
Après la marche du C64 du 15 septembre 2026, appelée par la C64, principale plateforme de l’opposition, le Sondage LES POINTS met en lumière un sérieux décrochage entre l’opposition organisée et une large partie de l’opinion interrogée. Si 84 % des sondés disent avoir eu connaissance de la manifestation, 80 % jugent sa mobilisation faible ou très faible. Un résultat qui, sans constituer un comptage physique des manifestants, révèle une perception largement défavorable de la capacité actuelle de l’opposition à mobiliser au-delà de ses bastions politiques. Voici les renseignements généraux du Sondage.
« Marche du C64 et Dialogue national : ce que révèle la ‘troisième opinion’ congolaise »
Le Sondage LES POINTS, réalisé après la marche du C64 du 15 septembre 2026, ne se limite pas à Kinshasa. Il a également été mené dans les chefs-lieux des provinces, à l’exception des chefs-lieux des provinces directement affectées par les conflits armés. Son intérêt est de donner une lecture transversale de l’opinion congolaise, en prenant en compte les différentes tendances politiques, la société civile, mais aussi la grande majorité de la population qui ne se reconnaît dans aucune tendance politique déclarée.
L’un des principaux intérêts de cette enquête est son positionnement par rapport au débat politique actuel. Elle ne constitue pas uniquement la voix de la majorité présidentielle, de l’opposition ou de la société civile prise séparément. Elle cherche plutôt à faire émerger une « troisième opinion », c’est-à-dire le regard de l’ensemble des catégories interrogées, toutes tendances politiques confondues, auquel s’ajoute une composante particulièrement importante : les 82 % de personnes qui déclarent ne pas avoir de tendance politique. Cette catégorie représente une part considérable de la population interrogée. Son poids permet de mettre en perspective les prises de position des acteurs politiques organisés avec celles des citoyens qui ne se reconnaissent ni dans la majorité, ni dans l’opposition, ni dans une autre formation ou tendance politique.
Le Sondage donne ainsi la possibilité d’observer le débat sur la marche du C64 et le dialogue national au-delà du face-à-face entre acteurs politiques.
Selon les résultats de l’enquête, 84 % des personnes interrogées déclarent avoir eu connaissance de la marche organisée par la C64 le 15 septembre contre le changement de la Constitution, contre 9 % qui disent ne pas en avoir eu connaissance et 7 % qui s’abstiennent. Ce résultat mesure avant tout le niveau de connaissance de l’événement. Il ne signifie donc ni adhésion à la marche, ni soutien à la C64. Lorsqu’il leur est demandé d’évaluer la mobilisation de l’opposition lors de cette marche, 68 % la jugent faible et 12 % très faible, soit 80 % au total.
À l’inverse, 6 % la considèrent comme moyenne, tandis que 4 % la jugent très forte et 2 % forte. L’abstention représente 8 %. Ces chiffres décrivent la perception des personnes interrogées et ne constituent pas un comptage physique des manifestants. Cette perception entre toutefois dans le débat public avec des lectures différentes. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a soutenu après la manifestation que le message de la marche n’avait pas été largement suivi et a appelé l’opposition à privilégier le dialogue.
Du côté de l’opposition, Martin Fayulu a, pour sa part, accusé le pouvoir d’avoir transformé la manifestation en confrontation, notamment avec l’intervention des forces de sécurité et, selon son accusation, de groupes favorables au pouvoir. Cette interprétation est contestée par le camp gouvernemental. Sur la question du rejet du dialogue national par la C64, 53 % estiment que ce rejet n’est plutôt pas justifié et 31 % qu’il ne l’est pas du tout, soit 84 % des répondants dans ces deux catégories. À l’inverse, 5 % jugent ce rejet plutôt justifié et 6 % tout à fait justifié. L’abstention s’établit à 5 %. Ces chiffres indiquent donc que, dans l’échantillon étudié, le refus du dialogue rencontre davantage d’opinions défavorables que favorables. Cette perception ne signifie cependant pas que les personnes interrogées approuvent nécessairement toutes les modalités proposées pour ce dialogue.
La C64, de son côté, conteste précisément le dispositif proposé. Des responsables de cette coalition ont estimé que le processus ne garantissait pas suffisamment, selon eux, le caractère inclusif et consensuel du dialogue. La question de la participation des personnes ou groupes impliqués dans les conflits armés fait apparaître une position majoritairement restrictive. 62 % des personnes interrogées répondent qu’ils ne devraient pas participer au dialogue. Toutefois, 17 % acceptent leur participation à condition qu’ils renoncent à la violence et 4 % estiment que cela dépend des conditions de participation. Seuls 6 % considèrent que tous devraient pouvoir participer, tandis que 11 % s’abstiennent.
Le résultat fait donc apparaître une distinction entre participation sans condition et participation conditionnelle, notamment autour du renoncement à la violence. Sur la formule prévoyant de commencer par des concertations à la base dans les provinces avant une étape nationale à Kinshasa, 68 % se déclarent très favorables et 13 % plutôt favorables, soit 81 % de réponses favorables. Les réponses défavorables représentent 13 % : 7 % plutôt défavorables et 6 % très défavorables. L’abstention est de 6 %. Ce résultat est particulièrement important dans le contexte du processus annoncé par les autorités.
La Présidence a présenté le dialogue comme un cadre de consultation des Congolais autour notamment de la paix, de la cohésion nationale, de la réconciliation et de la refondation de l’État. La dernière question, à réponses multiples, montre que les personnes interrogées souhaitent une représentation diversifiée dans les concertations à la base. 71 % citent la majorité et l’opposition politiques, 68 % les représentants des zones affectées par les conflits, 67 % la société civile et 63 % les jeunes et les femmes. Viennent ensuite les confessions religieuses avec 58 %, puis les autorités coutumières et les communautés locales avec 54 %. Par ailleurs, 54 % choisissent la réponse « toutes ces catégories ».
Ces pourcentages étant issus d’une question à réponses multiples, ils ne doivent pas être additionnés pour obtenir 100 %. Au-delà des affrontements de discours entre majorité et opposition, les résultats mettent donc en lumière une opinion qui mérite d’être distinguée : celle de l’ensemble des citoyens interrogés, avec une place particulièrement importante accordée aux personnes sans appartenance ou tendance politique déclarée, qui représentent 82 % selon la structuration de l’échantillon.
Cette « troisième opinion » ne constitue pas un parti politique ni un bloc homogène. Elle regroupe des citoyens aux sensibilités diverses.
Mais son poids statistique permet de rappeler que le débat national ne se résume pas aux positions des organisations politiques structurées. Le Sondage LES POINTS offre ainsi une photographie de la perception de l’opinion à un moment précis : une forte connaissance de la marche, une mobilisation perçue majoritairement comme faible, un rejet du refus du Dialogue jugé majoritairement non justifié, une préférence marquée pour les concertations à la base et une demande de représentation très large des composantes de la société.
Ces résultats ne tranchent pas le débat politique et ne prédisent pas son évolution. Ils permettent plutôt de documenter ce que pensent les personnes interrogées, au-delà des seuls porte-parole des camps politiques, à un moment où le dialogue national entre dans sa phase de lancement.
Sondage LES POINTS







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