
Alors que la Chine demeure l’acteur incontournable de l’extraction et de la transformation du cuivre et du cobalt en RDC, Kinshasa a réaffirmé à Tianjin, (Chine) sa volonté d’imposer la transformation locale de ses minerais critiques, appelant ses partenaires chinois à investir dans l’industrialisation et la création de valeur sur place.
Face à l’intérêt croissant des grandes puissances pour leurs minerais critiques, les pays africains cherchent à imposer leurs conditions. Parmi elles, la transformation locale s’affirme dans les discussions comme un levier d’industrialisation et de création de valeur au niveau national.
Lors de la 28e édition de la Conférence et exposition minière de Chine, à Tianjin, Louis Watum Kabamba, ministre des Mines de la RDC, a rappelé l’agenda de son pays pour la transformation du secteur minier. Lors de sa participation à l’événement, jeudi 10 septembre, il a particulièrement insisté sur la nécessité d’accroître la valorisation locale des ressources exploitées sur le territoire, réitérant ainsi un appel formulé ces dernières années.
De Davos à Tianjin, Kinshasa insiste
Premier producteur mondial de cobalt et deuxième pour le cuivre, la RDC se distingue aussi par la diversité de son sous-sol, qui abrite notamment du lithium, du manganèse, du zinc ou encore du germanium. Des ressources que Kinshasa entend, à l’instar de plusieurs autres pays miniers du continent, ériger en leviers d’industrialisation locale. Cette volonté avait déjà été portée par M. Kabamba en janvier, lors du Forum économique mondial de Davos, où il avait insisté sur la priorité désormais accordée par son gouvernement à la transformation industrielle et au développement de chaînes de valeur minières locales.
A Tianjin, le ministre a inscrit l’édition de cette année « pleinement dans l’ambition de la RDC de transformer ses ressources naturelles ». Cette orientation a notamment été développée lors d’un « Forum RDC-Chine » consacré aux opportunités de coopération et d’investissement dans le secteur minier entre les deux pays.
« Lors de ce forum, le ministre des Mines a souligné la nécessité pour la RDC de ne plus mesurer sa réussite uniquement au tonnage extrait, mais aussi à la valeur ajoutée créée localement, aux emplois qualifiés, aux transferts de technologie et au développement des entreprises congolaises. Il a également mis en exergue la complémentarité entre l’abondance et la diversité des ressources minérales de la RDC et l’expertise chinoise en matière d’industrialisation, de transformation des minerais, d’infrastructures, de technologies et de logistique », indique le communiqué publié à l’occasion.
Un pôle minier toujours aussi convoité
Cette volonté de pousser davantage la transformation locale intervient alors que les relations minières entre la RDC et ses principaux partenaires évoluent. La Chine reste un acteur central du secteur, avec des entreprises chinoises fortement présentes dans la production et la transformation du cuivre et du cobalt, tandis que le pays demeure un débouché majeur pour les exportations minières congolaises. En mars dernier, Kinshasa et Pékin ont d’ailleurs signé un nouveau mémorandum destiné à approfondir leur coopération minière. Le texte prévoit notamment un renforcement de la coopération géologique et de l’investissement, ainsi que la promotion de la transformation locale des minerais.
Cette dynamique intervient également dans un contexte de rapprochement entre Kinshasa et Washington autour des minerais critiques. Il s’observe ainsi une volonté de la RDC d’élargir son éventail de partenariats alors que ses minerais critiques suscitent un intérêt croissant. Ce mouvement s’accompagne par ailleurs de mesures plus contraignantes sur les exportations. La RDC a récemment interdit les exportations de concentrés de cuivre et de cobalt, avec la possibilité de dérogations dans certains cas. La mesure marque une volonté plus directe d’agir sur la forme sous laquelle les ressources quittent le territoire et, par conséquent, sur la part de valeur susceptible d’être créée localement.
Quelques initiatives s’annoncent déjà. La Société commerciale la Minière de Kisenge Manganèse (SCMK-Mn) prévoit un investissement de 100 millions USD destiné à transformer localement le manganèse en dioxyde de manganèse électrolytique (MnO2). Dans le lithium, le groupe chinois Zijin Mining développe pour sa part des capacités destinées à transformer le concentré produit par sa mine Manono en sulfate de lithium, produit intermédiaire dans la fabrication de composés utilisés notamment dans les batteries et qui présente une valeur ajoutée supérieure à celle du concentré.
Reste désormais à voir comment ces dynamiques se concrétiseront et, surtout, si elles pourront s’étendre à l’ensemble du secteur. Se pose également la question de la manière dont cette trajectoire congolaise sera accueillie par ses différents partenaires. Car au-delà des annonces, la capacité du gouvernement à sécuriser des investissements concrets pour développer la transformation locale constituera le principal test de cette ambition.
Avec Agence Ecofin


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