Élection des gouverneurs de province : premier revers pour la Céni, avant le probable glissement de 2023

C’est mal parti avec la Commission électorale nationale indépendante (Céni) sous la présidence de Denis Kadima Kazadi. Pour son tout premier test, grandeur nature, la Céni a été finalement contrainte de reporter d’un mois l’élection des gouverneurs dans certaines provinces. Apparemment, la Céni s’est pliée aux caprices des politiciens, particulièrement ceux de l’Union sacrée de la nation, qui peinent à se mettre d’accord sur la répartition des postes. Pour la Céni, ce report est perçu comme un mauvais départ qui augure déjà d’un probable glissement des élections générales de fin 2023.

Dans un communiqué publié le mercredi 23 février 2023, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a annoncé le report au 6 mai 2022 de l’élection des gouverneurs dans certaines provinces. Douze provinces, hormis le Lualaba, sont visées par cette procédure

La Céni justifie ce report par des raisons financières. On sait néanmoins que la difficulté pour la classe politique, particulièrement l’Union sacrée de la nation, la majorité au pouvoir, à se répartir les provinces est le principal mobile de ce report.

Néanmoins, à la Céni, on explique ce report en ces termes : « Au regard de la finalisation de la procédure de dérogation des décaissements de fonds conformément à l’instruction 15 bis de la Banque Centrale du Congo et pour des raisons d’inclusivité, la CENI décide de reporter l’élection des Gouverneurs et Vice-gouverneurs dans les 13 provinces précitées, ainsi que la province du Sankuru ».

Toujours est-il que la Céni rappelle, dans son communiqué, qu’en rapport avec le récent calendrier, le processus de réception de candidature a été d’ores et déjà clos.

Selon la Céni, 67 dossiers de candidatures ont été déposés, dont 11 femmes et 56 hommes. Aucune candidature n’a été réceptionnée à la province de la Lomami.

Au regard de ce report, la Céni a précisé, par ailleurs, que la période d’enregistrement est prolongée jusqu’au 24 mars – les listes provisoires devant être rendues publiques le 2 avril tandis que celles définitives le seront probablement le 21 avril.

Un premier report qui fait tache d’huile

Pour la Céni de Denis Kadima, son président, ce report des élections des gouverneurs de province soulève bien des interrogations. Dans l’opinion publique, on craint à ce que ce syndrome de report atteigne finalement les élections générales de décembre 2023.

Pour l’instant, la Céni se montre confiante et exclut tout glissement du cycle électoral. Ce qui ne rassure pas outre mesure.

En effet, en invoquant, entre autres, les raisons financières pour justifier le report des élections des gouverneurs, cela vient de donner la preuve qu’elle ne sera pas à l’abri des moyens lorsque viendra le moment du grand rendez-vous électoral de 2023. Ce qui laisse déjà planer l’ombre d’un glissement du cycle électoral.

Il ne faut pas non plus oublier que la Céni avait alerté toutes les parties prenantes au processus électoral au moment de la publication, il y a quelques jours, de sa Feuille de route du processus électoral 2021-2027.

Dans ce document, la Céni présentait un certain nombre de contraintes qui, selon elle, pourrait la pousser à reporter les élections de décembre 2023. Au nombre de ces contraintes figure le financement du cycle électoral qui relève exclusivement de la compétence du Gouvernement.

Le Lualaba non concerné

Pour le moment, seules douze provinces sont concernées par l’élection des gouverneurs de province. Pour le poste des gouverneurs, il s’agit de provinces de : Bas-Uélé, Haut-Lomami, Kasaï Oriental, Kongo Central, Lomami, Mai-ndombe; Tanganyika, Maniema, Mo-ngala, Tshopo et Kasaï Central. Pour le poste de vice-gouverneur, seules les provinces de Kinshasa et du Kwango sont visées par ces élections.

Si les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu sont automatiquement exclues de ces prochaines élections, celle du Lualaba, où son gouverneur, Richard Muyez, est toujours neutralisé – l’intérim étant assuré depuis des années par Fifi Masuka – n’est pas curieusement reprise sur la liste de la Céni.

Interrogé à ce sujet jeudi sur les ondes de radio Top Congo Fm, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur note à ce sujet que « le gouverneur Muyej n’a jamais été déchu de ses fonctions ». Pourtant, Richard Muyej est toujours empêché de rejoindre son poste de Kolwezi.

Francis M.