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FRIVAO : Guillaume Ngefa déclare la guerre aux prédateurs et promet des indemnisations justes

L’émotion était palpable, mercredi matin, dans la salle comble de l’AFRACO à Kisangani. Devant des hommes et des femmes qui portent depuis plus de vingt ans les stigmates d’un conflit meurtrier – celui de la « Guerre de six Jours » opposant en l’an 2000 les armées ougandaise et rwandaise sur le sol congolais – le Ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, a choisi la vérité nue, sans fard ni langue de bois.

« La raison de l’arrêt des activités du FRIVAO, c’est le détournement, la fraude et le favoritisme. La gestion était devenue désastreuse », a lancé le Garde des sceaux.

La purge est en marche

La sentence est tombée, lourde, implacable. Après des années de promesses non tenues et de listes de bénéficiaires opaques, le Garde des Sceaux a acté l’urgence d’une purge. Car le constat est accablant : le fichier actuel des victimes est pollué par des milliers de « victimes fictives » – des noms inventés, des dossiers gonflés, des intermédiaires véreux qui ont transformé la souffrance d’une ville en marché aux indemnités.

Audit intégral : aucune triche ne sera tolérée

Face à ce système gangrené, Guillaume Ngefa n’a pas promis des réformes de façade. Il a annoncé une mesure radicale, non négociable : un audit intégral du FRIVAO. Piloté par le comité d’administration du Fonds et soutenu à 100 % par le gouvernement, cet audit devra passer au crible chaque nom, chaque pièce justificative, chaque circuit de validation.

L’objectif est clair : débusquer les réseaux de fraude, réhabiliter les « familles emblématiques » – celles qui ont tout perdu en 2000 et qui attendent, désespérément, une once de justice réparatrice – et reconstruire une base de données saine.

« L’indemnisation individuelle interviendra immédiatement après validation des résultats de l’audit », a martelé le Ministre d’Etat. Quant à l’indemnisation collective, elle suivra, après analyse fine des besoins globaux de la région. Et si Kisangani est l’épicentre de ce sursaut, le processus s’étendra à toutes les provinces du Grand Oriental frappées par les conflits.

Avertissement sans appel aux prédateurs

Mais le Ministre d’État n’est pas venu seulement pour annoncer des procédures. Il est venu pour mettre en garde, et sa menace a résonné comme un coup de semonce : « Que personne ne vous demande de l’argent. Ceux qui s’adonnent à ces pratiques seront arrêtés. Des enquêtes sont déjà ouvertes pour tout dérapage lié aux fonds destinés aux victimes ».

Une déclaration qui sonne comme la fin d’une impunité honteuse. Car ces dernières années, nombreux étaient les faux courtiers, les « hommes du président » autoproclamés ou les agents corrompus qui exigeaient des pots-de-vin en échange d’une inscription sur les listes d’indemnisations. Les vraies victimes, trop pauvres ou trop désorganisées pour payer, restaient sur le carreau.

Cette fois, le Garde des Sceaux l’assure : la main qui prendra sera coupée. La justice a déjà ouvert des enquêtes, et les premières arrestations pourraient survenir bien avant la fin de l’audit.

« Je demande pardon » : l’heure des repentis

Le moment le plus fort de la rencontre fut sans doute la prise de parole du président du conseil d’administration du FRIVAO, Dismas Kitenge. Visiblement ému, sous la pression d’une assemblée qui n’attendait que des comptes, il a lâché, presque à voix basse : « Je demande pardon pour tout ce qui s’est passé, et je vous demande de me pardonner également. »

Un aveu indirect d’une gestion défaillante, voire complice. Mais pour les victimes, les excuses ne suffiront pas. Ce qu’elles veulent, c’est des actes. Et Guillaume Ngefa leur a promis bien plus que des regrets : une boîte à suggestions, une communication renouvelée, un dialogue permanent pour que plus jamais elles ne soient tenues dans l’ignorance et l’isolement.

La justice transitionnelle en marche, sous haute surveillance

Au sortir de cette rencontre historique, un sentiment domine chez les participants : la méfiance n’est pas encore levée, mais une lueur d’espoir renaît. Après des décennies de promesses enterrées, le gouvernement semble enfin prêt à assumer sa responsabilité envers les victimes des guerres de 2000.

Le message est clair : la transparence ne sera plus une option, mais une obligation. Et Guillaume Ngefa, en posant son audit comme un préalable sacré, a lancé un défi à tous les prédateurs du FRIVAO : « Fuyez, ou préparez-vous à rendre des comptes ».

Francis N.

 

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