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Une nouvelle institution est née : les Forces du progrès interdisent toute manifestation publique ou marché de santé jusqu’au changement de la Constitution

Ils s’appellent « Forces du progrès », mais ils incarnent plutôt le recul démocratique le plus inquiétant que la République Démocratique du Congo ait connu depuis l’alternance de 2019. À Kinshasa, dans la commune de N’Djili, une manifestation populaire contre l’insécurité a été brutalement réprimée non seulement par la Police nationale, mais aussi par des miliciens se réclamant de l’UDPS/Tshisekedi, le parti au pouvoir. Leur mot d’ordre, asséné comme un décret : aucune marche, aucune manifestation publique, pas même une « marche de santé », ne sera tolérée tant que la Constitution du 18 février 2006 n’aura pas été changée. Devant ce coup de force, le pouvoir reste silencieux, complice. Une nouvelle institution est née, autoproclamée, brutale et sans aucun fondement légal. Elle piétine trente-sept ans de combat pour l’État de droit. Son nom : les Forces du progrès. La RDC bascule-t-elle dans une dictature de parti ? Les apparences, hélas, ne trompent plus.

À Kinshasa, la frontière entre militantisme partisan et exercice illégal de l’autorité publique semble désormais voler en éclats. Dans la commune de N’Djili, une manifestation organisée ce week-end par des habitants excédés par la montée de l’insécurité a dégénéré en affrontements entre la Police nationale congolaise (PNC) et des militants se réclamant des « Forces du progrès », branche radicale proche de l’UDPS.

Plus grave encore, ces derniers se sont arrogé le droit d’interdire toute manifestation publique ou marche dans la capitale tant que la Constitution du 18 février 2006 ne sera pas modifiée. Une déclaration aux relents autoritaires qui illustre la dangereuse dérive d’un pouvoir de plus en plus accusé de confondre État, parti et milices politiques.

Inquiétantes dérives

Ce qui s’est produit à N’Djili dépasse largement le simple cadre d’un incident politique local. Des citoyens congolais, mobilisés pour dénoncer l’insécurité grandissante dans leur commune, se sont retrouvés confrontés non seulement aux forces de l’ordre, mais aussi à des activistes partisans s’estimant investis d’une mission de contrôle de l’espace public.

Dans un État de droit normal, la régulation des manifestations relève exclusivement des institutions républicaines compétentes. Mais en RDC, certains groupes proches du pouvoir semblent désormais se considérer comme une autorité parallèle, capable de décider qui peut marcher, protester ou occuper la rue.

Le plus inquiétant reste le silence assourdissant des autorités face à cette escalade. Ni condamnation officielle, ni rappel à l’ordre, encore moins poursuites contre ceux qui se substituent ouvertement aux institutions de la République. Cette passivité nourrit l’impression d’une caution tacite du pouvoir face à des pratiques qui rappellent les heures les plus sombres de l’intolérance politique. Car derrière les slogans des « Forces du progrès », c’est une logique de verrouillage politique qui se dessine : empêcher toute contestation populaire au moment où le débat sur la révision constitutionnelle devient explosif.

L’argument avancé par ces militants — aucune marche ne sera tolérée avant le changement de la Constitution — sonne comme une déclaration de guerre contre les libertés fondamentales garanties par la loi suprême elle-même. Liberté de manifester, liberté d’expression, liberté de réunion : autant de droits qui semblent désormais conditionnés à l’adhésion au projet politique du pouvoir. Une situation paradoxale pour un régime dirigé par un parti qui s’était longtemps présenté comme le symbole du combat démocratique contre l’autoritarisme.

37 ans de lutte partis en vrille

L’UDPS, qui revendiquait pendant des décennies l’héritage de la lutte pour les libertés publiques sous le maréchal Mobutu puis sous Joseph Kabila, se retrouve aujourd’hui confrontée à ses propres contradictions. Trente-sept ans de combat pour l’État de droit risquent d’être éclipsés par la banalisation d’une culture d’intimidation politique où des militants partisans se comportent comme une police idéologique chargée de faire taire toute voix dissidente.

Au-delà de l’incident de N’Djili, c’est toute la trajectoire démocratique de la RDC qui interroge. Lorsqu’un groupe politique commence à se croire au-dessus des lois, à imposer ses injonctions dans la rue et à dicter les limites des libertés publiques, ce ne sont plus seulement les opposants qui sont menacés, mais l’équilibre même des institutions. Et lorsqu’un pouvoir laisse prospérer de telles pratiques sans réagir, il prend le risque d’installer durablement dans le pays une culture de milices politiques incompatible avec toute démocratie véritable.

Dans une République digne de ce nom, il ne peut exister qu’une seule autorité habilitée à faire appliquer la loi : l’État. Tout le reste relève de la dérive, de l’arbitraire et, à terme, du basculement autoritaire.

Econews

 

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