IMG 20260602 WA0151

Dilemme à la Présidence de la République : Tshisekedi voulait limoger Bumba, Pétunias l’a sauvé

Insalubrité chronique, colère présidentielle, administration parallèle… Le Gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, aurait dû être démis après la sainte colère du Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, au Marché central de Kinshasa, dit « Zando ». Mais contre toute attente, Bumba reste en poste. Non pas grâce à ses compétences, mais sous la protection discrète de l’avenue Pétunias, dans la commune de Limete. À ses côtés, le Lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, nommé pour assainir la capitale et ne répondant qu’au Président de la République. Résultat : un exécutif urbain à deux têtes, un gouverneur roi nu, et une ville qui attend toujours de voir qui commande vraiment.

Tout a commencé par une visite présidentielle au Marché central de Kinshasa. Des travaux de rénovation flambant neufs, mais autour, une insalubrité repoussante. Le Président de la République, Félix Tshisekedi, excédé, lâche une phrase qui résonne comme un glas : «Gare à vous ! »

Dans l’opinion, c’est clair: Daniel Bumba, Gouverneur de la ville, est sur la sellette. Son éviction est imminente. Les commentateurs préparent déjà son oraison funèbre politique.

Sauf que… rien ne se passe. Le couperet ne tombe pas. Le phénix renaît de ses cendres, comme par miracle. D’où vient ce coup de théâtre ?

L’avenue Pétunias oppose son véto

Selon des sources bien informées, le Président Tshisekedi avait bel et bien décidé de limoger Daniel Bumba. Dans tout autre pays, dans toute autre circonstance, le gouverneur défaillant aurait été remercié sans ménagement. Mais à Kinshasa, les règles de la politique ont parfois des allures de saga familiale.

«L’ordre de maintenir Daniel Bumba serait venu de Limete – pas du siège de l’UDPS, en tout cas », confie une source sous couvert d’anonymat à notre rédaction. « Dans la famille Tshisekedi, Daniel Bumba jouit d’une grande estime de la mère du Chef de l’État. Le Gouverneur est sous son entière protection », poursuit-il.

Ainsi, le véto est tombé de l’avenue Pétunias, la résidence de la mère du Président de la République. Face à cette intervention, Félix Tshisekedi a dû reculer. Il ne pouvait pas ouvertement braver sa propre mère. Mais il ne pouvait pas non plus laisser Kinshasa pourrir. D’où une solution bancale, typiquement congolaise dans son génie du contournement : le dédoublement de l’exécutif urbain.

Un Général pour assainir, un Gouverneur pour inaugurer les chrysanthèmes

Le Lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service national, a été nommé… pour assainir Kinshasa. Officiellement, il seconde le Gouverneur. Officieusement, il ne répond de sa gestion qu’au seul Président de la République. Une administration parallèle, en somme, qui agit en marge de l’autorité provinciale.

Dès lors, que reste-t-il à Daniel Bumba ? Sa légitimité est en miettes. Ses pouvoirs, vidés de leur substance. « Il reste à son poste juste pour inaugurer les chrysanthèmes», ironise un observateur. Un roi nu, affublé d’un titre sans réelle autorité, contraint de cohabiter avec un général tout-puissant placé au-dessus de lui.

Ce choix étrange en dit long sur les équilibres fragiles du pouvoir à Kinshasa. D’un côté, un Président de la République qui veut agir, qui tonne contre l’insalubrité, qui cherche à montrer sa fermeté. De l’autre, des considérations familiales, des réseaux d’influence, des loyautés personnelles qui pèsent aussi lourd que la raison d’État.

Félix Tshisekedi a-t-il vraiment eu le choix ? Sans doute non. Mais le prix à payer est élevé : la confusion des rôles, l’affaiblissement des institutions provinciales, et un message étrange envoyé aux Kinois. À qui obéir désormais ? Au gouverneur fantoche ou au général présidentiel ?

Kinshasa, laboratoire d’une gouvernance à deux vitesses

En attendant, la ville-province de Kinshasa continue de suffoquer sous les déchets. Le Général Kasongo Kabwik a annoncé des mesures musclées. Reste à savoir s’il disposera des moyens et du temps nécessaires. Quant à Daniel Bumba, il cultive son mystère. Sauvé par la famille, il espère sans doute que l’opinion oubliera sa mise à l’écart.

Mais les Kinois, eux, n’oublient rien. Ils regardent ce drôle de ballet institutionnel avec un mélange de résignation et d’ironie. Deux hommes pour gouverner une seule ville : l’un pour la forme, l’autre pour le fond. Du jamais vu, ou presque. Comme un aveu que, parfois, le pouvoir préfère les arrangements aux solutions.

Ce dédoublement de l’exécutif urbain pourrait faire jurisprudence. Si un gouverneur peut être maintenu mais privé de ses prérogatives, quelle autorité gardent les élus provinciaux ? La décision de l’avenue Pétunias a sauvé un homme, mais elle a peut-être affaibli un peu plus l’État de droit. À moins que, par un retournement spectaculaire, le Général Kasongo ne réussisse là où Bumba a échoué. Les semaines à venir nous le diront. En attendant, Kinshasa retient son souffle.

Econews

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *