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Franc congolais sous perfusion : la BCC contre la spéculation, les économistes contre la méthode

Face aux tensions persistantes sur le marché parallèle des changes, la Banque Centrale du Congo (BCC) remet la main à la poche pour défendre le franc congolais, annonçant une nouvelle vente de devises après une injection de 50 millions USD aux banques commerciales. Si l’Institut d’émission appelle au calme et à la confiance dans les circuits formels, ses interventions répétées par voie d’open market divisent les experts. Pour plusieurs économistes, cette stratégie, jugée coûteuse et contreproductive, ne traite pas les causes structurelles de la dépréciation du FC et risque d’épuiser les réserves de change, appelant plutôt à une discipline budgétaire rigoureuse et à un sursaut de la production nationale pour une stabilité monétaire durable.

La Banque Centrale du Congo (BCC) monte au front pour défendre le franc congolais (FC). Après une injection de 50 millions de dollars américains aux banques commerciales le 8 janvier, l’Institut d’émission a confirmé, via son compte X (ex-Twitter), une nouvelle intervention ce lundi 12 janvier. Objectif affiché : répondre aux « besoins de liquidités » et contrer les pressions spéculatives observées sur le marché parallèle, nourries par des « anticipations négatives de la part de quelques opérateurs économiques ».

« Le public est invité à poursuivre ses opérations dans un climat de confiance et à privilégier les circuits bancaires formels », a assuré la BCC, martelant sa doctrine : « La BCC fait ce qu’elle annonce et annonce ce qu’elle fera. »

Une communication offensive pour rassurer les acteurs économiques et tasser la prime de risque sur le marché informel.

Des critiques qui fusent dans les milieux spécialisés

Pourtant, cette stratégie répétée d’interventions directes sur le marché des changes par voie d’open market est loin de faire l’unanimité parmi les experts. Pour plusieurs économistes, il s’agit d’un cautère sur une jambe de bois, qui évite de s’attaquer aux racines du mal.

« La meilleure défense de la monnaie, ce ne sont pas les interventions sur le marché des changes. C’est plutôt la gestion de l’offre de monnaie, c’est-à-dire contenir l’expansion de la masse monétaire par une gestion équilibrée du budget de l’Etat et par le contrôle du crédit à l’économie », explique un analyste financier sous couvert d’anonymat. Il enfonce le clou : « Intervenir constamment est un gaspillage des ressources tant que les causes profondes à la base de la dépréciation ne sont pas maîtrisées. D’ailleurs le FMI a tiré la sonnette d’alarme sur ce point, en disant que cette politique est contreproductive, parce que conduisant à l’épuisement des réserves. »

La rigueur budgétaire et la production nationale en ligne de mire

Un autre expert abonde dans ce sens, en pointant la nécessaire discipline fiscale. « La meilleure façon de gérer conjoncturellement la stabilité monétaire est de s’assurer que les dépenses de l’Etat sont effectuées sur base caisse. C’est difficile pour le fonctionnement normal de l’économie, mais c’est la voie souhaitée pour garantir la stabilité si on y tient absolument. »

Mais cette rigueur, reconnaît-il, a un coût social et économique élevé : « Cette stabilité s’obtient au prix du gel de certaines dépenses incompressibles comme les salaires des agents et fonctionnaires de l’Etat, ce qui est encore contre-productif. »

La solution durable, selon ces spécialistes, réside ailleurs. « La solution est de mettre en place le mécanisme qui permet une augmentation du volume de production nationale pour réduire substantiellement les importations. C’est seulement ainsi qu’on pourra soutenir durablement la valeur de la devise nationale et, par ricochet, dédollariser progressivement l’économie nationale », conclut l’économiste.

Le dilemme de la BCC : agir sur les symptômes ou les causes ?

Le débat est donc lancé. D’un côté, la BCC semble privilégier une action immédiate pour calmer les fièvres du marché et maintenir la confiance à court terme. De l’autre, des experts l’exhortent à favoriser des politiques monétaires et budgétaires plus orthodoxes, et surtout à œuvrer, avec le gouvernement, à des réformes structurelles pour stimuler la production locale et réduire la dépendance aux importations – et donc à la devise américaine.

Alors que la BCC s’apprête à ouvrir à nouveau ses coffres lundi, la question reste entière : ces injections de dollars sont-elles le remède nécessaire à une crise de liquidité passagère, ou un palliatif coûteux qui retarde l’inévitable rééquilibrage de l’économie congolaise ? La défense du franc congolais pourrait bien se jouer sur ce terrain de l’analyse économique bien plus que sur celui des marchés.

Faustin K.