Kinshasa et Luanda passent à l’offensive pour faire décoller leurs échanges commerciaux. Clôturé ce jeudi à Kinshasa, le 3ᵉ Forum économique RDC-Angola ne s’est pas contenté de vœux pieux. Face à un paradoxe criant – près de 200 milliards de dollars US de PIB combinés pour à peine 150 millions USD d’échanges officiels – les deux pays ont choisi d’en finir avec les lenteurs. Feuille de route « Kinshasa » adoptée, protocole d’accord entre banques centrales exigé d’ici juillet, et corridor Lobito-Dilolo activé : la volonté politique s’est muée en calendrier contraignant. « Nous sommes passés de l’intention à la stratégie sectorielle claire », a martelé le Vice-Premier Ministre en charge de l’Economie, Daniel Mukoko, appelant les opérateurs de deux pays à transformer chaque engagement en projet concret. L’heure n’est plus aux discours – celle du passage à l’acte a sonné.
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Après deux jours de débats intenses, le 3ème Forum économique RDC-Angola n’a pas accouché d’une énième déclaration de bonnes intentions. Il a donné naissance à une exigence : passer de la parole aux actes. Devant des décideurs publics, investisseurs et opérateurs économiques, venus de toute la sous-région, les deux capitales (Kinshasa et Luanda) ont acté une vérité brutale : la géographie commune n’a que trop duré comme simple frontière – elle deviendra un destin partagé de prospérité, ou ne sera pas.
Les vrais sujets enfin sur la table
Finis les discours convenus. Pendant ces assises, les coups ont été portés là où ils font mal : facilitation des transactions financières, lutte sans merci contre la contrebande, sécurisation et formalisation des circuits économiques, développement du corridor stratégique Dilolo-Lobito. Des chantiers qui sentent le réel, pas les vœux pieux.
Infrastructures, énergie, agriculture, nouvelles technologies : les secteurs porteurs ont été passés au crible. Mais les intervenants ont prévenu : sans transparence, bonne gouvernance et stabilité macroéconomique, aucun investisseur ne mettra un pied durable au Congo ou en Angola. Le message est clair : les illusions ne sont plus admises.
C’est un Vice-Premier ministre en état d’urgence que l’auditoire a entendu. Daniel Mukoko Samba n’est pas venu caresser l’assistance dans le sens du courant. Il a salué « la volonté de deux nations qui ont une fois de plus démontré que la géographie qui nous lie n’est pas seulement une frontière partagée, mais un destin commun de prospérité et de croissance ».
Puis il a asséné : « Cette édition marque un tournant décisif. Nous sommes passés de la simple intention de coopérer à la définition de stratégies sectorielles claires : l’énergie et les infrastructures, piliers de notre industrialisation ; la pêche et la réglementation de nos ressources halieutiques communes pour notre souveraineté alimentaire ; le commerce transfrontalier pour créer de la valeur ajoutée localement. »
Et d’ajouter, comme pour fixer le cap : RDC et Angola, c’est 130 millions de consommateurs. En harmonisant leurs politiques économiques, ces deux pays ne se font pas seulement un cadeau mutuel – ils deviennent le moteur de toute la sous-région.
Sous l’impulsion du Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi, le Gouvernement congolais s’engage à poursuivre les réformes pour améliorer le climat des affaires, protéger les investissements et abattre les barrières qui freinent encore l’élan commun.
Mais Mukoko a voulu aller plus loin. Il a lancé, presque comme un défi, aux opérateurs économiques présents : « Le succès de ce forum ne se mesurera pas à la qualité de nos discours, mais à la concrétisation des accords qui en découleront et à l’émergence de projets joint-ventures pérennes. Je salue votre résilience et votre dynamisme. Vous êtes les véritables artisans de cette intégration économique que nous appelons de nos vœux. »
Le plus dur commence maintenant
Luanda ne repart pas les mains vides. L’un des acquis majeurs du Forum est l’adoption à l’unanimité de la « Feuille de route de Kinshasa », un document qui ne restera pas dans un tiroir. Sa vocation : transformer les engagements politiques en actions opérationnelles.
Premier signal fort, et il est fracassant : les Gouverneurs des Banques centrales de deux pays se sont rencontrés jeudi et se sont donné jusqu’en juillet 2026 pour préparer un protocole d’accord. L’objectif ? Régler une bonne fois le problème des transactions financières transfrontalières – un frein majeur, honteux, aux échanges formels.
« Je crois que le moment est venu de passer de la parole à l’acte », a martelé Daniel Mukoko Samba. « C’est le principal message que nous garderons de ce troisième forum. »
200 milliards USD de PIB pour 150 millions d’échanges
Le paradoxe intolérable ! Car il faut dire les chiffres, crus, qui donnent le vertige : près de 200 milliards de dollars de PIB combiné – mais à peine 150 millions de dollars d’échanges commerciaux officiels entre l’Angola et la RDC.
Soixante points de passage transfrontaliers, et pourtant la majorité des transactions échappent encore au formel, à la fiscalité, à la traçabilité. La contrebande y prospère, et la richesse s’évapore.
Les autorités de deux pays ont décidé d’en finir. L’objectif est clair, presque provocateur : faire de l’Angola et de la RDC un véritable moteur de développement pour l’ensemble de la sous-région. Plus question de subir les déséquilibres – ils seront bâtisseurs.
Le 3ᵉ Forum économique RDC-Angola s’est refermé non pas sur une note d’optimisme béat, mais sur une volonté farouche. Le message final est sans ambiguïté : renforcer durablement la coopération entre les deux pays au service d’un développement partagé. Les discours ont cessé. Les actes sont attendus au tournant. L’Afrique centrale retient son souffle.
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