Depuis son arrivée à la tête du ministère de la Fonction publique, Marcel Lihau a engagé une série de réformes visant à assainir et moderniser l’administration publique congolaise. Identification biométrique des agents, maîtrise des effectifs, relance de la mise à la retraite, dématérialisation des procédures administratives, promotion des agents bloqués dans leur carrière ou encore amélioration progressive des rémunérations : le VPM Lihau a présenté, le lundi 18 mai devant la presse, ces mesures comme les bases d’une nouvelle gouvernance publique fondée sur la transparence, la méritocratie et l’efficacité de l’État.
Le Vice-Premier ministre en charge de la Fonction publique, Marcel Lihau, a présenté, lundi 18 mai, un état des lieux détaillé de l’administration publique congolaise lors d’un briefing consacré au thème : « La Fonction publique en chiffres : enjeux et perspectives ».
Face à la presse, le ministre a expliqué que le gouvernement a engagé un vaste processus d’assainissement des effectifs de l’État afin de restaurer la crédibilité de l’administration publique et d’améliorer la gestion des ressources humaines.
Selon Marcel Lihau, à leur arrivée aux responsabilités, les autorités avaient hérité d’un effectif déclaré d’environ 1,4 million de fonctionnaires du régime général. Après plusieurs opérations de contrôle, de certification et d’identification biométrique, ce chiffre a été ramené à 677 630 agents certifiés réguliers.
« Nous sommes passés de 1 425 000 agents déclarés à 677 630 agents certifiés réguliers à l’issue d’un processus d’assainissement et d’identification biométrique sur l’ensemble du territoire national », a-t-il déclaré.
Le ministre a précisé que les agents écartés présentaient des irrégularités administratives ou se trouvaient dans des situations nécessitant encore une régularisation. Certains étaient rémunérés, d’autres non.
Distinction entre fonctionnaires et agents publics
Marcel Lihau a insisté sur la différence entre les fonctionnaires et les agents publics. Il a rappelé que les membres du gouvernement, les parlementaires ou encore le Président de la République sont des agents publics, mais non des fonctionnaires.
En revanche, les fonctionnaires sont des agents de carrière des services publics. À l’échelle globale, la RDC compte environ 2,5 millions d’agents publics, incluant les enseignants, les militaires, les policiers, les magistrats ainsi que le personnel de l’Enseignement supérieur et universitaire (ESU).
Le VPM a notamment souligné que les enseignants ne sont pas encore considérés comme des fonctionnaires à part entière, bien qu’une réforme soit en cours pour modifier leur statut.
Une réforme pour mettre fin au « laisser-aller »
Le patron de la Fonction publique a dénoncé les recrutements massifs opérés entre 2018 et 2020 sans planification budgétaire ni gestion prévisionnelle des effectifs.
« On ne pouvait pas ouvrir les vannes de cette manière-là en faisant entrer tout et n’importe qui dans la fonction publique », a-t-il affirmé, dénonçant une administration parfois politisée et affaiblie.
Pour éviter de nouveaux abus, le gouvernement interdit désormais aux administrations d’affecter des agents non admis officiellement sous statut. Les anciennes « nouvelles unités » feront toutefois l’objet d’une régularisation progressive.
Le ministre a également défendu une politique de recrutement basée sur la méritocratie afin de bâtir une administration « efficace, performante et orientée vers les résultats ».
Les salaires multipliés par quatre
Au cours de ce briefing, Marcel Lihau a aussi évoqué l’évolution des rémunérations des agents publics sous le mandat du Président Félix Tshisekedi.
Selon lui, la rémunération moyenne mensuelle des agents publics est passée de 126 000 francs congolais en 2019 à 516 000 francs congolais aujourd’hui, soit une multiplication par quatre.
Le ministre a cependant reconnu l’existence d’importantes disparités salariales entre Kinshasa et les provinces, ainsi qu’entre différentes catégories d’agents publics.
Il a annoncé qu’une nouvelle politique salariale sera mise en œuvre à partir de 2027 afin de corriger les inégalités persistantes et d’améliorer la situation des agents sous-payés ou non payés.
Une administration encore sous-dimensionnée
Marcel Lihau a également révélé que la RDC demeure en situation de « sous-administration ». Le pays compte actuellement 17 agents publics pour 1 000 habitants, alors que la norme minimale recommandée est de 50 agents pour 1 000 habitants.
Le ministre a aussi relevé que 41 % des effectifs sont concentrés à Kinshasa, contre 59 % répartis dans les 25 autres provinces.
Concernant la retraite, il a indiqué que 314 000 agents publics sont aujourd’hui éligibles au départ à la retraite. Depuis 2022, plus de 17 500 fonctionnaires ont déjà été mis à la retraite, contre seulement 977 entre 2011 et 2018.
Promotion et protection sociale renforcées
Le Vice-Premier ministre a par ailleurs annoncé que 68 659 agents publics ont bénéficié d’une promotion depuis 2021, après plusieurs décennies de blocage des carrières.
Il a également mis en avant l’élargissement de la couverture sociale des agents publics. Alors qu’en 2021 moins de 200 000 agents étaient couverts par le système de sécurité sociale, ils seraient aujourd’hui plus de 1,6 million.
Pour Marcel Lihau, ces réformes traduisent la volonté du gouvernement de moderniser l’administration congolaise et d’améliorer progressivement les conditions sociales des agents de l’État.
Le Vice-Premier ministre a insisté sur la nécessité de poursuivre cette dynamique de transformation afin de bâtir une administration publique plus crédible, plus efficace et davantage tournée vers la performance. « Nous ne disons pas que tout est rose, mais nous affirmons qu’une marche vers le progrès est enclenchée et qu’elle ne doit plus jamais s’arrêter », a-t-il conclu.
Tighana MASIALA

