Après huit rounds infructueux et des violences persistantes, les États-Unis ont pris les rênes des négociations entre Kinshasa et l’AFC/M23. À Montreux (Suisse), sur les rives du lac Léman, l’ultime rendez-vous suisse est présenté par Washington comme la dernière chance d’éviter un nouvel échec humiliant.
Les États-Unis ne supportent pas l’idée d’une nouvelle défaite diplomatique. Déjà accaparés par l’enlisement au Moyen-Orient, ils voient dans les pourparlers de Genève une occasion unique de redorer leur crédit sur la scène africaine. Après avoir réussi, en 2025, un rapprochement inattendu entre Kinshasa et Kigali, Washington espère désormais conclure l’impensable : un accord de paix durable dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
C’est dans cet esprit qu’a débuté, le 13 avril, le neuvième round de négociations entre la délégation congolaise et celle de la coalition rebelle AFC/M23. Mais cette fois, les règles du jeu ont changé. Finie la médiation qatarie en coulisses. Les États-Unis sont passés du statut d’observateurs à celui de facilitateurs en chef. Et pour marquer le coup, ils ont choisi la Suisse – et non Doha – comme théâtre de ce qui pourrait être le dernier acte.
Un cadre élargi sous haute tension
Les discussions se déroulent dans la région de Montreux, sur les rives du lac Léman. Le lieu exact reste confidentiel, pour des raisons de sécurité. Autour de la table, une médiation élargie : le Qatar participe à distance, la Monusco observe, et la Suisse joue les hôtes via son Département fédéral des Affaires étrangères, qui a coordonné invitations et logistique.
Mais dès l’ouverture, les crispations sont apparues. Selon plusieurs sources, l’ordre du jour a été contesté par certains délégués, qui estiment ne pas avoir été associés à sa conception. La composition des délégations a également provoqué des tensions : l’AFC/M23 voulait élargir son nombre de représentants et d’experts. Et sur le fond, les accords antérieurs – cessez-le-feu, libération de détenus – restent lettre morte, alimentant une méfiance réciproque.
L’ultime rendez-vous
Pourquoi les États-Unis mettent-ils autant de pression sur ce round ? Parce qu’ils n’ont plus droit à l’erreur. Déjà affaiblis par l’embourbement au Moyen-Orient, ils ne peuvent supporter un nouvel échec diplomatique en Afrique centrale. Le rapprochement Kinshasa-Kigali de 2025 avait été une réussite personnelle pour l’administration américaine. Un échec à Genève serait perçu comme un recul stratégique, alors que la Chine et la Russie guettent les failles.
C’est donc un véritable « va-tout » que joue Washington en Suisse. Les médiateurs américains poussent pour obtenir des engagements concrets : amélioration de l’accès humanitaire, réouverture des aéroports stratégiques de Goma et Bukavu, et surtout un cessez-le-feu vérifiable.
Des décennies de violence, une population qui attend
L’Est de la RDC, riche en ressources naturelles mais ravagé par des décennies d’instabilité, n’a que trop souffert. Les accords signés ces dernières années n’ont jamais mis fin aux affrontements. Ce neuvième round, sous bannière américaine, est peut-être l’une des dernières chances d’enrayer la machine infernale.
Du côté des délégations, les visages sont connus : Benjamin Mbonimpa conduit l’AFC/M23, épaulé par le négociateur René Abandi. Pour Kinshasa, c’est Sumbu Sita Mambu, représentant personnel du Président Félix Tshisekedi, qui mène la danse.
Les prochains jours diront si la fermeté américaine et le cadre helvétique suffiront à surmonter les blocages. Une chose est sûre : Washington a mis son prestige dans la balance. Échouer en Suisse ne serait pas seulement un revers pour la RDC, mais une humiliation de plus pour une superpuissance déjà fragilisée par la crise au Moyen-Orient.
Les regards sont tournés vers la Suisse. L’Est congolais, lui, retient son souffle.
Econews

