
À deux ans de la présidentielle, la RDC ne regarde déjà plus vers 2028. Elle fixe la Constitution de 2006 comme on fixe un adversaire. Le Chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, dit « ne pas l’aimer » ; sa majorité, elle, a compris que sa survie passe par sa réécriture. Référendum en préparation, Parlement verrouillé, calendrier électoral suspendu : le rendez-vous de 2028 s’éloigne à mesure que le projet d’une 4ème République avance. Bienvenue dans l’incertitude institutionnalisée.
Le signal est brutal. Félix Tshisekedi ne cache plus son aversion pour la Constitution du 18 février 2006. « Ne pas l’aimer », dit-il urbi et orbi.
Dans une démocratie, un Président de la République peut vouloir réformer la loi fondamentale. Mais quand le même homme annonce la couleur à deux ans d’une élection, le doute n’est plus permis : le texte devient le terrain de la bataille politique. Et 2028, l’horizon qu’on nous avait vendu comme intangible, commence à ressembler à un mirage.
L’on se rappelle qu’en mai 2026, le Président Félix Tshisekedi a indiqué que si la guerre dans l’Est du pays (notamment dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu) ne pouvait être terminée, il ne serait pas possible d’organiser les élections générales en 2028. Il a affirmé qu’aucun scrutin ne pourra se dérouler sans l’inclusion de ces régions.
Sur le plan technique, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a exprimé de graves inquiétudes dans un de ses rapports, pointant un manque de financement et des retards accumulés dans l’exécution de sa feuille de route (notamment sur l’enrôlement et l’identification des électeurs).
En 2028, l’incertitude des élections est bien réelle.
Pour la majorité au pouvoir, le calcul est limpide : sa survie tient au changement de la Constitution. Elle ne s’en cache même pas. À Kinshasa, le débat électoral a été remplacé par le débat constitutionnel. Les échéances de 2028 ? Un décor. La vraie date, c’est celle du référendum.
La vraie question, ce n’est plus « qui gouvernera après Tshisekedi ? », mais «dans quel cadre voudra-t-il rester ? ». Une manière de déplacer le centre de gravité de la démocratie congolaise.
Le référendum, cheval de Troie
Preuve ultime de cette accélération : l’adoption par les deux chambres du Parlement de la loi sur le référendum. Un instrument qui balise la voie vers un projet de nouvelle Constitution, censé ouvrir celle d’une 4ème République totalement affranchie de l’Accord global et inclusif de Sun City. Autrement dit, le soubassement même de la Constitution de 2006 serait jeté aux oubliettes. Le référendum ne sera pas un simple exercice de démocratie directe: ce sera le cheval de Troie d’un nouveau régime.
Que restera-t-il de 2028 ? Une date sur le papier ? Un slogan pour diplomates ? Un point de repère dans un calendrier politique désormais suspendu à la réécriture du texte fondamental ?
À deux ans du scrutin, la classe politique semble déjà s’être détournée du rendez-vous. Les regards sont ailleurs. Les moyens aussi. Et l’incertitude, elle, s’installe durablement.
La RDC n’est pas simplement en campagne constitutionnelle. Elle est en train de choisir, sans le dire clairement, entre l’élection et la réécriture. Entre 2028 et une 4ème République dont personne ne connaît encore les règles. Le compte à rebours est lancé. Mais vers quoi, au juste ?
Econews


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