Placée sous la vigilance accrue du GAFI depuis 2022, la RDC n’a plus droit à l’erreur. Face à l’urgence de restaurer sa crédibilité financière, l’alliance stratégique entre l’ARCA et la CENAREF s’impose comme un tournant décisif dans la traque des flux illicites et des circuits occultes. En conjuguant régulation rigoureuse et intelligence financière, les deux institutions affichent une volonté claire : assainir en profondeur un secteur des assurances en pleine expansion et fermer définitivement la porte au blanchiment des capitaux comme au financement du terrorisme. À travers des initiatives de haut niveau et une mobilisation sans précédent des acteurs du marché, Kinshasa envoie enfin un signal fort : celui d’un État déterminé à rompre avec les failles du passé et à reprendre toute sa place dans le système financier international.
Alors que la République Démocratique du Congo reste inscrite sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) depuis octobre 2022, le pays accélère ses réformes. À mi-parcours de l’année 2025, plus de 90 % des actions correctrices sont déjà engagées. Un élan salutaire auquel participent désormais main dans la main la CENAREF et l’ARCA, décidées à assainir un secteur des assurances en pleine effervescence.
Point focal national de la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), la Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF) a su tisser un partenariat stratégique avec l’Autorité de régulation et de contrôle des assurances (ARCA). Objectif : placer le marché congolais des assurances, désormais libéralisé, au cœur des exigences internationales.
Cette dynamique a pris corps ce mercredi à l’Hôtel Kertel Suites (Kinshasa/Gombe), à l’occasion d’un « Atelier de sensibilisation de haut niveau sur la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive ». Pour la première fois, l’ensemble des directeurs des entreprises d’assurance agréées en RDC ont été conviés à échanger directement avec les deux institutions.
« Chaque avancée renforce la viabilité de notre système financier »
Dans son allocution, Mme Fanny Mbilo Eyale, Directrice générale adjointe de l’ARCA, n’a pas caché sa satisfaction. Elle a salué l’accompagnement constant du Gouvernement, qui a confié à l’ARCA la pleine responsabilité de réguler un secteur en pleine croissance.
« Chaque avancée renforce la viabilité de notre système financier. Ce partenariat avec la CENAREF place le secteur des assurances au cœur du dispositif national. Nous devons sensibiliser tous les acteurs à s’inscrire dans cette dynamique et à s’intégrer dans les orientations stratégiques de l’ARCA », a-t-elle déclaré, appelant à une mobilisation sans faille.
Ce rapprochement intervient à un moment crucial. La présence de la RDC sur la liste grise du GAFI, si elle traduit des lacunes à combler, a aussi eu le mérite de réveiller les consciences. La crédibilité financière internationale du pays est en jeu, et les assureurs, en tant que pivots de l’économie nationale, ont tout à gagner à jouer la transparence.

Le plan de vol
L’on se rappelle qu’en 2018, le Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique centrale (GABAC) a évalué le dispositif national de LBC/FT de la République Démocratique du Congo (RDC) afin d’en apprécier la conformité aux Recommandations du Groupe d’action financière (GAFI) et d’en mesurer l’efficacité. Cette évaluation a mis en évidence plusieurs lacunes, notamment : « une faible compréhension des risques de BC/FT dans le secteur des assurances ; l’absence de méthodologie sectorielle adaptée ; l’insuffisance de formation des dirigeants et responsables LBC/FT ; la nécessité de renforcer la gouvernance et la supervision fondée sur les risques ».
À la suite de ces constats, et dans le cadre de l’exécution du Plan d’Action convenu avec le GAFI, l’ARCA a engagé un vaste programme de renforcement des capacités des assujettis du secteur des assurances.
Après plusieurs sessions, l’ARCA a organisé à Kinshasa un atelier de haut niveau, spécifiquement destiné aux Directeurs généraux et aux responsables LBC/FT, afin de renforcer leur rôle stratégique dans la mise en œuvre du dispositif national de LBC/FT.
Ce nouvel atelier du 15 avril 2026 visait donc vise à : « renforcer la compréhension des obligations légales et réglementaires en matière de LBC/FT ; rappeler le rôle central du Top Management dans la gouvernance du dispositif LBC/FT ; présenter le processus ICRG du GAFI et les attentes internationales ; sensibiliser les dirigeants aux sanctions financières ciblées et aux obligations y afférentes ; renforcer la coordination entre les autorités de supervision et les assujettis ».
A l’issue de l’atelier, les parties prenantes ont saisi les points essentiels d’un secteur des assurances à la croisée des chemins, notamment: « comprendre les responsabilités stratégiques du Top Management en matière de LBC/FT ; maîtriser les exigences du processus ICRG et leurs implications pour les assujettis ; appliquer correctement les obligations relatives aux sanctions financières ciblées ; renforcer la gouvernance interne et la culture de conformité au sein de leurs institutions ; contribuer efficacement à l’effort national de sortie de la liste ‘sous surveillance renforcée’ ».
Autant pour la CENAREF que l’ARCA, cet atelier de l’Hôtel Kertel Suites a jeté les bases d’une collaboration soutenue pour que le secteur des assurances ne serve pas au blanchiment des capitaux et au financement du terrorisme
En unissant leur expertise – celle de la CENAREF en matière de renseignement financier et celle de l’ARCA dans la régulation prudentielle du secteur des assurances – les deux autorités envoient un signal fort : la RDC ne compte pas seulement respecter les normes du GAFI, elle entend devenir un modèle régional en matière de conformité.
Cet atelier marque ainsi le coup d’envoi d’une série d’actions concrètes visant à outiller les professionnels de l’assurance face aux risques de détournement du circuit financier. Pour la CENAREF et l’ARCA, la main dans la main n’est pas un slogan : c’est la clé d’une sortie définitive de la liste grise.
Econews

