
À deux ans de la présidentielle de 2028, Delly Sesanga remet au centre du débat la question de la crédibilité du prochain scrutin : « Aucun Congolais sérieux n’accepterait une élection sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu ». Pour le leader d’ENVOL, la priorité doit être la paix et la réunification du pays, à travers un « Dialogue national inclusif », plutôt qu’une révision constitutionnelle susceptible, selon lui, de favoriser un troisième mandat de Félix Tshisekedi. Une position qui place le pouvoir face à un dilemme majeur : comment organiser une élection réellement inclusive tant que des millions d’électeurs de l’Est restent confrontés à l’insécurité ? Pendant ce temps, la C64 maintient la pression et annonce la poursuite de sa mobilisation contre toute modification de la Constitution.
À deux ans de la présidentielle de 2028, la tension monte d’un cran en République démocratique du Congo. Alors que les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont largement sous le contrôle du M23 depuis janvier 2025, l’opposant Delly Sesanga a lancé un avertissement solennel lundi : «Aucun Congolais sérieux n’accepterait une élection sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. » Une déclaration qui résonne comme une ligne rouge tracée dans le sable, alors que des millions d’électeurs risquent d’être privés d’urnes.
Un dialogue national comme seule issue
Pour le leader du parti ENVOL et figure de proue de la coalition C64, la solution passe par un « Dialogue national inclusif ». Une exigence qu’il martèle avec d’autant plus de force que Kinshasa elle-même avait annoncé à la mi-juillet l’organisation d’un tel dialogue, sans toutefois en préciser les modalités.
«Une nation en guerre ne devrait pas faire de la modification de la Constitution une priorité », a-t-il martelé, en écho aux craintes d’une opposition qui voit dans les projets de révision constitutionnelle une tentative d’ouvrir la voie à un troisième mandat pour Félix Tshisekedi.
Delly Sesanga ne s’arrête pas là. Devant l’assemblée plénière de la CENCO le 18 juin dernier, il a défendu avec vigueur la Constitution du 18 février 2006, qu’il qualifie de « pacte social » héritier de la volonté populaire. Pour lui, ce texte est le seul rempart capable de garantir la coexistence pacifique dans un pays aux 400 groupes ethniques.
«Nous défendons la Constitution du 18 février parce qu’elle constitue un pacte social », a-t-il martelé. Et de rappeler que toute révision en période d’état de siège est interdite par la Loi fondamentale elle-même, un argument juridique imparable dans le contexte actuel.
Rejetant toute idée de division au sein de l’opposition, Sesanga a recentré le débat sur les véritables ennemis du peuple congolais : « Le principal adversaire, c’est la misère dans laquelle vit notre population, l’insécurité, le manque d’emplois pour les jeunes. »
«Nous parlons d’une seule voix, avec la même énergie, avec le même engagement », a-t-il affirmé, en dépit des doutes des analystes sur la capacité de l’opposition à mobiliser après sa défaite de 2023.
Le M23 à la table des négociations ?
Dans une position qui le distingue des autorités congolaises, Delly Sesanga a appelé le M23 à participer au dialogue national pour soutenir « la paix et la réunification». Une proposition que Kinshasa a fermement rejetée, refusant toute légitimation politique de la rébellion armée.
Le gouvernement suisse a toutefois annoncé dimanche un nouvel accord entre la RDC et le M23 sur une feuille de route pour les pourparlers de paix, dans une tentative de relancer un processus de cessez-le-feu après l’échec des accords précédents.
Alors que la guerre continue de ravager l’Est et que le calendrier électoral approche, la question reste entière: comment organiser une élection présidentielle crédible quand une partie du pays est aux mains de groupes armés ? Pour Delly Sesanga, la réponse est sans équivoque : sans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, il ne peut y avoir d’élection légitime. Le débat est désormais posé, et il promet d’occuper l’espace politique congolais jusqu’en 2028.
Hugo Tamusa


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