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Ebola en Ituri : l’UA se lève, la Croix-Rouge craint que «l’épidémie ne dure encore un an»

L’épidémie de fièvre hémorragique qui ravage l’Est de la République Démocratique du Congo et l’Ouganda voisin n’est pas une simple crise sanitaire. C’est une bombe à retardement. Alors que l’Union africaine réunit ses dirigeants ce mardi en visioconférence d’urgence, un haut responsable de la Croix-Rouge internationale lance un cri d’alarme glaçant : « Nous craignons que cette épidémie ne dure encore un an avant de prendre fin. »

À Genève, le ton est grave. Bruno Michon, chef des opérations de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), n’a pas cherché à rassurer les journalistes réunis ce 16 juin. Face à une propagation qui défie tous les pronostics, il a livré un diagnostic sans concession : «Le pic n’a pas encore été atteint. Nous nous préparons à un long combat, peut-être un an, peut-être plus. »

Un an d’Ebola. Un an de villages confinés. Un an de corps enveloppés dans des housses plastiques. Un an d’infirmières épuisées, de médecins contaminés, d’enfants orphelins. Ce n’est pas une prédiction : c’est une mise en garde à la communauté internationale, trop souvent distraite par d’autres crises.

L’UA en ordre de bataille – mais est-ce assez ?

Ce mardi, les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine se retrouvent en visioconférence depuis le Palais Ntare Rushatsi, sous la présidence d’Évariste Ndayishimiye, président du Burundi. Une réunion qui intervient trente jours jour pour jour après la déclaration officielle de l’épidémie en RDC. Un mois de retard, peut-être déjà fatal.

La veille, à Bujumbura, Ndayishimiye s’est entretenu en tête-à-tête avec Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA, pour affiner une stratégie continentale. Mais sur le terrain, les mots ne suffisent pas : les routes sont coupées, les zones de conflit bloquent l’accès humanitaire, et la souche Bundibugyo – plus insidieuse que ses devancières – progresse en silence.

Les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) fournissent des chiffres que l’OMS qualifie déjà de «sous-estimés ». L’expansion géographique est qualifiée d’«importante » par l’organisation onusienne, tandis que la porosité des frontières entre la RDC et l’Ouganda transforme chaque piste forestière en autoroute du virus.

Médecins Sans Frontières, habituée des premiers rangs face aux flambées, n’a pas attendu la réunion de l’UA pour tirer la sonnette d’alarme. Dans un communiqué cinglant, l’ONG appelle à une « riposte à la hauteur de la crise sanitaire en cours» — une formulation polie pour dire : vous n’êtes pas au niveau.

Les équipes médicales sur place manquent de personnel, de lits, de vaccins et de carburant pour les ambulances. L’insécurité chronique dans les territoires du Nord-Kivu et d’Ituri rend chaque intervention périlleuse. Pendant ce temps, les cas suspects continuent d’affluer, et les contacts tracing s’apparentent à une enquête de détective dans une région où les routes n’existent que sur les cartes.

La RDC presque épuisée

Les autorités congolaises, elles, rappellent leur expérience: seize épidémies maîtrisées en vingt ans. Un palmarès unique au monde. « Nous savons faire. Nous avons les équipes, les protocoles, le courage », affirment-elles. Mais cette fois, le contexte est différent : l’épuisement des soignants, les déplacements massifs de populations et la coïncidence avec une crise sécuritaire régionale rendent la tâche herculéenne.

Et puis, il y a cette ombre au tableau : les fonds promis peinent à arriver, les doses de vaccin manquent, et les laboratoires mobiles sont trop peu nombreux. L’Afrique, une fois de plus, se retrouve à courir après un virus avec des moyens du tiers-monde.

Quand Bruno Michon évoque une épidémie d’un an, il ne parle pas d’un simple délai technique. Il décrit une réalité sociale et économique dévastatrice : des écoliers privés de cours, des paysans qui abandonnent leurs champs, des commerçants ruinés, des hôpitaux submergés, et des régions entières mises en quarantaine.

C’est aussi un message adressé aux donateurs internationaux : si vous ne bougez pas maintenant, vous paierez le prix fort dans douze mois. Le virus ne connaît pas de frontières, et un an d’Ebola dans le bassin du Nil, c’est une menace pour toute l’Afrique de l’Est, puis pour le continent, et finalement pour le monde.

Ce 16 juin 2026 restera-t-il comme le jour où l’Afrique a pris la mesure de l’urgence, ou comme celui où les dirigeants ont une fois de plus parlé sans agir ? La visioconférence de l’UA est cruciale, mais elle ne vaudra que par les décisions qui en sortiront : déploiement de personnels, ouverture de corridors humanitaires, mobilisation de financements, coordination transfrontalière.

Le président Ndayishimiye et Mahmoud Ali Youssouf ont eu le mérite d’anticiper. Mais face à un virus qui a déjà traversé deux pays et continue sa course, la diplomatie a des heures, pas des semaines.

L’heure du sursaut ou du deuil ?

Alors que les sirènes des ambulances résonnent dans les cités de l’Est congolais, que les agents de la Croix-Rouge enterrent leurs collègues tombés au combat, et que les familles pleurent leurs morts sans pouvoir les embrasser, une question brûle les lèvres de tous les observateurs : fera-t-on cette fois-ci assez, assez vite, assez fort ?

La Croix-Rouge a donné son pronostic : un an de lutte. L’Union africaine tient son conseil. MSF crie son indignation. Le temps presse. Et chaque minute qui passe sans action décisive est une minute de gagnée par le virus.

L’Afrique est à un tournant. Celui de la solidarité réelle, ou celui de l’impuissance chronique. Le monde regarde. L’histoire jugera.

Econews

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