani. Il signe un marché de gré à gré de 39 millions de dollars US avec la société Zion Construction qu’il charge de l’édification de la dite prison, entreprise d’existence et de capacités techniques douteuses. La justice est informée des irrégularités du contrat et se met aussitôt en branle. Elle tient à entendre le ministre Mutamba. Elle saisit pour cela l’Assemblée nationale et sollicite la levée de son immunité. La représentation nationale crée en son sein une commission ad hoc qui l’invite et procède à son audition. Les membres de la commission constatent des faits répréhensibles dans les déclarations de ce dernier et proposent à la plénière la levée de l’immunité du ministre et ancien député national. Celle-ci, après débat public…radio-télévisé et par une majorité surqualifiée des députés présents et pro Félix Tshisekedi, vote les poursuites judiciaires contre lui.

Après des auditions préjudictionnelles de ce dernier au niveau du Parquet de la Cour de Cassation, le procureur porte ses accusations au niveau de la Cour.  Celle-ci ouvre finalement le procès au cours duquel des preuves accablantes – des faits ainsi que des déclarations des témoins – ont montré la culpabilité de l’ancien ministre qui a violé toutes les règles de passation d’un marché public et avec une entreprise dont les actionnaires et gestionnaires ont curieusement tous fui le pays – le conseiller financier du ministre Mutamba lui aussi en cavale – et ne se sont ainsi pas présentés au procès ! Le procureur tient ces violations pour de la « délinquance » avérée et propose 10 ans d’emprisonnement de Constant Mutamba.

Mais voilà que quelques Congolais, par des propos étonnamment déraisonnables, estiment que Constant Mutamba ne mérite pas une condamnation parce que prétendument il y aurait nombreux autres délinquants – qui auraient également commis des indélicatesses avec l’argent public – qui ne sont pas inquiétés et qui auraient, pour certains, bénéficié de la mansuétude du président de la République et qui se la coulent douce, qui vivent joyeusement dans le pays. Des comparaisons que le droit pénal n’accepte pas parce qu’il juge chaque affaire selon ses réalités, ses faits particuliers.

Certains jeunes – et même quelques personnes d’âges avancés (partisans politiques, chefs coutumiers, pasteurs, artistes,…) – dont la plupart ne sont visiblement pas au fait du dossier, ignorants du droit pénal et n’ont pas suivi le déroulement des audiences, crient à un «complot politique» contre Constant Mutamba qu’ils prennent pour un «héros» quand l’homme n’est qu’un populiste bon menteur, insolent, arrogant, maladroitement téméraire et pas toujours honnête et cohérent dans son parcours de vie, comme le renseignent des écrits diffusés sur les réseaux sociaux.

Quand la déraison s’installe dans une société (comme elle le fut dans l’Allemagne nazie où un individu –  Adolf Hitler, répugnant populiste – était parvenu à persuader ses compatriotes que la démocratie parlementaire était une mauvaise chose à laquelle il fallait substituer la dictature, que la haine et l’élimination physique des Juifs était un vertueux devoir patriotique), il y a de quoi s’inquiéter.

Une jeunesse sans esprit critique, de moins en moins bien formée et de plus en plus désinformée et fanatisée, ne peut être l’espoir, l’avenir du Congo. Intimider, menacer les magistrats, s’attaquer à l’indépendance des autorités judiciaires, c’est trahir la République, c’est tuer la démocratie. Et ce n’est pas un signal positif envoyé aux potentiels visiteurs et investisseurs étrangers que l’instabilité politique et institutionnelle dans un pays réfrène à y venir en touriste ou à y installer des activités commerciales. Qu’on se le dise…

Wina Lokondo (CP)