Ebola s’enlise dans l’Est : l’alerte de Jean Kaseya, DG d’Africa CDC, relance l’urgence d’une riposte renforcée 

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Plus de 8.500 cas, plus de 4.000 décès et une épidémie qui continue de gagner du terrain : le signal d’alarme lancé par Dr Jean Kaseya remet l’urgence au premier plan. Pour le Directeur général d’Africa CDC, le principal problème n’est plus seulement de soigner les malades déjà identifiés, mais de retrouver ceux qui échappent encore au dispositif de surveillance. Avec le Nord-Kivu désormais considéré comme un nouvel épicentre, dans un environnement marqué par les déplacements de populations et l’insécurité, le renforcement de la riposte apparaît comme un enjeu immédiat.

L’alerte est sérieuse. L’épidémie d’Ebola qui frappe la RDC demeure, selon Dr Jean Kaseya, hors de contrôle. Le Directeur général d’Africa CDC pointe notamment les failles du traçage des contacts et la prise en charge tardive d’une partie des personnes infectées.

Selon les données citées par AfricaNews, plus de 70 % des cas recensés ne figureraient pas sur les listes de cas contacts. Plus préoccupant encore, plus de 60 % des décès concerneraient des personnes qui n’ont pas été prises en charge dans des centres de traitement Ebola. Pour Jean Kaseya, ces indicateurs traduisent une difficulté majeure : le dispositif de surveillance ne parvient pas encore à suivre suffisamment les chaînes de transmission.

Le Nord-Kivu, nouveau front de l’épidémie

Détectée en Ituri, l’épidémie s’est progressivement étendue. Le Nord-Kivu, province voisine confrontée à un contexte sécuritaire particulièrement difficile, est désormais présenté comme un nouvel épicentre.

Cette évolution complique considérablement le travail des équipes sanitaires. Les déplacements de populations, l’accès difficile à certaines zones et la fragilité des structures de santé rendent plus complexe l’identification des contacts et leur suivi quotidien. Or, pour les spécialistes de la riposte, chaque contact perdu représente potentiellement une nouvelle chaîne de transmission.

Dr Jean Kaseya insiste précisément sur ce point : lorsque les nouveaux cas apparaissent en dehors des listes de contacts connus, les équipes perdent progressivement la capacité de reconstituer les chaînes de contamination. À l’inverse, lorsque les nouveaux cas sont issus de contacts déjà identifiés, les autorités disposent d’une meilleure visibilité sur la dynamique de l’épidémie.

Retrouver les malades avant qu’il ne soit trop tard

L’un des défis majeurs consiste désormais à renforcer la détection précoce et l’accès aux soins. Africa CDC et l’OMS ont déjà appelé à intensifier la réponse communautaire, le suivi des contacts, la détection rapide des cas et la prise en charge, tout en renforçant la protection des personnels de santé.

En juillet, les autorités congolaises et leurs partenaires avaient d’ailleurs adopté une feuille de route d’urgence mettant l’accent sur quatre priorités : détection précoce, suivi complet des contacts, accès rapide aux soins et protection des agents de première ligne, avec une responsabilité opérationnelle clairement définie. Mais sur le terrain, le défi reste considérable.

Pour le Dr Jean Kaseya, la réponse ne pourra être efficace sans une implication plus forte des communautés. Il préconise une approche davantage centrée sur les villages, capable de restaurer la confiance et de permettre aux équipes sanitaires d’identifier systématiquement les contacts dans chaque localité.

Cette dimension communautaire est devenue centrale dans les recommandations des partenaires sanitaires. L’OMS et Africa CDC ont notamment insisté sur la nécessité de travailler avec les populations, de renforcer la détection précoce et de garantir un accès plus rapide aux soins.

L’urgence d’une riposte à la hauteur de la menace

Les chiffres donnent la mesure du défi. Les données gouvernementales citées dans les dernières alertes font état de plus de 8.500 cas et plus de 4.000 décès depuis le début de cette épidémie. Un bilan qui en fait, selon les sources citées, l’épidémie d’Ebola la plus meurtrière et à la croissance la plus rapide enregistrée en RDC.

Le dernier rapport épidémiologique disponible au début du mois d’octobre faisait état de 8 442 cas confirmés et 4.080 décès confirmés, avec des décès communautaires encore enregistrés.

Face à cette situation, le renforcement de la riposte dans l’Est ne relève donc plus uniquement d’un impératif sanitaire : il s’agit de réduire les angles morts de la surveillance, rapprocher les soins des populations, protéger les équipes et reconstruire la confiance dans les communautés.

La bataille contre Ebola se joue désormais autant dans les centres de traitement que dans les villages. Tant que des malades resteront invisibles et que des contacts échapperont au suivi, les chaînes de transmission conserveront un espace pour se prolonger. L’alerte de Dr Jean Kaseya remet ainsi au premier plan une nécessité : intensifier, coordonner et territorialiser la riposte avant que l’épidémie ne gagne davantage de terrain.

Hugo Tamusa

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