Alors que la campagne de renouvellement lancée par la DGI cristallise les critiques, une enquête du média Zoom-Eco identifie les arguments solides en faveur d’un changement jugé nécessaire pour l’État et les citoyens.
La campagne de renouvellement obligatoire des plaques d’immatriculation, orchestrée par la Direction générale des impôts (DGI), s’est installée dans un brouhaha de contestations. Entre accusations d’opacité, craintes sur les coûts et résistances au changement, l’initiative est vivement débattue sur la place publique. Pourtant, au-delà de la polémique, une analyse approfondie met en lumière les fondements de cette réforme. Une enquête du média spécialisé Zoom-Eco révèle ainsi sept raisons essentielles qui valident cette mutation, présentée comme un impératif de sécurité, de modernisation et de souveraineté.
Face à une mer de discours contradictoires, ces points concrets visent à objectiver le débat. Loin d’être une simple formalité administrative ou une mesure fiscale déguisée, la nouvelle plaque sécurisée s’inscrirait dans une logique de modernisation globale de l’État.
Voici les sept piliers sur lesquels repose la justification de cette réforme, selon l’enquête :
La lutte contre la fraude et l’évasion fiscale : Le parc automobile fantôme, circulant avec des plaques falsifiées, dupliquées ou obsolètes, représente un manque à gagner colossal pour le Trésor public. Le nouveau système, centralisé et infalsifiable, vise à identifier chaque véhicule de manière unique et à s’assurer que son propriétaire s’acquitte de ses obligations (taxes, assurances).
Le renforcement de la sécurité et de l’ordre public : Les plaques actuelles, faciles à contrefaire, sont un outil pour les délinquants et les réseaux criminels. Cette réforme est un levier puissant pour la police et la justice, permettant d’identifier rapidement et avec certitude les véhicules impliqués dans des infractions, des attaques ou des activités illicites.
La modernisation du Fichier national du parc automobile : Le pays dispose aujourd’hui d’un registre disparate et incomplet. La réforme permet d’établir une base de données fiable, à jour et numérique, essentielle pour une planification rationnelle des infrastructures, une politique de sécurité routière efficace et une gestion environnementale (émissions, âge du parc).
La protection des propriétaires légitimes : Une plaque sécurisée est une garantie contre le vol et le recel. Elle rend plus difficile la revente illégale d’un véhicule volé et protège l’acheteur de bonne foi. Elle sécurise ainsi le patrimoine des citoyens.
L’harmonisation et la souveraineté sationale : La nouvelle plaque, avec ses éléments de sécurité et son design unifié sur tout le territoire, affirme une norme nationale. Elle permet à la RDC de se conformer progressivement aux standards régionaux et internationaux en matière d’identification des véhicules.
L’amélioration du recouvrement des recettes : Au-delà de la taxe de renouvellement, un fichier véridique permet un recouvrement plus efficace de toutes les taxes et redevances liées à la possession et à l’usage d’un véhicule (vignette, taxe de circulation), alimentant le budget national.
La lutte contre l’impunité sur les routes : En rendant techniquement impossible la dissimulation de l’identité du véhicule, la réforme dissuade les comportements dangereux et irresponsables (excès de vitesse, fuite après un accident), contribuant à une culture de responsabilité chez les conducteurs.
Interrogé sur ces aspects, un cadre de la DGI, sous couvert d’anonymat, a confirmé cette vision stratégique : « La finalité n’est pas punitive, mais protectrice et modernisatrice. Il s’agit de bâtir un système intègre pour l’État et sécurisant pour le citoyen. Les recettes supplémentaires serviront, entre autres, à entretenir le réseau routier que ces mêmes véhicules utilisent. »
Si les critiques sur la communication et la mise en œuvre pratique restent légitimes, les raisons structurelles de la réforme, telles que présentées par Zoom-Eco.net, appellent à dépasser la simple polémique. Le défi pour les autorités reste de convaincre les usagers que cette transition nécessaire se fera dans la transparence, l’équité et avec un réel bénéfice collectif. La balle est désormais dans le camp de l’administration pour transformer une mesure impopulaire en un projet partagé de modernisation de l’État.
Econews
Les conclusions de Zoom-eco
Saisie par les débats suscités autour de la réforme des plaques d’immatriculation et des prises de position contradictoires dans l’espace public, la rédaction de Zoom-eco a décidé de mener sa propre enquête indépendante afin d’éclairer l’opinion.
Pendant plusieurs jours, nous avons consulté des documents administratifs, interrogé des sources institutionnelles, approché des acteurs techniques du secteur et analysé les éléments juridiques liés au processus.
Voici les principales conclusions de notre investigation.
- Une réforme motivée par un réel problème de sécurité publique
Nos recoupements confirment qu’avant la réforme, le système d’immatriculation présentait de graves failles : absence prolongée d’un cadre contractuel stable, circulation de nombreuses plaques frauduleuses, duplication avérée de numéros d’immatriculation, existence de plaques congolaises proposées sur des plateformes de vente en ligne étrangères.
Les experts en sécurité routière et en identification des véhicules estiment que cette situation constituait un risque réel pour la sécurité des citoyens et affaiblissait l’autorité de l’État.
- Un premier processus lancé en 2022 effectivement interrompu
Selon les documents consultés et les témoignages recueillis, un premier processus de réforme avait bien été engagé à partir de 2022.
Cependant, il a été stoppé pour deux raisons principales. Il y a d’une part, l’absence d’une étude de faisabilité formellement validée, pourtant exigée par la réglementation sur les Partenariats Public-Privé, et d’autre part, des désaccords persistants entre partenaires techniques sur la structuration du projet.
Nous avons pu consulter une correspondance officielle de l’Autorité de Régulation des Marchés Publics (ARMP) qui appuie la décision d’interruption du processus initial.
- Sur l’appel d’offres : des validations institutionnelles avérées
Nos vérifications auprès de sources administratives confirment que : le dossier d’appel d’offres a bien obtenu un avis de non-objection de la DGCMP, les entreprises initialement préqualifiées ont toutes été invitées à soumissionner, la procédure s’inscrit dans le cadre d’un appel d’offres restreint autorisé par les instances compétentes.
Aucun élément documentaire consulté ne permet d’affirmer que des entreprises auraient été formellement exclues du processus sans base légale.
- Transparence : une procédure validée par plusieurs niveaux institutionnels
Les documents consultés par notre équipe indiquent également que : le plan de passation des marchés a reçu validation, la procédure a été approuvée par les autorités gouvernementales compétentes, il ne s’agit pas d’un marché de gré à gré, mais bien d’une procédure encadrée par la réglementation.
Cela n’exclut pas le débat citoyen sur l’opportunité politique du projet, mais sur le plan formel, les actes administratifs existent et sont traçables.
- Sur les coûts : une confusion fréquente entre prix industriel et coût global
Nos échanges avec des spécialistes du secteur (imprimerie sécurisée, traçabilité, systèmes d’identification) confirment une réalité technique : le coût de fabrication brute d’une plaque ne reflète jamais le coût global d’un dispositif d’immatriculation moderne.
Le prix inclut généralement : la production, la logistique internationale, les dispositifs de sécurisation, les équipements de contrôle, les systèmes informatiques associés.
Nous avons également pu vérifier que : la part revenant au Trésor public a connu une augmentation, le prix payé par l’usager a légèrement baissé (de 120 à 115 USD), une nouvelle baisse est programmée.
- Le remplacement des plaques n’est pas immédiat pour tous
Contrairement à une idée largement répandue sur les réseaux sociaux, nos sources concordent sur un point : « Le changement des plaques ne s’applique pas immédiatement à tous les véhicules. Une phase transitoire d’environ un an est prévue, ce qui permet une mise en œuvre progressive et limite l’impact brutal sur les usagers ».
- Une ouverture réelle aux contrôles et aux audits
Enfin, notre équipe a pu constater que plusieurs documents relatifs au projet sont effectivement consultables auprès des services compétents.
Des responsables administratifs interrogés se disent ouverts à tout audit institutionnel ou parlementaire.
À l’issue de nos investigations, il apparaît que la réforme des plaques d’immatriculation repose sur une problématique réelle, que la procédure s’appuie sur des actes administratifs existants, et que plusieurs critiques publiques proviennent davantage de suspicions que d’éléments documentaires vérifiables à ce stade.

