Frontière RDC-Zambie : à Pweto, Kinshasa et Lusaka privilégient le dialogue pour régler leurs différends

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La République Démocratique du Congo et la Zambie veulent tourner la page des incompréhensions et des incidents frontaliers par le dialogue et la concertation. Réunis durant trois jours à Pweto, dans le Haut-Katanga, les experts des deux pays ont réaffirmé leur volonté de parvenir à une démarcation consensuelle de leur frontière commune. Une démarche saluée par le professeur émérite Célestin Nguyandila Malengana, qui a insisté sur l’esprit de convivialité et de compréhension mutuelle ayant caractérisé les travaux.

À Pweto, la frontière entre la République Démocratique du Congo et la République de Zambie n’est pas apparue comme une ligne de fracture, mais plutôt comme un espace de coopération à consolider. Pendant trois jours, les experts de deux pays se sont retrouvés autour d’une même table pour tenter de régler, par la voie technique et diplomatique, les difficultés liées à la délimitation de leur frontière commune.

Les travaux en salle de la Commission technique mixte chargée de la démarcation de cette frontière ont pris fin, le mercredi 2 septembre 2026, sous le haut patronage du Vice-Premier Ministre en charge de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo Bihango.

Au terme de ces assises, un constat s’impose : Kinshasa et Lusaka entendent privilégier la compréhension mutuelle plutôt que la confrontation, et la concertation plutôt que les tensions de voisinage. Cette orientation s’inscrit dans la volonté affichée par les deux États de préserver leurs relations de bon voisinage et de parvenir progressivement à une frontière clairement matérialisée, connue et respectée par les populations des deux côtés.

La convivialité comme méthode de règlement

C’est précisément cet esprit qui a été mis en avant par le professeur émérite Célestin Nguyandila Malengana, Secrétaire permanent de la Commission permanente des frontières (CPF) et chef de la délégation congolaise.

Dans son discours de clôture, il s’est dit particulièrement satisfait de l’atmosphère dans laquelle se sont déroulés les travaux. Il a salué « une grande satisfaction » née de l’esprit de convivialité et de compréhension mutuelle ayant marqué les échanges entre les experts congolais et zambiens.

Un message qui dépasse la simple dimension technique de la démarcation. Car derrière les cartes, les coordonnées géographiques, les bornes et les relevés de terrain, se trouve une réalité politique essentielle : deux États voisins cherchent à régler leurs différends sans laisser les questions frontalières empoisonner leurs relations.

Le professeur Nguyandila a également relevé l’implication des chefs d’État des deux pays dans cette dynamique, louant leurs efforts en vue de pérenniser les bonnes relations entre la RDC et la Zambie. Cette implication au plus haut niveau donne une dimension stratégique au travail réalisé par la Commission technique mixte.

32 kilomètres déjà dans le viseur

Au-delà des déclarations de principe, les travaux de Pweto ont permis d’aboutir à des avancées concrètes. Les experts ont notamment élaboré un planning pour la démarcation de plusieurs cours d’eau servant de repères frontaliers, notamment les rivières Lunkinda, Choma et Musongwhishi, sur une distance de 32 kilomètres.

Les opérations de démarcation ont déjà commencé et doivent se poursuivre jusqu’au 15 septembre. Cette étape traduit la volonté de passer progressivement des discussions aux opérations de terrain.

La frontière ne doit plus seulement exister sur les cartes ou dans les documents administratifs. Elle doit être matérialisée de manière suffisamment claire pour éviter les interprétations divergentes et les conflits liés à la méconnaissance de son tracé. C’est tout l’enjeu de la démarche entreprise par la Commission technique mixte.

Mokambo, Sakania, Lonshi : les autres points sensibles

Les difficultés ne se limitent toutefois pas au tronçon actuellement concerné par les opérations de démarcation. La Commission technique mixte a également travaillé sur la situation de plusieurs zones frontalières, notamment Mokambo, Sakania, Lonshi, Swaka Nord et Cimente.

Dans ces secteurs, les experts ont relevé différents problèmes : empiètements de la ligne frontalière, destruction de bornes et incidents divers liés notamment à la faible visibilité, voire à l’absence de matérialisation claire de la frontière.

Ces difficultés constituent un risque pour la stabilité des relations de proximité entre les populations des deux pays.

Lorsqu’une frontière est mal matérialisée, les incompréhensions peuvent rapidement se transformer en conflits fonciers, en incidents entre populations ou en tensions entre autorités locales. D’où la nécessité de traiter le problème à la racine.

Des moyens pour passer aux actes

Conscients de l’ampleur de la tâche, les experts des deux pays ne se sont pas limités à identifier les difficultés. Ils ont également élaboré un planning ainsi qu’un budget destiné notamment aux opérations de reconnaissance, à la sensibilisation des populations et à la construction de bornes intermédiaires dans les différentes zones concernées.

La Commission recommande ainsi aux gouvernements congolais et zambien de mobiliser des moyens substantiels afin de permettre la mise en œuvre de ce programme dès octobre 2026. Cette recommandation constitue l’un des principaux résultats des travaux de Pweto. Car la réussite du processus dépendra désormais de la capacité des deux États à traduire les engagements techniques en ressources concrètes.

Sans financement, les plans risquent de rester au stade des documents administratifs. Avec les moyens nécessaires, ils peuvent au contraire permettre de sécuriser progressivement l’ensemble de la frontière commune.

Nguyandila appelle à poursuivre les discussions

Au moment de clore les travaux, le professeur Célestin Nguyandila a également encouragé les experts des deux pays à poursuivre leurs discussions jusqu’à la délibération finale. Une manière de rappeler que la démarcation d’une frontière internationale est un processus qui exige du temps, de la rigueur et surtout de la patience diplomatique.

Il ne s’agit pas, pense-t-il, de rechercher un vainqueur et un perdant, mais de parvenir à une solution acceptée par les deux parties. C’est cette philosophie qui semble avoir guidé les travaux de Pweto.

Le représentant du Gouvernement zambien ne s’y est d’ailleurs pas trompé. À son tour, il a salué la « sagesse » du Secrétaire permanent de la Commission permanente des frontières et son leadership dans la conduite des travaux. Ces marques de reconnaissance réciproques constituent, en elles-mêmes, un signal positif pour la poursuite du processus.

Le bon voisinage plutôt que la confrontation

La dynamique enclenchée à Pweto intervient dans un contexte où les questions frontalières peuvent facilement devenir des sources de tensions entre États.

La RDC et la Zambie ont cependant choisi une autre voie : celle du dialogue technique, de la concertation et de la compréhension mutuelle.

Le choix est loin d’être anodin. Une frontière clairement démarquée facilite la circulation, réduit les risques d’incidents, protège les populations riveraines et permet aux autorités des deux pays de mieux exercer leurs responsabilités. Elle contribue également à sécuriser les activités économiques et à prévenir les conflits liés aux terres et aux ressources.

En ce sens, le travail de la Commission technique mixte ne constitue pas une simple opération de bornage. Il participe directement à la consolidation de la paix et de la stabilité entre deux pays voisins.

Un processus appelé à s’inscrire dans la durée

La clôture des travaux de Pweto ne signifie donc pas la fin du processus. Elle marque plutôt une nouvelle étape.

Avec le planning établi pour les 32 kilomètres concernés, les opérations déjà engagées sur le terrain et les recommandations formulées pour les autres zones sensibles, les deux pays disposent désormais d’une feuille de route.

À Pweto, Kinshasa et Lusaka ont démontré qu’un différend frontalier peut être abordé autrement que par la crispation.

La convivialité et la compréhension mutuelle prônées par le professeur Célestin Nguyandila constituent ainsi plus qu’un simple état d’esprit: elles apparaissent comme une méthode pour parvenir à une solution durable.

La frontière RDC-Zambie doit être une ligne qui sépare deux territoires, mais elle ne doit pas devenir une ligne qui divise deux peuples. En privilégiant le dialogue, les deux pays donnent au contraire à cette frontière une nouvelle vocation : celle de devenir une ligne de stabilité, de coopération et de bon voisinage.

Hugo Tamusa

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