La mobilisation organisée ce lundi à Kinshasa par l’UDPS et les partis de l’Union sacrée, en soutien aux sanctions américaines visant Joseph Kabila, pourrait bien produire un effet inattendu sur la scène internationale. En affichant ouvertement leur adhésion à l’action du Trésor américain, les manifestants ont donné à ces mesures une coloration politique assumée, au risque d’exposer les États-Unis à des accusations de proximité avec le régime de Félix Tshisekedi. Entre démonstration de loyauté et stratégie diplomatique délicate, cette marche soulève désormais une question centrale : Washington peut-il encore se prévaloir d’une posture neutre dans le dossier congolais ?
Ce lundi à Kinshasa, les artères de la capitale congolaise ont vibré au rythme d’une marée humaine. À l’appel de l’UDPS, parti présidentiel, et de ses alliés de l’Union sacrée de la nation, des milliers de militants ont défilé pour… soutenir les sanctions du Trésor américain contre l’ex-président Joseph Kabila. Une mise en scène politique aussi spectaculaire que risquée.
Car derrière l’enthousiasme de façade, une question dérangeante affleure dans les couloirs du pouvoir : cette démonstration de loyauté envers Washington ne risque-t-elle pas de se retourner contre ses propres commanditaires ? En affichant aussi ostensiblement son alignement sur les sanctions américaines, le régime Tshisekedi pourrait, en réalité, placer les États-Unis dans une position pour le moins inconfortable.
Dans les rangs de l’Union sacrée, l’ambiance était à l’euphorie. « Tous ont apporté leur sanction aux États-Unis », résume un participant. Les plus radicaux ont même réclamé l’arrestation immédiate de Joseph Kabila, pourtant déjà condamné à mort par contumace par la justice militaire congolaise.
Mais au-delà du lyrisme militant, que retenir de cette marche ? Officiellement, elle visait à saluer l’administration Trump pour avoir « mis à nu les liens évidents entre Joseph Kabila et la rébellion AFC/M23 ». Pourtant, dans l’ombre, des voix dissonantes s’élèvent.
« On met Washington en difficulté »
« Je suis membre actif de l’Union sacrée, mais j’estime que cette marche n’était pas opportune. On pouvait exprimer autrement notre soutien. En organisant cela, on met Washington en difficulté : les États-Unis ne peuvent plus cacher les liens étroits qu’ils entretiennent avec le régime Tshisekedi », confie à notre rédaction un cadre influent de la majorité, sous couvert d’anonymat.
Son analyse est cinglante : « La marche de ce lundi a donné aux sanctions contre Kabila une dimension hautement politique. Aux yeux du monde, on est désormais convaincu que Washington joue le jeu de Tshisekedi. Je crains que cela ne nous desserve dans l’avenir. »
L’embarras pour Washington est en effet à la hauteur du message envoyé : en acceptant – implicitement – ce déferlement de soutien populaire, les États-Unis se voient attribuer le rôle d’allié partisan d’un président congolais contre son prédécesseur. Une perception calamiteuse pour une diplomatie américaine qui, officiellement, ne sanctionne que des individus pour des motifs de corruption ou de violation des droits humains, sans prendre parti dans les querelles internes congolaises.
« Le message est arrivé jusqu’à Washington » ?
Pourtant, tous ne partagent pas cette analyse. Un autre cadre, plus optimiste, balaie ces craintes d’un revers de main : « On se devait, en tant que majorité, de témoigner notre soutien aux États-Unis pour qu’ils fassent davantage afin de mettre hors d’état de nuire ceux qui sèment le désordre dans l’Est. J’espère qu’avec cette marche, le message est arrivé jusqu’à Washington. »
Mais cet espoir même souligne le paradoxe : le régime congolais semble attendre des États-Unis qu’ils endossent un rôle de gendarme politique. Or, rien n’est moins sûr que l’administration américaine apprécie de se voir ainsi «piégée » dans une démonstration de force partisane.
En définitive, cette marche lundi 4 mai pourrait bien avoir produit l’effet inverse de celui recherché. Loin de renforcer la main de Washington, elle l’expose. Les États-Unis se retrouvent désormais dos au mur : s’ils renforcent les sanctions contre Kabila, ils confirmeront leur instrumentalisation politique aux yeux de l’opinion internationale et africaine. S’ils reculent, ils donneront l’impression de lâcher un allié congolais pourtant docile.
Dans les deux cas, c’est l’embarras. Et pendant ce temps, à Kinshasa, l’Union sacrée continue de danser sur une corde raide diplomatique, sans mesurer pleinement le vertige qu’elle impose à son protecteur américain.
Hugo Tamusa

