Grands Lacs : Les non-dits de la tripartite Tshisekedi – Macron – Kagame (retour de la paix par le partage des ressources)

La passion soulevée en République Démocratique du Congo par le discours de fermeté du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, du haut de la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies s’estompe lentement dans l’opinion. S’ils sont nombreux à louer la force des propos du Chef de l’Etat, citant nommément le Rwanda comme le véritable agresseur de son pays par la pseudo-rébellion du M23 interposée, des observateurs avisés s’interrogent sur l’intérêt subit de la France, allié inconditionnel du pouvoir de Kigali, à mettre autour d’une même table les deux présidents antagonistes. Bien que justifiée par la présidence française du Conseil de sécurité, il n’en reste pas moins qu’Emmanuel Macron reste dans la ligne prônée par Nicolas Sarkozy jadis. A savoir que la paix dans la région des Grands Lacs ne pouvait résulter que du partage des immenses ressources de la RDC avec ses voisins moins pourvus (dont le Rwanda). Sarkozy l’a promis, Macron le réalise. Décryptage des non-dits de tripartite Tshisekedi – Macron – Kagame.
Ils ne se sont pas serré la main. Et le service de communication de la présidence de la République insiste sur ce détail d’apparence anodin, mais qui traduit la forte charge de suspicion entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame au cours du dîner impromptu offert par le président Français Emmanuel Macron en marge de la session annuelle de l’Assemblée générale de l’Onu.
C’est qu’en ces jours de mardi 20 et mercredi 21 septembre 2022, l’heure n’était guère aux réjouissances. Le premier à prendre la parole, le président congolais, n’a pas fait dans la dentelle. Laissant de côté les fioritures protocolaires et la langue de bois diplomatiques de rigueur en pareille circonstance, Félix Tshisekedi a dégainé et pris en ligne de mire le Rwanda, le véritable agresseur de la RDC, blotti derrière le paravent de la rébellion du M23. Prenant à témoin la communauté mondiale réunie à New York, il invitait le président du Conseil de sécurité à faire une large diffusion du rapport des experts des Nations Unies affirmant la présence rwandaise en RDC, afin que les dirigeants du monde s’en fassent leur propre religion.
Intervenant à son tour vingt-quatre heures plus tard, quoique dans un langage choisi, Paul Kagame a reconnu que « …dans l’Est de la République démocratique du Congo, les récents revers sont venus mettre en lumière que les conditions de sécurité n’ont pas changé par rapport à ce qu’elles étaient il y a 20 ans lorsque l’opération la plus vaste de maintien de la paix de l’Onu y était pour la première fois déployée. Les Etats voisins dont le Rwanda se sont retrouvés exposés aux attaques transfrontalières totalement évitables (…). Il est urgent de trouver la volonté politique nécessaire pour s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité dans l’Est de la République démocratique du Congo. Il ne sert à rien de jeter l’opprobre sur quiconque. Ces difficultés ne sont pas insurmontables. Nous pouvons trouver des solutions. Ces solutions seraient bien moins coûteuses au plan financier et en terme des vies humaines (…). La coopération internationale peut nous permettre de régler ces problèmes qui nous concernent tous ».

L’ombre de Nicolas Sarkozy
Le dîner-surprise tripartite est venu corroborer l’information de Jeune Afrique faisant état de la discrète rencontre du 16 septembre à Paris entre des responsables des services de renseignement congolais, rwandais et ougandais au siège de la DGSE. Preuve que la rencontre était prévue de longue date. Et que les deux chefs d’Etat savaient d’ores et déjà à quoi s’en tenir avant même l’ouverture de la session de l’Assemblée générale de l’Onu.
Que la France affiche subitement un intérêt inattendu dans la recherche d’une résolution définitive des conflits récurrents entre le Rwanda et la RDC démontre qu’Emmanuel Macron n’a pas dévié de la vision de Nicolas Sarkozy. Lors d’un voyage au Rwanda en février 2010 dans le cadre d’une « nouvelle approche de paix » qui était destinée à la normalisation des relations de son pays avec Kigali, le prédécesseur d’Emmanuel Macron n’avait-il pas déclaré que l’une des pistes de résolution de la crise dans la région des Grands Lacs devait consister en un partage des richesses du Congo avec le Rwanda ?
Sans conteste, l’ombre de la « théorie Sarkozy » était omniprésente au-dessus de la table du dîner présidentiel.

La hantise du partage des richesses
A la conférence de presse conjointe avec le président Kagame le 25 février 2010, Nicolas Sarkozy déclarait en effet : «La stabilité dans cette région des Grands Lacs sera d’abord l’affaire des pays des Grands Lacs (…) Si nous pouvons aider, c’est notre devoir de le faire. Tout ce qui fait qu’ils parlent, qu’ils se concertent, qu’ils s’organisent, la France le soutient. Mais ce n’est pas à la France de leur dire comment le meilleur partage des richesses se fera. C’est un travail ensemble que l’on engage ».
Les jours et les semaines à venir apporteront leur lot de succès ou de revirements, la récupération par la RDC des territoires occupés par l’armée rwandaise et le M23 dans le Nord-Kivu étant tributaire de la satisfaction des desiderata que le président rwandais mettra sur la table dans la perspective de la reprise du processus de Luanda. A savoir la reconnaissance par Kinshasa du fait que la crise née de l’occupation de Bunagana est une affaire congolo-congolaise. Quitte dans ces conditions pour le gouvernement congolais à activer les mécanismes de la démobilisation et de réinsertion des ex-combattants. Un exercice dans lequel Kinshasa a montré ses limites par le passé.

Econews

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