Les émeutes survenues à Pakadjuma après les démolitions du 9 février sonnent comme un aveu d’échec pour l’exécutif provincial de Kinshasa. Entre décisions improvisées, absence criante de planification et pression fiscale tous azimuts, la capitale congolaise donne l’image d’une mégapole gouvernée au pifomètre. Si déguerpir des occupants illégaux peut se justifier, le chaos qui a paralysé les avenues des Poids Lourds et de la Funa révèle surtout les limites d’une gestion urbaine incarnée par le gouverneur Daniel Bumba Lubaki, loin de rassurer une ville de plus de dix millions d’habitants.
Les images de chaos et de colère sur les avenues des Poids Lourds et de la Funa, mardi 10 février, sont venues rappeler avec violence les profondes défaillances de la gestion de la capitale congolaise. Les émeutes consécutives à la démolition du bidonville de Pakadjuma à Limete ne sont pas un simple incident, mais le symptôme évident d’une administration urbaine impulsive et dépourvue de planification, sous la mandature du Gouverneur Daniel Bumba Lubaki.
Une ville gérée à la baguette magique ?
Avec plus de 10 millions d’habitants, Kinshasa est une mégalopole dont la complexité exige une vision stratégique, des plans d’action réfléchis et une exécution rigoureuse. Or, l’action de l’exécutif provincial semble se caractériser par des décisions abruptes et des opérations coup de poing. Le dernier exemple en date : le déploiement soudain, un matin, de 3.000 « journaliers » dans les rues pour un contrôle simultané et tracassier de cinq documents de bord des véhicules. Une mesure vécue comme une purge par des milliers d’automobilistes et de transporteurs déjà étranglés par la vie chère.
Cette approche brutale se double d’un zèle fiscal perçu comme oppressif. Alors que la ville « chancèle », le ministère provincial des Finances a annoncé le lancement, dès ce 28 février 2026, d’une campagne de recouvrement forcé de l’impôt sur les revenus locatifs et l’impôt foncier. L’exécutif se défend de tout « harcèlement fiscal », brandissant le slogan de campagne du Gouverneur Bumba, « Kin ezo bonga » (Kinshasa va s’améliorer). Sur le terrain, cependant, cette promesse sonne creux face à une gestion perçue comme improvisée.

Pakadjuma, l’illustration d’une maladresse criante
Le drame de Pakadjuma résume à lui seul cette gouvernance au « pifomètre ». Personne ne conteste le principe de déguerpir des occupants illégaux d’un terrain appartenant à l’ONATRA, une entreprise publique. La légitimité de l’action n’est pas en cause ; c’est sa méthode qui est désastreuse.
Aucune planification digne de ce nom n’a précédé les bulldozers. Ni chronogramme, ni sensibilisation des populations concernées, ni identification de sites de relocalisation. L’Hôtel de ville a procédé par la force brute, détruisant des habitations le lundi 9 février sans offrir la moindre alternative. Le résultat était prévisible : un lendemain fait de colère, de barricades et d’émeutes, paralysant un axe vital de la capitale. La « maladresse de la ville a été étalée au grand jour », transformant une opération d’aménagement en crise sociale et sécuritaire.
Une capitale qui mérite mieux
Cet enchaînement – décision abrupte, exécution brutale, conséquences violentes – dessine le portrait d’une équipe provinciale dépassée, naviguant à vue. Gérer Kinshasa ne se résume pas à lancer des opérations spectaculaires ou à pressurer fiscalement les citoyens pour remplir les caisses. Cela requiert une gouvernance inclusive, anticipatrice et respectueuse des droits.
Les émeutes de Pakadjuma sonnent comme un sévère avertissement. Une mégalopole de cette envergure et de cette importance « ne mérite pas une gouvernance à vue ». Elle doit être gérée, avec compétence, humanité et vision à long terme. Sur ce point précis, l’action de Daniel Bumba Lubaki, loin de rassurer, alimente un profond sentiment d’inquiétude et d’injustice parmi les Kinois. La capitale a besoin de bien plus qu’un slogan ; elle a besoin d’un plan. Et urgemment.
Econews

