Suspension spectaculaire, audit accablant et nomination d’un dirigeant intérimaire : la ministre de l’ESURSI engage un bras de fer décisif pour reprendre le contrôle du secteur nucléaire civil. Au Commissariat Général à l’Énergie Atomique, l’heure n’est plus aux compromis, mais à l’assainissement total. Kinshasa a tranché : l’ère du laisser-aller est révolue.
Par deux arrêtés ministériels signés le 27 avril 2026, le ministère de l’Enseignement Supérieur, Universitaire, Recherche scientifique et Innovations (ESURSI) a ouvert une séquence de rupture dans la gestion du CGEA, une institution au cœur des enjeux scientifiques, énergétiques et stratégiques de la République Démocratique du Congo.
Au centre de cette décision, un constat sans appel : la dérive administrative ne pouvait plus être tolérée. La suspension de Muanza Kamunga Steve, jusque-là Commissaire général à l’Énergie atomique et membre du Comité de gestion, marque un tournant. Elle intervient après une mission d’audit dont les conclusions ont mis en lumière un enchevêtrement de manquements graves.
Audit accablant, autorité défiée
Les griefs sont lourds et sans équivoque : insubordination vis-à-vis de l’autorité de tutelle, violations répétées des procédures administratives, irrégularités dans la gestion financière et patrimoniale, ainsi que des dysfonctionnements structurels ayant fragilisé l’institution.
L’un des points les plus sensibles reste la désignation contestée du représentant de la RDC auprès de l’African Commission on Nuclear Energy (AFCONE), effectuée en dehors du cadre légal et sans aval de la tutelle. Un acte perçu comme un défi direct à l’autorité de l’État et une entorse grave aux règles de gouvernance.
Dans un secteur aussi sensible que celui de l’énergie atomique, où la rigueur administrative et la traçabilité sont des impératifs absolus, ces dérives ont été jugées incompatibles avec les exigences nationales et internationales.
Une nomination stratégique pour reprendre la main
Mais loin de se limiter à une sanction, la ministre a immédiatement enclenché le volet correctif. Dans un second arrêté pris le même jour, elle a confié les rênes du CGEA, à titre intérimaire, au professeur Jérémie Muswema Lunguya.
Cette désignation n’a rien d’un simple ajustement administratif. Elle s’inscrit dans une stratégie de reprise en main totale de l’institution. Le profil académique et scientifique du nouveau dirigeant est perçu comme un levier pour rétablir la crédibilité du CGEA, restaurer la discipline administrative et garantir la continuité des activités dans un climat assaini.
Trois priorités lui sont clairement assignées : stabiliser l’institution, remettre de l’ordre dans la gestion et sécuriser la poursuite des programmes scientifiques.
Un signal politique fort : la gouvernance ne se négocie plus
Au-delà du CGEA, cette décision résonne comme un message politique d’envergure. Elle traduit une volonté affirmée du ministère de l’ESURSI de rompre avec les pratiques de gestion approximatives et d’imposer une culture de responsabilité dans les institutions publiques.
La Ministre place ainsi la barre très haut : transparence, respect strict des textes, redevabilité et efficacité deviennent des exigences non négociables. Cette posture marque une évolution notable dans la manière d’exercer la tutelle sur les établissements publics stratégiques.
Dans un contexte où la RDC cherche à renforcer sa crédibilité scientifique et à attirer des partenariats internationaux dans le domaine de la recherche et de l’énergie, la restauration de la gouvernance du CGEA apparaît comme une priorité nationale.
Une bataille pour la crédibilité scientifique de la RDC
Le CGEA n’est pas une institution ordinaire. Il incarne les ambitions du pays en matière de recherche nucléaire, de formation scientifique avancée et de souveraineté technologique. Toute défaillance en son sein expose la RDC à des risques multiples : perte de crédibilité internationale, fragilisation des partenariats et ralentissement des programmes scientifiques.
C’est précisément pour éviter ce scénario que la ministre a choisi d’agir avec fermeté. En reprenant le contrôle de cette structure, elle engage une bataille qui dépasse les enjeux administratifs : celle de la crédibilité scientifique et stratégique du pays.
Une réforme sous tension, mais nécessaire
Reste désormais à transformer cette impulsion politique en résultats concrets. La réussite de cette opération d’assainissement dépendra de la capacité du nouveau leadership à instaurer durablement des pratiques de gestion rigoureuses et à rétablir la confiance, tant au niveau national qu’international.
Le ministère se veut rassurant : d’autres mesures pourraient suivre pour consolider cette dynamique. L’objectif est clair — faire du CGEA une institution exemplaire, à la hauteur des ambitions de la RDC.
Au CGEA comme ailleurs, l’heure est à la discipline, à la transparence et à la responsabilité. Et cette fois, le message semble sans appel : la gouvernance ne sera plus une option, mais une obligation.
Le Professeur Jérémie Muswema nommé pour sauver la recherche nucléaire
Par une décision stratégique, la Ministre de l’Enseignement Supérieur et Universitaire, le Prof. Dr Marie-Thérèse Sombo Ayanne, vient de mettre fin à la dérive du Commissariat Général à l’Énergie Atomique (CGEA). En suspendant Steve Muanza Kamunga pour fautes lourdes et insubordination, elle confie l’intérim au Professeur Jérémie Muswema. Ce changement est perçu comme une bouée de sauvetage face à une gestion qui privilégiait des ambitions personnelles au détriment des infrastructures souveraines du pays.
L’ère Steve Muanza se referme sur un constat d’échec technique et administratif. Au-delà du favoritisme et du trafic d’influence, c’est le détournement des priorités scientifiques qui a scellé son sort. Selon des sources proches du dossier, l’ancien Commissaire général aurait délibérément freiné les efforts de relance du réacteur nucléaire TRICO II, un outil pourtant vital pour la RDC.
Son objectif était clair : mettre le réacteur au second plan pour imposer, à tout prix, son projet personnel sur les accélérateurs de particules. En tentant de substituer une priorité nationale par un projet de niche correspondant à sa spécialité de recherche privée, Steve Muanza a mis les indicateurs du CGEA au rouge et plongé l’institution dans une incertitude sombre.
L’expertise technique au service de l’État
En désignant le Professeur Jérémie Muswema, Directeur scientifique et l’un des rares techniciens du nucléaire de haut niveau en RDC, la Ministre Marie-Thérèse Sombo Ayanne fait le choix de la raison. Contrairement à son prédécesseur, Muswema est perçu comme un serviteur de l’État capable de replacer les intérêts du CGEA avant les egos scientifiques.
Ce virage marque le retour de la méritocratie. « On ne peut pas sacrifier le redémarrage d’un réacteur nucléaire national pour des projets d’accélérateurs de particules qui ne répondent pas aux urgences immédiates du pays », explique un expert du centre.
Le nouveau patron intérimaire a une feuille de route exigeante pour sortir le CGEA de la « perfusion » : Priorité au TRICO II : relancer sans délai le réacteur nucléaire pour la production de radio-isotopes (utiles pour la santé et l’agriculture) ; Transparence de gestion : mettre fin à l’opacité et au clientélisme qui ont caractérisé le règne précédent ; Paix sociale et efficacité : réconcilier le personnel technique et instaurer un climat de travail sain, basé sur les résultats et non sur le favoritisme.
Grâce à la vigilance de la Ministre Sombo, l’espoir d’un avenir radieux renaît pour ce fleuron de la technologie congolaise. Le CGEA entame sa convalescence. Le Professeur Muswema a désormais la lourde responsabilité de transformer ce souffle d’espoir en une réalité radieuse pour la souveraineté scientifique de la RDC. Il doit prouver que l’expertise et l’intégrité peuvent redresser une structure stratégique en péril.
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