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En attendant le changement de la Constitution, Tshisekedi se voit Président jusqu’en 2034

Lors de l’ouverture de la Conférence nationale sur les infrastructures à Kinshasa, le Président Félix Tshisekedi a évoqué une vision pour la RDC à l’horizon 2034. Une déclaration qui, sans le dire explicitement, ravive les soupçons d’une prolongation de son mandat au-delà de 2028, année prévue pour la fin de son second et dernier mandat constitutionnel.

« Ma vision est de faire de la RDC, à l’horizon 2034, un pays pleinement intégré, moderne et compétitif sur la scène continentale. » Ces mots, prononcés mercredi à Kinshasa par le Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, n’avaient en apparence rien d’une déclaration politique. Pourtant, ils ont immédiatement suscité une onde de choc dans la classe politique et au sein de la Société civile.

En fixant son ambition à 2034, soit six ans après la fin théorique de son deuxième et dernier mandat présidentiel – conformément à la Constitution actuelle – le Président de la République a rouvert un détail qui n’en finit pas d’agiter les eaux politiques congolaises : sa volonté, ou non, de se maintenir au pouvoir au-delà de 2028.

Un agenda présidentiel qui interroge

Arrivé au pouvoir en 2019 à l’issue d’une alternance historique, puis réélu en 2023 pour un second quinquennat, Félix Tshisekedi serait normalement contraint de quitter la magistrature suprême en décembre 2028. Mais sa déclaration sur l’horizon 2034, couplée à plusieurs indices émanant de son entourage, alimente l’hypothèse d’une révision, voire d’un changement de la Loi fondamentale.

« Difficile à dire », tempèrent certains observateurs, rappelant que le Président n’a jamais officiellement annoncé sa volonté de s’éterniser. Pourtant, au sein de son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et dans sa coalition, le discours est moins ambigu.

Selon plusieurs sources proches du pouvoir, la priorité est de « protéger le pouvoir à tout prix ». Et pour ce faire, une idée gagne du terrain : modifier la Constitution du 18 février 2006, afin de « remettre les pendules à l’heure » et de permettre l’avènement d’une IVe République, avec à sa tête Félix Tshisekedi.

La tentation de la IVe République

Dans ce scénario, le changement constitutionnel ne serait pas une simple révision technique, mais bien une refondation politique. L’objectif affiché par certains cadres du parti présidentiel serait de repousser la limitation des mandats, voire de supprimer la règle du double quinquennat, afin de permettre au Président Tshisekedi de se représenter en 2028 et d’aller jusqu’en 2034 – date qu’il a lui-même mentionnée comme échéance pour sa vision.

Interrogés, plusieurs constitutionnalistes rappellent que l’article 220 de la Constitution interdit toute révision qui porterait atteinte à la limitation du nombre de mandats présidentiels. Mais rien n’empêche, en théorie, de convoquer un référendum pour adopter une nouvelle Constitution, comme cela a déjà été fait par le passé.

« Il a annoncé les couleurs »

Pour les observateurs avertis, le message est clair : « Quitter le pouvoir en 2028 n’est pas dans son agenda. » Ceux qui suivent de près l’évolution du régime estiment que le Président de la République, en fixant lui-même l’horizon 2034, a volontairement planté un jalon.

« Dans tous les cas, Félix Tshisekedi a annoncé les couleurs », résume un analyste politique sous couvert d’anonymat. « Il se voit poursuivre sa vision jusqu’en 2034 – avec lui aux commandes. »

Une énigme persiste. Est-ce que l’opposition, la Société civile et la communauté internationale accepteront ce passage en force ? Et si la rue congolaise, souvent prompte à se mobiliser pour défendre l’acquis démocratique que représente la limitation des mandats, laissera faire.

En attendant, la « Conférence nationale sur les infrastructures » aura servi de tremplin involontaire à une annonce qui n’en était pas une : celle d’un mandat présidentiel qui ne dit pas son nom, mais qui se projette déjà dans la décennie suivante.

Econews

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