
À Paris, l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Agence française de développement (AFD) ont posé les jalons d’un rapprochement stratégique appelé à accompagner la modernisation du contrôle des finances publiques en République Démocratique du Congo. Au cœur de cette convergence : la transformation numérique, la donnée financière et le contrôle systémique, nouvelle approche portée par l’IGF dans le cadre de son Plan stratégique triennal 2026-2028.
Le contrôle des finances publiques en RDC s’apprête-t-il à franchir un nouveau cap technologique ? Les échanges engagés entre l’IGF et l’AFD à Paris ouvrent en tout cas des perspectives nouvelles.
Vendredi 18 septembre, la délégation de l’IGF conduite par l’Inspecteur Général des Finances – Chef de Service, Christophe Bitasimwa Bahii, a été reçue au siège de l’AFD à Paris (France). Autour de la table, les représentants de l’AFD ont échangé avec la délégation congolaise sur les moyens d’accompagner la transformation numérique de l’administration financière et de soutenir la mise en œuvre du contrôle systémique.
Au centre des discussions : le Plan stratégique triennal 2026-2028 de l’IGF, dont la transformation digitale constitue l’un des axes majeurs.
Pour Christophe Bitasimwa Bahii, le numérique ne doit plus être considéré comme un simple outil d’appui au contrôle. Il doit devenir l’un des fondements d’une nouvelle manière de surveiller, analyser et anticiper les risques liés à la gestion des finances publiques.
C’est tout le sens du contrôle systémique que l’IGF entend progressivement mettre en œuvre : passer d’une logique essentiellement fondée sur des contrôles ponctuels à une approche davantage structurée autour de l’exploitation, du croisement et de l’analyse des données financières. Une évolution qui nécessite des infrastructures adaptées.
Vers un Hub national des données financières
L’une des propositions majeures présentées à l’AFD concerne précisément la création d’un entrepôt national des données financières de l’État, également envisagé comme un Hub National des Données Financières de l’État. Cette infrastructure doit permettre de centraliser et d’exploiter un volume important de données issues de la gestion financière publique.
Pour l’IGF, l’enjeu est stratégique : disposer d’une capacité renforcée de détection des anomalies, d’identification des risques et d’anticipation des irrégularités. La donnée devient ainsi le nouveau carburant du contrôle systémique. Et c’est précisément sur ce terrain que le rapprochement avec l’AFD prend tout son sens.
Au cours des échanges, l’IGF a sollicité l’expérience française en matière de projets financés ou accompagnés par l’AFD, notamment ceux susceptibles d’être adaptés au contexte congolais.
La délégation congolaise a également souhaité mieux comprendre les mécanismes de financement de l’AFD afin d’identifier les possibilités d’accompagnement des projets numériques portés par l’IGF. Une démarche qui traduit une volonté de passer de simples échanges institutionnels à la recherche de solutions concrètes pour financer et opérationnaliser la transformation digitale du contrôle financier.
À distance depuis Kinshasa, Isaac Lukama, responsable du projet de transformation numérique à l’AFD en RDC, a confirmé la disponibilité de l’agence à accompagner cette dynamique.
Une convergence avec les grands chantiers numériques de la RDC
Cette disponibilité trouve un terrain particulièrement favorable dans les programmes déjà soutenus par l’AFD et la Banque mondiale.
L’Unité de Gestion du Projet de Transformation Numérique (UGPTN) intervient notamment dans l’extension de la connectivité et de la fibre optique vers les provinces et les entités territoriales décentralisées. Elle accompagne également le développement d’infrastructures numériques nationales, notamment le cloud souverain et le GouvSOC.
Autant d’outils qui pourraient contribuer à créer l’environnement technologique nécessaire à la nouvelle architecture de contrôle envisagée par l’IGF.
La convergence est donc manifeste : d’un côté, l’IGF veut construire un contrôle fondé sur la donnée ; de l’autre, l’AFD soutient des infrastructures destinées à accélérer la transformation numérique de l’État.
La rencontre de Paris ne s’est pas limitée aux déclarations de principe. Pour concrétiser cette convergence, Christophe Bitasimwa Bahii a déjà désigné deux points focaux de l’IGF auprès de l’UGPTN. Leur mission sera notamment d’identifier, dans le Plan stratégique 2026-2028 de l’Inspection, les activités pouvant bénéficier d’un accompagnement dans le cadre des programmes de transformation numérique. Un mécanisme destiné à assurer le suivi opérationnel des pistes de collaboration dégagées lors des échanges.
Le contrôle systémique gagne en visibilité
Les responsables de l’AFD ont, pour leur part, salué la démarche engagée par l’IGF et la cohérence entre le contrôle systémique et les objectifs de transformation numérique soutenus dans le cadre de l’UGPTN.
Cette convergence donne une portée particulière à la rencontre de Paris. Elle montre surtout que la modernisation du contrôle des finances publiques ne peut plus être dissociée de la modernisation numérique de l’État.
Données, interconnexion, intelligence analytique, infrastructures numériques et anticipation des risques : c’est autour de ces nouveaux leviers que l’IGF entend construire son contrôle systémique à l’horizon 2028. Le rapprochement avec l’AFD constitue ainsi une étape importante dans cette trajectoire.
À Paris, l’IGF a surtout cherché à transformer une ambition technologique en partenariat concret. Avec l’appui potentiel de l’AFD et la convergence avec les grands programmes numériques nationaux, le contrôle systémique veut désormais changer d’échelle et inscrire la surveillance des finances publiques dans l’ère de la donnée.
Econews


Soyez le premier à commenter