Le vote de confiance organisé à l’initiative du Premier ministre, François Bayrou, a lieu à l’Assemblée nationale, aujourd’hui, devant des députés qui ont déjà exprimé leur choix par médias interposés. La France insoumise, le Rassemblement national, les Écologistes, le Parti communiste et le Parti socialiste ont annoncé qu’ils voteraient contre la confiance et feraient ainsi chuter le gouvernement. La quasi-certitude d’un vote négatif lance déjà des spéculations sur l’après, du côté des oppositions comme du socle commun (coalition de la droite et du centre). Un nouveau rebondissement dans l’instabilité politique provoquée par la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, qui risque d’ouvrir une phase de turbulences institutionnelles et financières.
François Bayrou a annoncé, lundi 25 août, sa volonté de solliciter un vote de confiance de l’Assemblée nationale, le 8 septembre. Cette déclaration a surpris le monde politique et au-delà. Beaucoup soupçonnent d’ailleurs le Premier ministre de vouloir prendre les devants d’une censure de son budget à l’automne. Le Rassemblement national et la gauche n’ont eu de cesse de marteler qu’ils voteraient contre la confiance, rendant quasi inéluctable la chute du chef de gouvernement.
La messe paraît donc dite pour le gouvernement. La gauche -unie- fera corps contre le Palois, tout comme Le Rassemblement national, l’Union des droites pour la République (UDR) d’Éric Ciotti, une large partie du groupe LIOT (Libertés, indépendants, outre-mer et territoires). Même si le Rassemblement national, les socialistes et les communistes ont rencontré le Premier ministre à Matignon, la semaine dernière, ils répètent sans arrêt qu’ils n’accorderont pas leur confiance à cet exécutif. Ce, à la suite d’un désaccord profond sur l’orientation économique et politique de son action. Notons que LFI et les Écologistes n’y sont pas allés ! Même le socle commun semble connaître quelques fissures : le président du groupe Droite républicaine à l’Assemblée nationale, Laurent Wauquiez, a annoncé, jeudi 4 septembre, sur RMC-BFMTV, qu’il soutiendra le gouvernement Bayrou, mais « sans enthousiasme ».
NOUVELLE DISSOLUTION DE L’ASSEMBLÉE NATIONALE
Le Rassemblement national continue de plaider en faveur d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale. La cheffe des députés du RN estime que « seule la dissolution permettra désormais aux Français de choisir leur destin. » Marine Le Pen espère ainsi, en dépit de l’inéligibilité qui la frappe et dont elle a fait appel, que si de nouvelles élections législatives devaient se tenir, son parti remporterait la majorité absolue.
Mais la dissolution n’a rien d’automatique. Elle relève de la compétence du président de la République prévue par l’article 12 de la Constitution. Même si le gouvernement de François Bayrou doit démissionner après le vote de confiance, Emmanuel Macron est seulement tenu de nommer un Premier ministre, en aucun cas de dissoudre l’Assemblée nationale. « S’il est un président responsable, il se tourne vers les Français, il dissout l’Assemblée et il leur dit ‘donnez une majorité’ », affirmait, mardi 26 août, le vice-président du RN, Sébastien Chenu, sur Europe 1 et Cnews.
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a indiqué, le même jour, sur France 2 qu’il « ne faut pas écarter cette hypothèse ». D’autres macronistes, comme la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, estime, au contraire, que ce n’est pas souhaitable de renvoyer les députés devant les électeurs un an à peine après les élections législatives de 2024 : « Je crois en la force du dialogue. Il aurait sans doute fallu, dès cet été, échanger davantage avec les oppositions », a-t-elle regretté sur France Inter.
Quant à Emmanuel Macron, le « maître des horloges », il ne réfute rien. La dissolution ? « Je ne fais pas de politique fiction », a-t-il déclaré. Sous-entendu : attendons d’abord de voir si François Bayrou tombe, le 8 septembre. Le chef de l’État soutient le chef du gouvernement, expliquant qu’il a « raison de mettre en responsabilité les forces politiques. C’est fait avec méthode et sens de la responsabilité », a-t-il salué.
Et d’ajouter : « Le défi n’est pas insurmontable. » Sans trop qu’on sache qu’il parle des 44 milliards d’euros d’économie proposés par le gouvernement… ou sur les chances du locataire de Matignon de sauver sa peau face à l’Assemblée nationale. Emmanuel Macron a terminé en disant « espérer » que « le travail du Premier ministre (NDLR : tournées médiatiques et consultations avec les différents partis politiques) va permettre de convaincre ». Et au cours du Conseil des ministres, mercredi 3 septembre, il a appelé à « la mobilisation » autour de François Bayrou, qui met en garde contre « l’instabilité ».
À gauche, les socialistes, les communistes et les écologistes se préparent à devoir repartir en campagne bien qu’ils n’appellent pas de leurs vœux une nouvelle dissolution de la chambre basse. « Il y’ a encore d’autres solutions avant de renverser la table, assure auprès de la chaîne parlementaire, Public Sénat, le sénateur écologiste et membre du bureau politique du parti, Thomas Dossus. L’urgence est de trouver un budget pour la France et on appelle Emmanuel Macron à changer de politique économique. » Son collègue communiste, Ian Brossat, abonde : « Nous avons besoin que le président de la République sorte du déni et tienne enfin compte des résultats des élections législatives en mettant en place une politique de justice sociale. »
Les deux sénateurs se montrent encore plus réservés sur la destitution du chef de l’État demandée par la France insoumise.
DESTITUTION D’EMMANUEL MACRON
Fondateur de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, souhaite carrément le départ du président de la République, sous la forme d’une démission ou d’une destitution. Il a rappelé sur France Inter, lundi 25 août, et n’a pas cessé de répéter sur tous les tons la nécessité de passer à autre chose. Car s’il pense à la chute du gouvernement Bayrou, il regarde surtout du côté de l’Élysée. « Le sujet, c’est Monsieur Macron. Il doit s’en aller et le peuple français doit choisir entre la politique de l’offre et la politique de la relance écologique et sociale. Il faut aller à la cause. M. Bayrou n’est pas le responsable de la situation dans laquelle il se trouve. C’est tous ceux qui l’ont précédé par leurs mauvaises politiques économiques et leurs politiques de gestion. S’il y’a un responsable, c’est le président de la République », a-t-il tancé.
Ainsi, il a annoncé que les députés insoumis déposeront, le 23 septembre, comme l’an dernier, une motion de destitution d’Emmanuel Macron. La procédure avait été rejetée à l’Assemblée nationale en commission des Lois et en conférence des présidents des groupes parlementaires empêchant son examen en hémicycle.
Suivi par l’ancien patron de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) et actuel maire de Meaux, Jean-François Copé, qui enjoint à Emmanuel Macron de faire preuve de « gaullisme » en remettant sa démission.
MACRON BALAIE À NOUVEAU L’HYPOTHÈSE D’UNE DÉMISSION
En marge du Conseil des ministres franco-allemand, vendredi 29 août, le président de la République a une nouvelle fois fermé la porte à une démission. « Il y’a une hypothèse que je peux tout de suite balayer. Le mandat qui m’a été confié par les Français sera exercé jusqu’à son terme », a-t-il dit, aux côtés du chancelier allemand, Friedrich Merz. Et d’ajouter : « N’en déplaise à ceux qui ont été défaits à plusieurs reprises lors de ces mêmes élections ». Référence directe à ses deux victoires à l’élection présidentielle face à Marine Le Pen en 2017 et en 2022.
Il convient de noter que dans le cas de la motion de destitution, il reviendrait aux députés et sénateurs de se prononcer par un vote. Dans le cas d’une démission, c’est une décision qui revient au chef de l’État lui-même. Une hypothèse loin d’être probable : « Si le président de la République démissionnait aujourd’hui, cela signifierait que tous les présidents de la République, en cas d’élections intermédiaires perdues ou en cas de crise politique ou sociale » devraient eux aussi démissionner, réagit sur France info, le ministre des Relations avec le Parlement, Patrick Mignola. Ce proche parmi les proches de François Bayrou se refuse d’imaginer un départ d’Emmanuel Macron : « Ce n’est pas ce que je veux pour mon pays ! »
Il est clair et certain que le départ annoncé de François Bayrou et de son gouvernement ouvre de nouvelles perspectives. Que fera le chef de l’État au lendemain de la chute, pour la deuxième fois en un an, de l’un de ses Premiers ministres ? Il a déjà répondu à ses détracteurs, assurant qu’il ne ferait pas ses cartons avant 2027. Le résultat du vote de confiance initié par François n’y changera rien.
Emmanuel Macron ne s’estime donc pas responsable du blocage, et encore moins du « chaos », malgré les mots employés par Jean-Luc Mélenchon. Deux scénarios sont envisageables : primo, la dissolution de l’Assemblée nationale pour dégager, à l’issue de ces élections législatives, une majorité absolue ou relative des voix (plus de la moitié des parlementaires à l’hémicycle). Secundo, la nomination d’un nouveau Premier ministre en capacité de composer une majorité de « projet » ou d’ « action ». La France est-elle réellement en passe de devenir ingouvernable ? Quoi qu’il en soit, l’après 8 septembre s’annonce mouvementé.
Robert Kongo (CP)

