L’adoption par les deux chambres du Parlement de la loi portant organisation du référendum marque bien plus qu’une simple avancée législative. Elle constitue un tournant politique majeur qui ouvre officiellement une nouvelle séquence dans la vie institutionnelle de la République Démocratique du Congo. Pour le pouvoir en place, il s’agit d’une victoire stratégique, d’un premier verrou qui saute sur le chemin menant à la révision ou au changement de la Constitution du 18 février 2006. Pour l’opposition, c’est au contraire le signal d’une mobilisation qui ne fait que commencer.
Derrière les débats juridiques et les arguments institutionnels se dessine en réalité une bataille autrement plus importante : celle de la succession politique et du contrôle du pouvoir à l’horizon 2028.
Depuis plusieurs mois, les partisans de la majorité présidentielle préparent méthodiquement le terrain. Les déclarations se sont multipliées, les structures de soutien se sont organisées, tandis que les voix favorables à une nouvelle architecture constitutionnelle ont progressivement occupé l’espace public. L’adoption de la loi référendaire apparaît aujourd’hui comme la première concrétisation de cette stratégie.
Mais si le Parlement a parlé, la rue, elle, n’a pas encore rendu son verdict.
Le sit-in organisé par l’opposition le 12 juin, malgré les tensions qui l’ont accompagné, a montré que le débat constitutionnel est loin de faire l’unanimité. L’appel à une grande marche de protestation le 8 juillet prochain constitue déjà un nouveau test de mobilisation. Plus qu’une simple démonstration de force, cette manifestation pourrait donner le ton des mois à venir.
Car désormais, la confrontation politique quitte progressivement les enceintes parlementaires pour s’installer dans l’espace public. Et l’histoire politique congolaise enseigne que lorsque les grandes controverses institutionnelles descendent dans la rue, elles échappent souvent à leurs initiateurs.
Le risque est d’autant plus réel que le pays traverse déjà une période de fortes fragilités. À l’Est, l’insécurité demeure une préoccupation majeure. Sur le plan social, le pouvoir d’achat reste sous pression malgré les efforts de stabilisation économique. Dans plusieurs provinces, les attentes des populations restent immenses. Dans ce contexte, la question constitutionnelle pourrait devenir le catalyseur de frustrations plus larges.
Le véritable enjeu n’est d’ailleurs peut-être pas la Constitution elle-même. Ce qui se joue aujourd’hui est la confiance entre gouvernants et gouvernés. Une partie de l’opinion publique soupçonne déjà que le débat constitutionnel dissimule des calculs électoraux en vue de 2028. De son côté, la majorité soutient qu’il s’agit d’adapter les institutions aux réalités actuelles du pays et de corriger les faiblesses de la Constitution de 2006.
L’opposition, qui semblait fragmentée il y a encore quelques mois, trouve dans ce combat un puissant facteur de rassemblement.
La majorité, elle, paraît déterminée à poursuivre son agenda. Forte de sa domination parlementaire, elle considère que le vote de la loi référendaire valide la légitimité de sa démarche. Le message envoyé est clair: le processus est lancé et il ne sera pas interrompu par les protestations de l’opposition.
Econews

