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France : attaques racistes contre des maires héritiers de l’immigration

Un racisme intolérable s’est déchaîné dans l’anonymat des réseaux sociaux et des mots nauséabonds ont été prononcés sur la chaîne de télévision CNews ces derniers jours, après l’élection de plusieurs maires noirs ou arabes. Ces propos identitaires, qui fracturent la nation et menacent la cohésion républicaine, visent notamment le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, dont les simples d’esprit semblent contester la légitimité d’élu de la République en raison de ses origines et de la couleur de sa peau. Cette France, portée par une sociologie nouvelle, profondément transformée, et qui s’exprime dans les urnes, hérisse les poils des narcissiques blancs qui ont succombé au racisme le plus crasse.  

Avant l’élection, la campagne des municipales était déjà marquée par un climat raciste, mais depuis qu’une poignée de maires noirs comme Bally Bagayoko à Saint-Denis, 2ème ville d’Ile-de-France, Bassi Konate à Sarcelles, Adama Gaye à Mantes-la-Jolie, ou arabes comme Abdelkader Lahmar à Vaulx-en-Velin, Idir Boumertit à Vénissieux… sont devenus maires dans de grandes villes des banlieues de France, c’est un véritable déferlement, déferlement de racisme, de négrophobie en particulier, avec une hyperfocalisation médiatique et politique sur les faits et gestes de ces nouveaux élus avec des rappels à l’ordre de l’État en raison des politiques qu’ils entendent mener et parfois souvent, en fait, des soupçons de sédition ou même « de colonisation à l’envers », ce sont des mots qu’on entend dans des médias français ces jours-ci. Rien ne leur est épargné.

L’élection de ces maires, souvent des responsables associatifs locaux soutenus dans leurs villes par les dynamiques citoyennes et souvent, mais pas toujours d’ailleurs, par La France Insoumise (LFI) ou les écologistes repose pourtant sur des organisations collectives de terrain qui sont bien plus importantes à souligner. Des dynamiques qui, à un an de la présidentielle, rappelle tout simplement qu’une démocratie ne peut prétendre représenter tous ses citoyens si elle en exclut d’emblée certains du jeu électoral ou si elle les cloue au pilori dès qu’ils et elles deviennent politiquement visibles.

UN VÉRITABLE ENFANT DE LA BANLIEUE 

Depuis son élection comme maire de Saint-Denis, dès le premier tour, Bally Bagayoko fait l’objet d’abjectes attaques ouvertement racistes. La principale caisse de résonnance de cette négrophobie, venue de l’extrême droite, n’est autre que l’empire médiatique Bolloré, CNews en tête. Ce que la fachosphère ne supporte pas, c’est de voir des Noirs et des Arabes, enfants du pays, accéder à la fonction suprême de leur ville simplement à cause de leur couleur de peau. Signe d’un climat politique irrespirable en France, à un an de la présidentielle.

Du jour au lendemain, Bally Bagayoko est devenu célèbre dans la France entière. Tous les médias parlent de lui. Mais il n’a rien demandé, cette renommée lui est tombée dessus comme un coup de tonnerre, une ignoble averse de grêle.

Bally Bagayoko, 52 ans, a remporté la mairie de Saint-Denis, en banlieue parisienne. Avec ses 150.000 habitants, de 150 nationalités différentes, Saint-Denis est ce que les Français appellent une « banlieue difficile », en raison des problèmes causés par la précarité et le chômage des jeunes. C’est aussi là que se trouve le stade de France, théâtre des plus grands concerts et événements sportifs du pays. Le tout directement accessible en métro depuis le centre de Paris.

Né à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), Français d’origine malienne, Bagayoko a grandi à Saint-Denis. C’est un véritable enfant de la banlieue. Il a longtemps joué au basket, avant de devenir entraîneur, puis cadre à la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP), syndiqué à la Confédération Générale du Travail (CGT). Il a été conseiller municipal de Saint-Denis et adjoint à la jeunesse, à l’époque sous l’étiquette du Parti communiste. À Saint-Denis, tout le monde connait sa longue silhouette élancée et son rire clair. Son élection, dès le premier tour, n’a donc pas été une grande surprise.

Mais face à la pression, à ces aboiements enragés, Bagayoko n’a pas cédé. Il affiche une attitude digne et exempte de toute rancune. Calme, imperturbable, il tient tête sans hausser la voix, laissant ses interlocuteurs s’enfermer dans leurs propres contradictions. Sa responsabilité républicaine, pour éviter les surenchères, force l’admiration.

LE RACISME EST UN DÉLIT

Le racisme n’est pas une opinion mais un délit. Ainsi en a décidé le Parlement français, le 1er juillet 1972, en adoptant à l’unanimité la loi réprimant les délits à caractère raciste.

La loi interdit et sanctionne le racisme lorsqu’il s’exprime notamment sous forme de propos injurieux ou de comportements discriminatoires.

C’est le cas de Bally Bagayoko, cible d’un torrent d’attaques racistes de la part d’extrême droite sur les réseaux sociaux, et largement relayées par CNews, où des chroniqueurs ont qualifié le maire de Saint-Denis de « singe » et d’un « chef de tribu » (Jean Doridot, Psychologue et hypnothérapeute, spécialiste des addictions), ou d’un « mâle dominant » et « figure tribale » (Michel Onfray, philosophe).

D’ailleurs plusieurs responsables LFI et de gauche ainsi que des associations antiracistes ont saisi l’Arcom, l’autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, qui a indiqué qu’elle allait « instruire les séquences qui lui ont été signalées ».

DES PROPOS « IGNOBLES ET INACCEPTABLES »

Qualifiant ces propos d’ « ignobles » et d’ « absolument inacceptables », le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a affirmé, mardi 31 mars, à l’Assemblée nationale, que le gouvernement les étudiait « pour savoir s’il s’agit d’un appel à la discrimination raciale et d’une injure publique ». « Le racisme, qui n’est pas une opinion, qui est un poison, et c’est bien de cela dont il s’agit, c’est un délit pénal qui est souvent une circonstance aggravante », a-t-il insisté. « Ces propos-là, nous allons les expertiser. S’il doit y avoir poursuites pénales, il y’aura poursuites pénales », a-t-il promis.

À la sortie des questions d’actualité au gouvernement du Sénat, le ministre délégué auprès du ministre de l’Intérieur, Jean-Didier Berger, a lui aussi rappelé que le gouvernement condamnait « toute forme de racisme ». « Si une plainte était déposée, je crois que c’est désormais le cas, le préfet viendra se constituer partie civile en soutien aux maires mis en cause et que ce soit un maire France Insoumise ou un maire d’une autre tendance politique ».

ENFIN, LA JUSTICE S’EN MÊLE

Le parquet de Paris a annoncé, jeudi 2 avril, à franceinfo avoir ouvert une enquête pour « injure publique en raison de l’origine, la nation, la race ou la religion » après des propos jugés racistes tenus sur la chaîne CNews par le psychologue et hypnothérapeute, spécialiste des addictions, Jean Doridot, et le philosophe, Michel Onfray, visant le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko. Le préfet de la Seine-Saint-Denis, Julien Charles, a souhaité se constituer partie civile.

« Le parquet de Paris a reçu la plainte déposée, le 1er avril, par le maire de la commune de Saint-Denis, Bally Bagayoko, et ouvert une enquête du chef d’injure publique en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion, confiée à l’Office central de lutte contre la haine en ligne », détaille le parquet de Paris à franceinfo. « Sont reprochés les propos tenus lors de l’émission 100% politique sur la chaîne CNews, les 27 et 28 mars 2026 ».

Le parquet indique également avoir ouvert une enquête, distincte de la première, pour « cyberharcelement » au préjudice de Bally Bagayoko, après avoir constaté sur le réseau social X « une multiplication de commentaires ciblant la victime en raison de la couleur de sa peau, à la suite de cette même émission ». Là aussi, l’enquête est confiée à l’Office central de lutte contre la haine en ligne.

Une manifestation antiraciste a été organisée, samedi 4 avril, sur le parvis de la mairie de Saint-Denis, à l’initiative du nouveau maire. Insoumis, associations, syndicats et de nombreuses personnalités politiques de gauche ont répondu à l’appel de Bally Bagayoko.

« Le Noir est sans doute le seul être de la terre que tout le monde croit connaitre avant même qu’il ne parle. Que vous soyez maire, footballeur, docteur, intellectuel, ou un simple enfant, pour le narcissique blanc, vous n’êtes qu’un Noir et un Noir reste un Noir. », a dénoncé, dans une tribune au « Monde », l’ancien footballeur, président de la fondation qui porte son nom, Lilian Thuram, sur les attaques racistes contre le nouveau maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, des propos qui nourrissent les stéréotypes ancestraux de la négrophobie.

Robert Kongo (CP)

 

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