Du 28 au 30 avril, le ministère de l’Éducation nationale et de la Nouvelle citoyenneté a réuni, à l’occasion du segment politique de haut niveau consacré au financement durable de l’éducation et de la formation, les principaux acteurs du secteur. Trois jours d’échanges intenses, de réflexions stratégiques et d’engagements concertés, au terme desquels une vision claire s’est dégagée : celle d’une école congolaise repensée, mieux financée et résolument tournée vers l’avenir.
À l’issue de ces assises, six orientations majeures ont été arrêtées pour guider la feuille de route quinquennale 2026-2030.
Lors de son intervention, la ministre d’État en charge de l’Éducation nationale et de la Nouvelle citoyenneté, Raïssa Malu, a dévoilé une stratégie ambitieuse pour la période 2026-2030. En présence du vice-Premier ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, qui a clôturé ces travaux au nom de la Première ministre Judith Suminwa, et devant un parterre de ministres provinciaux, de partenaires techniques, d’acteurs du secteur privé et de représentants de la société civile, elle a tracé les contours d’un système éducatif appelé à franchir un nouveau cap : celui de la qualité, de l’équité et de la résilience.
« Après une décennie marquée par l’expansion de l’accès à l’école, l’heure est désormais à la consolidation ».
«Il ne s’agit plus seulement de scolariser, mais de garantir les apprentissages », a insisté la ministre d’État, donnant ainsi le ton d’une réforme structurante portée par six orientations stratégiques majeures.
La qualité des apprentissages comme boussole
La première orientation rompt avec une logique quantitative pour placer la qualité au cœur du système. Programmes effectivement appliqués, manuels disponibles, accompagnement pédagogique renforcé et évaluations pertinentes devront devenir la norme.
Dans cette dynamique, le numérique éducatif est appelé à jouer un rôle clé, non comme un luxe technologique, mais comme un levier d’accès équitable aux ressources et d’amélioration des performances scolaires.
« C’est à ce niveau que se joue désormais la crédibilité du système éducatif congolais », a-t-elle souligné.

L’enseignant, pilier de la transformation
La deuxième orientation consacre le retour de l’enseignant au centre de la réforme. Mieux formé, mieux accompagné et mieux valorisé, il devient l’acteur stratégique de la réussite éducative.
L’État est appelé à mieux planifier, équiper et financer la fonction enseignante, convaincu que l’investissement dans le capital humain demeure le socle de tout progrès durable. Replacer l’enseignant au cœur du système, c’est redonner à l’école sa force première : la transmission.
Former pour l’emploi et l’économie réelle
Troisième axe : le développement des compétences en lien direct avec le marché du travail. La formation professionnelle devra changer d’échelle et s’aligner sur les besoins concrets de l’économie nationale.
En associant étroitement les entreprises à la définition des curricula, à l’accueil des apprenants et à la gouvernance des dispositifs de formation, le gouvernement entend faire de l’éducation un véritable moteur d’employabilité et de croissance.
Dans cette perspective, le secteur privé est appelé à devenir un partenaire à part entière, contribuant non seulement au financement, mais aussi à l’innovation pédagogique et à l’insertion professionnelle des jeunes.

L’inclusion comme impératif national
La quatrième orientation met l’accent sur l’inclusion, en ciblant les millions de jeunes et d’adultes encore exclus du système éducatif. Alphabétisation et éducation non formelle deviennent des priorités stratégiques, avec des solutions accessibles, adaptées aux réalités locales et orientées vers des résultats concrets.
Au-delà de l’équité, il s’agit d’un enjeu majeur de cohésion nationale et de stabilité sociale. Aucun développement durable ne peut se construire en laissant une partie de la population en marge du savoir.
Science et innovation pour la souveraineté
Regard tourné vers l’avenir, la cinquième orientation ambitionne de positionner la RDC sur le terrain de la science, de la recherche et de l’innovation. Face à un monde en mutation rapide, le système éducatif doit se renforcer et se connecter aux besoins stratégiques du pays.
L’objectif est clair : «bâtir une souveraineté scientifique et technologique ». Universités, centres de recherche, entreprises et acteurs du numérique sont appelés à converger vers des investissements structurants, capables de transformer des initiatives dispersées en véritables leviers de développement.
Une gouvernance repensée pour plus d’efficacité
Enfin, la sixième orientation vise une refonte du pilotage du système éducatif.
«Aucune transformation durable ne saurait s’opérer sans une gouvernance solide. Coordination renforcée, responsabilités clarifiées et recours accru à des données fiables doivent permettre une gestion plus cohérente et plus performante », a affirmé la ministre d’Etat.
Elle a également insisté sur la nécessité d’un financement mieux sécurisé et mieux orienté :
«Le financement, bien que crucial, devra surtout être mieux sécurisé et mieux orienté, afin d’éviter la dispersion des ressources. La digitalisation du système éducatif apparaît comme un levier central de transparence, d’efficacité et de redevabilité, notamment à travers le renforcement des systèmes d’information et le suivi en temps réel. »
«Cette transformation devra se déployer au plus près des réalités locales — dans les provinces, les écoles et les communautés — afin de bâtir un système plus résilient, capable de faire face aux crises », a-t-elle martelé.

Un appel à la mobilisation collective
Au-delà des orientations techniques, Raïssa Malu a lancé un appel solennel à l’engagement de tous : enseignants, parents, élèves et partenaires.
«L’école doit préparer à comprendre le monde et à le transformer », a-t-elle rappelé, inscrivant cette réforme dans une vision plus large de la citoyenneté et du destin national.
S’adressant directement aux parents, aux élèves et aux étudiants, elle a insisté sur le rôle fondamental de l’éducation dans la construction d’une société consciente et responsable.
Une vision portée par une ambition nationale
Dans un souffle à la fois pédagogique et philosophique, la ministre d’État a conclu :
«L’éducation n’est pas une simple transmission de savoirs ; elle est une promesse faite à l’avenir. Là où un enfant apprend, une nation se relève. Là où un enseignant éclaire, un peuple s’émancipe. Bâtir l’école, c’est bâtir la conscience ; former l’esprit, c’est libérer le destin. Et dans chaque salle de classe se joue, silencieusement mais puissamment, l’histoire de demain. »
Elle a enfin rappelé que ces orientations s’inscrivent dans la dynamique de la Déclaration de Kinshasa et constituent désormais le socle de l’action publique pour les cinq prochaines années :
« Notre responsabilité est de transformer cet engagement en résultats concrets et durables. Car nous sommes l’éducation nationale. Nous préparons l’avenir de nos enfants. Vous construisez notre Nation ».
Tighana MASIALA

