Ebola

17ème vague d’Ebola à partir de l’Ituri : après plus de 80 morts, l’OMS déclenche l’alerte mondiale face à une souche sans vaccin

Partie du Nord-est de la République Démocratique du Congo, la dix-septième flambée d’Ebola revêt une gravité inédite. En cause : la souche Bundibugyo, contre laquelle il n’existe ni traitement ni vaccin. Ce dimanche, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a décrété une « urgence de santé publique de portée internationale ». Bilan provisoire : 88 décès et plus de 330 cas suspects.

L’alerte venue de Kinshasa a résonné comme un coup de tonnerre sanitaire. Depuis fin avril, la République démocratique du Congo (RDC) affronte sa dix-septième épidémie d’Ebola, née dans la province de l’Ituri, à la frontière de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Mais contrairement aux vagues antérieures, celle-ci se distingue par une virulence particulière, a prévenu le Centre africain de prévention et de contrôle des maladies (CDC Afrique). Les analyses de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) ont formellement identifié la souche Bundibugyo, une variante redoutable pour laquelle, à ce jour, aucun vaccin ni traitement spécifique n’existe.

Cette singularité a contraint l’OMS à actionner le deuxième niveau d’alerte le plus élevé du Règlement sanitaire international – une mesure qualifiée d’« urgence de santé publique de portée internationale ». L’institution genevoise a toutefois écarté, pour l’instant, le niveau suprême – l’urgence pandémique – instauré en 2024. « Il existe de grandes incertitudes quant au nombre réel de personnes infectées et à la propagation géographique », a-t-elle reconnu, tout en soulignant que le taux élevé de résultats positifs parmi les premiers prélèvements, la confirmation de cas dans deux pays et l’augmentation constante des cas suspects « laissent présager une épidémie potentiellement bien plus importante que celle actuellement détectée ».

Samedi, le CDC Afrique dénombrait officiellement 88 morts et 336 cas suspects. En RDC, le ministre de la Santé, Samuel-Roger Kamba, a alerté sur la dangerosité de la souche Bundibugyo : « Elle présente un taux de létalité très élevé, pouvant atteindre 50 %. » Identifiée pour la première fois en 2007, cette variante a déjà causé la mort d’un Congolais en Ouganda voisin. À titre de comparaison, les vaccins disponibles ne couvrent que la souche Zaïre (découverte en 1976), dont la mortalité oscille entre 60 et 90 %.

Kinshasa sous tension : la psychose gagne la capitale

À Kinshasa, mégalopole de plus de dix millions d’habitants dépourvue de structures sanitaires robustes, l’inquiétude est déjà palpable. Des sources médicales locales font état d’un individu arrivé de Bunia, chef-lieu de l’Ituri, présentant des symptômes évocateurs d’Ebola. « La psychose est déjà réelle », confie un professionnel de santé. Un scénario redouté pour une ville où la moindre contamination pourrait virer à la catastrophe sanitaire.

Le « patient zéro » : une infirmière, et après elle, l’impuissance

À l’origine de cette flambée, une infirmière, identifiée comme le « patient zéro », s’est présentée le 24 avril dans un établissement de santé de Bunia avec des signes cliniques caractéristiques – fièvre, hémorragies, vomissements. Depuis, la maladie a essaimé dans plusieurs zones sanitaires, franchissant même les frontières. « Nous assistons à des décès depuis deux semaines, témoigne Isaac Nyakulinda, représentant d’une société civile locale joint par téléphone. Il n’y a nulle part où isoler les malades. Ils meurent chez eux, et ce sont leurs proches qui s’occupent des dépouilles. »

Face à cette détresse, Médecins Sans Frontières (MSF) annonce une « intervention à grande échelle ». « Le nombre de cas et de décès que nous constatons en si peu de temps, associé à la propagation de l’épidémie dans plusieurs zones sanitaires et désormais au-delà de la frontière, est extrêmement préoccupant », déclare Trish Newport, responsable du programme d’urgence de l’ONG. La mobilisation de personnel et de matériel se heurte toutefois à un défi logistique colossal : la RDC, pays de plus de 100 millions d’habitants, s’étend sur une superficie quatre fois supérieure à celle de la France, mais ses infrastructures de communication et de transport demeurent très insuffisantes.

Nouveau foyer à Goma : le Rwanda ferme sa frontière

La psychose s’étend. À Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, un cas de cette nouvelle souche d’Ebola a été détecté. Aussitôt alertées, les autorités sanitaires rwandaises ont décidé de fermer la frontière avec la ville occupée, une mesure radicale témoignant de la crainte d’une propagation régionale incontrôlée.

Ce dimanche, l’OMS a dépêché une équipe d’urgence à Bunia, où le ministre national de la Santé est attendu pour coordonner la riposte. La dernière épidémie d’Ebola en date, survenue en août dans le centre du pays, avait fait au moins 34 morts avant d’être déclarée éradiquée en décembre dernier. Entre 2018 et 2020, la RDC avait connu sa flambée la plus meurtrière, avec près de 2 300 victimes.

Transmis par les fluides corporels ou le sang d’une personne infectée – qui ne devient contagieuse qu’à l’apparition des symptômes –, le virus Ebola, dont on pense qu’il provient des chauves-souris, provoque des hémorragies graves et une défaillance des organes. Sa période d’incubation peut atteindre 21 jours. Selon l’OMS, les épidémies des cinquante dernières années ont affiché un taux de mortalité compris entre 25 % et 90 % chez les personnes touchées.

Alors que la communauté internationale retient son souffle, c’est tout un pays qui tente d’endiguer, avec des moyens limités, une menace que l’on croyait mieux maîtrisée. Mais la souche Bundibugyo, elle, n’a pas dit son dernier mot. Et dans l’attente de traitements qui n’existent pas encore, l’Afrique centrale retient son souffle, tandis que l’OMS brandit l’alerte mondiale comme un dernier rempart avant l’inconcevable.

Econews

 

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