La capitale congolaise vit ce lundi sous haute tension à l’heure de l’entrée en vigueur du nouveau dispositif de contrôle routier décrété par le Gouverneur de la ville, Daniel Bumba Lubaki. Des mesures présentées comme une réponse à «l’incivisme routier », mais perçues comme impopulaires par de nombreux usagers de la route, au point de provoquer un appel au boycott des transports en commun.
Dès les premières heures de la journée, une mission mixte permanente de 3.000 agents, issus de la Police, de la Division urbaine des Transports, de la Brigade spéciale de protection de l’environnement et de la Régie des fourrières, a été déployée sur le terrain. Leur champ d’action couvre 60 carrefours stratégiques ainsi que les axes routiers réputés sensibles et conflictuels de la mégapole.
«Désormais, le respect du Code de la route n’est plus une option, mais une obligation », a martelé le Gouverneur Bumba dans sa communication. La traduction sur le terrain est sans ambiguïté : les agents sont chargés d’exiger rigoureusement cinq documents de bord : le permis de conduire, le certificat de contrôle technique valide, la vignette, l’autorisation de transport et l’assurance. Le non-respect de la tarification officielle des transports en commun est également dans le viseur. Les contrevenants s’exposent à des amendes, à l’immobilisation et à la mise en fourrière de leurs véhicules.
Des mesures ciblées et un avertissement sans équivoque
Le dispositif de contrôle routiers’accompagne de règles spécifiques et restrictives. Les camions de 20 tonnes et plus, ainsi que les véhicules de livraison, ne pourront circuler dans la ville que de 22h à 5h, les lundi, mardi et mercredi. Les motocyclistes, communément appelés «Wewa», sont interdits sur la RN1 aux mêmes créneaux horaires, tout comme l’installation de marchés publics sur les artères principales.
En guise de mise en garde finale, le Gouverneur a lancé en lingala : «Tosa ba tosa yo » (« On va t’attraper »), signifiant sa détermination à faire appliquer le dispositif avec « fermeté et responsabilité ».
Une colère palpable et un appel au boycott
Face à cette offensive réglementaire, la fronde s’organise. Les associations de conducteurs privés de transport en commun ont appelé à un boycott massif ce lundi, promettant une «ville sans transport en commun ».
Cette grève, si elle est suivie, pourrait paralyser une grande partie des déplacements des Kinois et amplifier le chaos routier attendu autour des points de contrôle.
Particularité notable de ce « lundi noir » : le Gouverneur Daniel Bumba ne sera pas physiquement présent à Kinshasa pour superviser le lancement de son opération. En déplacement officiel en Allemagne, c’est depuis Berlin qu’il a annoncé qu’il suivrait les événements. Une situation qui pourrait attiser les critiques sur un pouvoir perçu comme distant, alors que ses mesures sont appliquées avec rigueur sur le terrain.
Cette journée test constitue un véritable bras de fer entre l’autorité provinciale, déterminée à imposer un nouvel ordre routier, et des usagers excédés par des contraintes perçues comme supplémentaires dans une ville où la circulation est déjà un défi quotidien. Les prochaines heures révéleront si la « fermeté» promise l’emporte sur la colère des transporteurs et des usagers de la route.
Econews

