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Modeste Bahati, l’électron libre qui bouscule l’Union sacrée

À Kinshasa, Modeste Bahati Lukwebo a brisé le consensus feutré du Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, en s’opposant frontalement à toute modification de la Constitution du 18 février 2006 visant un mandat au-delà de 2028. L’électron libre de la majorité dénonce les « flatteurs » qui pousseraient le Président de la République vers une aventure périlleuse, rappelant, en républicain assumé, que le pays n’a pas un problème de textes mais d’hommes. Une sortie médiatique musclée qui secoue l’Union sacrée et redistribue les cartes au sein de la majorité au pouvoir.

C’est un véritable coup de tonnerre dans le ciel politique congolais. Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice-président du Sénat et poids lourd de l’Union sacrée de la nation (USN), a brisé le silence médiatique mercredi dernier pour adresser un avertissement sans précédent à ses propres camarades de la majorité présidentielle.

Devant un parterre de journalistes réunis dans la capitale, l’ancien allié de Joseph Kabila, devenu figure de proue de la coalition de Félix Tshisekedi, a pris le contre-pied de la ligne officielle qui agite l’Union sacrée depuis plusieurs semaines : la révision constitutionnelle et la tentation d’un mandat illimité pour le chef de l’État.

«Le pays n’a pas un problème de textes, mais d’hommes »

Alors que le secrétaire permanent de l’Union sacrée, André Mbata, multiplie les sorties en faveur d’un changement « en profondeur » de la Constitution du 18 février 2006, Modeste Bahati a opposé une fin de non-recevoir cinglante. « Le pays n’a pas de problème de textes; le pays a un problème d’hommes », a-t-il asséné, dézinguant au passage ce qu’il qualifie de conglomérat de « flatteurs » qui, selon lui, poussent le président Tshisekedi vers une impasse politique.

Sa mise en garde est claire : «Quand on aime son chef, on lui dit la vérité ». Une pique directe adressée à ceux qui, dans l’entourage du chef de l’État, lui prêteraient des «missions prophétiques» justifiant une prolongation au-delà de 2028.

La mémoire au service de l’avertissement

L’homme sait de quoi il parle. Et c’est là que sa parole prend tout son poids. Ancien pilier du régime Kabila, rallié tardivement à Tshisekedi après avoir été écarté du Front commun pour le Congo (FCC), Modeste Bahati incarne la mémoire vivante des trahisons politiques. «Bahati rappelle à l’Union sacrée : n’induisez pas Félix Tshisekedi en erreur, car lorsque tout va basculer, ils vont l’abandonner comme ils l’’avaient auparavant avec Joseph Kabila », analyse un observateur averti de la scène politique congolaise.

En clair : les mêmes thuriféraires qui encensaient le régime Kabila avant de le lâcher sont aujourd’hui les mêmes qui poussent Tshisekedi à se maintenir au pouvoir. Et Bahati, qui a vécu la rupture dans sa chair, refuse de revivre le scénario.

Un républicain face à la tentation du pouvoir perpétuel

Sur le fond, le numéro deux du Sénat a rappelé avec force les limites constitutionnelles : «Le Président Tshisekedi a un mandat jusqu’en 2028. Moi, je suis républicain ». Une profession de foi qui sonne comme un désaveu cinglant pour ceux qui, dans l’Union sacrée, rêvent déjà d’une modification des règles du jeu pour offrir un bail illimité à Fatshi.

Modeste Bahati ne ferme pas totalement la porte au débat, mais il exige qu’il se tienne dans les formes républicaines. « Ceux qui ont des préoccupations concernant la Constitution, qu’ils viennent, qu’on se mette autour d’une table et qu’on en parle », a-t-il lancé, en appelant à la transparence plutôt qu’aux manœuvres souterraines.

L’électron libre qui défie la majorité

À coup sûr, cette sortie médiatique va lui attirer les foudres de la majorité présidentielle. Mais Modeste Bahati n’est pas un novice. Sa posture indépendante, loin d’être un coup de tête, semble parfaitement calibrée. Dans un jeu politique où les alliances se font et se défont au gré des intérêts, l’électron libre de l’Union sacrée vient de poser une bombe à retardement. Reste à savoir si cet avertissement sera entendu au Palais de la Nation ou s’il ne fera qu’accélérer son isolement.

Il est évident que le débat sur la révision constitutionnelle ne pourra plus se faire en catimini. Bahati a retourné les projecteurs sur une Union sacrée qui croyait pouvoir avancer masquée.

Econews

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