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Dialogue intercongolais sur le sol congolais ou ailleurs? La médiation de João Lourenço face au verrou de Kinshasa

À quelques jours d’intervalle, le discours et la posture semblent se contredire. D’un côté, à Kinshasa, le Président Félix Tshisekedi ferme la porte à un dialogue inclusif sur le sol congolais, refusant toute table ronde qui intégrerait des acteurs armés. De l’autre, à Luanda, sous l’égide du président angolais João Lourenço, facilitateur de l’Union africaine, l’option d’un dialogue intercongolais « sans exclusion » refait surface, probablement loin de la RDC. Entre fermeté constitutionnelle et pressions diplomatiques régionales, une question s’impose : Lourenço parviendra-t-il à rapprocher des positions encore éloignées et à convaincre Tshisekedi d’ouvrir la voie à un dialogue réellement inclusif, mais hors frontières ?

Le Président angolais João Lourenço, facilitateur désigné par l’Union africaine pour la crise dans l’Est de la République Démocratique du Congo, se trouve face à un défi de taille : concilier la fermeté affichée par Kinshasa et les exigences d’un processus de paix régional qui appelle à une inclusion plus large. Cette quadrature du cercle politique est devenue évidente à l’issue d’une rencontre, lundi 9 février à Luanda, entre le Chef de l’État, Félix Tshisekedi et plusieurs éminents médiateurs africains.

La réunion, à laquelle ont également pris part Faure Gnassingbé, Président du Conseil de la République togolaise et médiateur de l’UA, et l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, membre du Panel des facilitateurs de l’Union, avait pour objet de relancer le processus de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs. Elle a surtout mis en lumière un fossé apparent entre deux visions.

La délicate mission

D’un côté, le communiqué final de Luanda confie à l’Angola le mandat « d’engager des consultations avec toutes les parties congolaises concernées, en vue de créer les conditions nécessaires à la tenue du dialogue intercongolais ». Cette formulation, volontairement large, laisse entendre que nul acteur, y compris les groupes armés, ne serait a priori exclu des pourparlers préparatoires.

De l’autre côté, la position de Kinshasa, réitérée avec force par Félix Tshisekedi devant le corps diplomatique le 7 février, semble immuable : le gouvernement ne veut entendre parler que d’un «dialogue apaisé, conduit et organisé par les institutions de la République, dans le respect de la Constitution ». Une formule qui exclut explicitement, selon l’interprétation des autorités congolaises, toute négociation directe sur le sol congolais avec ceux qui ont pris les armes contre le pays.

La question qui se pose désormais est celle du format et du lieu. L’approche promue à Luanda suggère un dialogue plus large, potentiellement organisé hors des frontières congolaises pour faciliter la participation de tous. C’est cette piste qu’explorera le président Lourenço dans les prochaines semaines. Son habileté consistera à trouver une formule qui préserve la légitimité des institutions congolaises – une ligne rouge pour Kinshasa – tout en obtenant l’adhésion des autres parties prenantes à la crise, dont certains mouvements armés et segments de l’opposition politique.

Malgré ce désaccord de fond sur le format du dialogue, la réunion de Luanda a permis un rappel à l’ordre collectif. Les participants ont réaffirmé la nécessité du « respect strict et vérifiable » des engagements pris dans le cadre de l’accord de Washington du 4 décembre 2025 et des résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité de l’ONU.

Ils ont également appelé à une déclaration de cessez-le-feu et à l’accélération de l’opérationnalisation du mécanisme de suivi convenu à Doha en octobre 2025, conditions jugées essentielles à la crédibilité de tout processus politique.

Le chemin étroit de la conciliation

Le mandat donné à João Lourenço est donc aussi sensible qu’ambitieux. Il doit inventer un cadre qui, sans être perçu à Kinshasa comme une concession aux « agresseurs », puisse être considéré comme suffisamment inclusif par la communauté internationale et les autres acteurs pour débloquer une situation militaire et politique figée.

Le prochain acte se jouera dans l’ombre des consultations que les émissaires angolais vont mener. Leur capacité à convaincre Kinshasa de la nécessité d’une formule élargie, et les autres parties d’accepter des préalables clairs, déterminera si le « dialogue intercongolais » deviendra une réalité ou restera un point de friction de plus dans un dossier déjà extrêmement complexe. Le temps, en RDC comme dans la région, est à la fois un allié précieux et un facteur de pression de plus en plus lourd.

Econews

Communiqué de la rencontre de Luanda

« Son Excellence João Manuel Gonçalves Lourenço, Président de la République d’Angola et Président en exercice de l’Union africaine ;

Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, Président de la République Démocratique du Congo ; Son Excellence Faure Essozimna Gnassingbé, Président du Conseil de la République togolaise et Médiateur de l’Union africaine ; et Son Excellence Olusegun Obasanjo, représentant les cinq anciens Chefs d’État nommés par l’Union africaine comme Facilitateurs du processus de paix en République démocratique du Congo, se sont réunis ce jour, 9 février 2026, à Luanda, et ont décidé de:

  1. Appeler les parties en conflit en République démocratique du Congo à déclarer un cessez-le-feu, qui entrera en vigueur à une date et à une heure à convenir, et les encourager à accélérer la mise en œuvre des mécanismes de vérification du cessez-le-feu convenus à Doha le 14 octobre 2025 ;
  2. Donner à l’Angola le mandat d’engager des consultations avec toutes les parties congolaises concernées, en vue de créer les conditions nécessaires à la tenue du dialogue intercongolais ;
  3. Rappeler les décisions prises en vertu de l’Accord de Washington du 4 décembre 2025 ainsi que des résolutions 2773 (2025) et 2808 (2025) du Conseil de sécurité des Nations unies, relatives au retrait des troupes rwandaises du territoire congolais et à la neutralisation des FDLR».

Fait à Luanda, le 9 février 2026